Film de décembre 2009 : “Le ruban blanc“

, par  Firouz Elisabeth PILLET , popularité : 15%

Le ruban blanc


de Michael Haneke, avec Ulrich Tukur, Christian Friedel. Autrihe/Allemagne, 2009.

Depuis des années, Michael Haneke suscite la controverse avec des films provocants, parfois malsains, commey FunnGames. Certains l’encensent, d’autres fulminent contre ses œuvres. Sa dernière œuvre, qui a remporté la tant convoitée Palme d’Or 2009, plonge les spectateurs dans une communauté luthérienne austère en pleine montée du nazisme.
Les membres du jury de la compétition officielle, présidée cette année par Isabelle Huppert, avaient choisi à l’unanimité ce film en noir et blanc dont la longueur (2h25) se fait rapidement oubliée, tant cette fresque campagnarde captive. En 1913, dans une communauté d’Allemagne du Nord, repliée sur elle-même, un jeune instituteur prend ses fonctions dans la petite école primaire. De nombreuses années plus tard, il se remémore cette période trouble de sa vie, relatant en voix off les incidents inquiétants qui se sont succédés, semant la zizanie dans ce village. Des événements qui semblent punir les adultes pêcheurs, quelle que soit leur fonction au sein de la communauté : le pasteur, le baron, le médecin, la servante de ce dernier. Des événements d’autant plus énigmatiques qu’ils semblent concerner les enfants du village, victimes tour à tour de sévices et de kidnapping.

« Le ruban blanc » de Michael Haneke

Remontant aux débuts du nazisme, le réalisateur autrichien analyse la manière dont la morale rigoriste, la religion dans toute son intolérance, l’éducation scolaire et sociale de cette époque vont influencer les consciences, et engendrer quelques années plus tard les tortionnaires du Führer. Le propos du cinéaste est d’autant plus efficace que les spectateurs se croient confrontés à des êtres innocents, dénués de tout vice et de toute méchanceté. Haneke évite le raccourci simpliste entre la rigueur d’une telle société et ses conséquences – le nazisme –, évitant de mentionner de manière directe la montée des extrémismes ; cette approche lui permet d’éviter magnifiquement bien la caricature.
Le cinéaste semble inéluctablement fasciné par une certaine forme de violence, exprimée assez explicitement dans ses films précédents (Caché, Fummy Games U.S., Benny’s video). Dans Le ruban blanc, tout est plus implicite, les suggestions visuelles ou psychologiques sont esquissées de manière à laisser entrevoir, deviner... d’où un impact encore plus redoutable sur le public.

Firouz-Elisabeth Pillet

Publié dans Scènes Magazine No. 218