Film d’octobre 2010 : “Cosa voglio di più“

, par  Firouz Elisabeth PILLET , popularité : 8%

Cosa voglio di più


de Silvio Soldini, avec Alba Rohrwacher, Pierfrcesco Favino, Giuseppe Battiston. Italie, 2010.

Anna a toujours fait ce que l’on attendait d’elle. Son métier de comptable, qu’elle exécute avec vélocité et méticulosité, à la plus grande satisfaction de son chef, lui garantit la sécurité de l’emploi. Son quotidien se résume à son lieu de travail, un train de banlieue, une relation rassurante mais déjà routinière avec Alessio ­– avec qui elle se met à parler enfant – sa famille et ses amis pour qui Anna déborde d’attention et d’énergie. Lors d’une verrée organisée pour le départ à la retraite d’une collègue, Domenico, employé d’un service de traiteur, surgit dans la vie d’Anna ; tous ses repères vacillent. Pour la première fois, sous l’emprise de la passion, Anna découvre le désir et l’attraction charnelle. Seule ombre au tableau : Domenico est marié et père de deux enfants. Leur histoire d’amour repose dès lors sur un équilibre précaire fait de rendez-vous furtifs à l’abri des portes cochères à la pause déjeuner, d’étreintes passionnées dans un hôtel tarifé à l’heure, de mensonges au quotidien. Jusqu’au jour où…

« Cosa voglio di più » de Silvio Soldini

Le dernier film de Silvio Soldini, Cosa voglio di più (Ce que je souhaite en plus) relate un drame typique de notre époque : les couples installés dans le train-train quotidien, les tentations soudaines, impromptues et irrépressibles, avec leurs bulles d’oxygène mais surtout leurs risques. Ce genre de passion a existé de tout temps mais semble facilité de nos jours par les communications sms, internet... Chercher une évasion, virtuelle ou non, devient une évidence pour qui se morfond dans une relation devenue insipide, voire ennuyante. Ainsi, la communication moderne – ordinateurs et téléphones portables à la rescousse – ouvre des portes à l’adultère qui semble plus facile, plus accessible. Toutefois, un paramètre reste immuable : se laisser aller à une aventure érotique ne préserve pas de l’innamoramento, de cet d’amourachement du vieux français que les Espagnols ou les Italiens ont su conservé dans leur langue, à savoir le fait de tomber amoureux et de s’attacher.

Les enjeux deviennent alors différents : quels choix faire ? Tout quitter pour tout reconstruire ? Eteindre la passion pour se satisfaire de la raison ? Tels sont les dilemmes des protagonistes, que Soldini dépeint avec justesse et acuité.
De nos jours, le mariage n’est plus la condition sine qua non pour vivre ensemble et fonder une vie ; quand mariage il y a, c’est l’officialisation sociale de cet engagement qui ne répond plus à un diktat sociétal. Cependant, même si cet engagement peut sembler inébranlable dans les prémisses de l’union maritale, il s’étiole au fil des ans, et reste très vulnérable, tremplin facile aux chemins de traverses ou à la tentation de l’inconnu ou de la nouveauté. Anna est en proie à ce terrible dilemme. La routine quotidienne, si prévisible, a engendré une insatisfaction propice à se laisser surprendre et séduire…. Anna succombe au charme et à l’humour de Domenico mais tous deux vivent leur passion en connaissant la situation respective de chacun. Ces escapades amoureuses se muent en évasions salutaires, échappatoires d’une réalité devenant pesante. Chacun s’en accommode mais quand la femme de Domenico découvre le pot-aux-roses, ce dernier décide de rompre brutalement, ignorant les remous que cette nouvelle provoque chez Anna. Cependant, Eros a déjà fait son ouvrage et des sentiments sont nés de part et d’autre. Il n’est plus question de passion charnelle ni d’aventure entre Anna et Domenico, mais bien d’amour.

« Cosa voglio di più » de Silvio Soldini

Avec ce dernier opus très intimiste, Soldini explore avec intensité et perspicacité les
méandres de la passion humaine. D’un côté, une femme qui hésite à s’engager définitivement en décidant de faire un enfant avec son compagnon, dévoué, attentionné et compréhensif, et de l’autre, un homme sans le sou qui peine à entretenir femme et enfants, et qui trouve un baume au cœur dans cette rencontre qui le redonne la fougue et l’insouciance de sa jeunesse. Cette passion dévorante, qui se déroule sous nos yeux pendant deux heures, résonne en nous, faisant vibrer des souvenirs enfouis, voire des expériences personnelles proches de celles des protagonistes. Soldini invite à l’introspection plus qu’au rire et fait mouche. L’interprétation des acteurs, principaux comme secondaires, est parfaite. L’épilogue laisse l’horizon ouvert sur de multiples suites possibles, et permet aux spectateurs de poursuivre leur réflexion une fois sorti de la salle obscure. Sans trémolo ni pathos, Soldini convainc une fois encore !

Firouz-Elisabeth Pillet