Entretien : André Dussolier

, par  Firouz Elisabeth PILLET , popularité : 13%

Le dernier film d’Alain Resnais, Les Herbes folles, dévoile une facette plus obscure de son cinéma, s’intéressant à ce quelque chose d’étrange qui se cache dans la tête des gens, ces pulsions déraisonnables, que l’on qualifie d’« herbes folles ».

Les Herbes folles, le dernier film de Resnais, a permis au doyen des cinéastes français de gravir les marches du Festival de Cannes 2009 en compagnie de quelques-uns de ses acteurs favoris. Présenté au festival du film français d’Helvétie, le film de Resnais sort sur les écrans romands deux mois plus tard. A plus de quatre-vingt-sept ans, le cinéaste déborde d’inventivité et de malice, toujours à l’affût de nouveaux défis.
Au fil des ans et des réalisations, Resnais s’est constitué une « famille d’acteurs » qu’il sollicite ponctuellement, quand il dispose de rôles adéquats pour eux. Parmi ses acteurs figurent Sabine Azéma, Pierre Arditi, Lambert Wilson ou André Dussolier qui tourne pour la sixième fois avec le cinéaste. Depuis leur première rencontre en 1983 pour La vie est un roman, une véritable complicité lie le réalisateur à André Dussolier, l’un de ses acteurs fétiches. Même si l’acteur connaît bien les attentes et les désirs du cinéaste, il demeure surpris à chaque nouvelle réalisation par la créativité et la curiosité que manifeste André Resnais. C’est avec pudeur et affection qu’il parle de son travail avec Monsieur Resnais. Rencontre.

André Dussolier dans « Les Herbes folles » d’Alain Resnais

Alain Resnais s’est constitué une famille d’acteurs autour de lui ; comment fonctionne cette famille ?
Pour Staviski, je n’étais pas libre, c’était une grande frustration. La vie est un roman marque notre premier rendez-vous. Les herbes folles est mon sixième film avec Resnais qui a constitué une famille d’acteurs autour de lui. On est habitué à se rencontrer, on se connaît et on peut aller plus loin. Resnais a une grande fidélité vis-à-vis de ses acteurs, encore faut-il encore qu’on corresponde au personnage. Cela nous oblige à nous dépasser, à nous surprendre. C’est à la fois un confort et un défi. Alain Resnais est très sensible à la musique, et le livre de Christian Gailly, qui est un ancien interprète de jazz, avait une grande musicalité. Resnais a aimé la musicalité des dialogues pour exprimer des choses plus graves. Les silences permettent d’exprimer tout autant de sentiments.

Vous en êtes donc à votre sixième film avec Resnais ; vous arrive-t-il encore d’être surpris par le cinéaste comme par l’homme ?
A chaque fois, il est plein de surprises. On ne sait jamais quel sujet il va aborder. Il est capable de tout et surprend à chaque fois ses acteurs. Son regard, son eccléctisme, sa curiosité, son port de tête, sa manière de penser font de lui un éternel jeune homme et font oublier son âge. Ses traits de caractère se retrouvent dans le genre ludique qu’il affectionne particulièrement. Je peux vous affirmer qu’il en va de même hors des plateaux de cinéma.
Les herbes folles est inspiré du film de Christian Gailly, Incident. C’est à la faveur d’un incident que mon personnage et celui interprété par Sabine Azéma se rencontrent. Ce mot – incident – sera dorénavant toujours lié au film de Resnais qui est une aventure nouvelle, comme chaque film avec Alain Resnais.

Comment Resnais travaille-t-il avec ses comédiens ?
J’ai la chance de connaître Alain Resnais sur les plateaux et en dehors, et le premier mot qui me vient à l’esprit pour le qualifier est vitalité et curiosité. Il pense cinéma mais il s’intéresse à tout et le tout nourrit son cinéma. Quand un comédien est bien regardé par un metteur en scène, il a un sentiment de liberté. Mais la liberté s’applique aussi à Resnais, dans la création, au moment de faire, il sait donner confiance à ceux qui sont sur le plateau ; quant aux acteurs, ils aiment lui faire des propositions et ne pas tout attendre de lui. En tant qu’acteur, c’est bien d’avoir cette liberté pour pouvoir donner le meilleur de soi et pour pouvoir se dépasser.

Propos recueillis par Firouz-Elisabeth Pillet