Film de décembre 2010 : “Il reste du jambon ?“

, par  Firouz Elisabeth PILLET , popularité : 12%

Il reste du jambon ?


d’Anne Depetrini, avec Ramzy Bedia, Anne Marivin, Marie-France Pisier, Fellag, Biyouna, Jean-Luc Bideau. France, 2010.

Suite à une mésaventure sur une reportage – elle a mangé des croquettes pour chiens - Justine Lacroix, jeune journaliste télé cantonnée à la rubrique « chiens écrasés » rencontre un séduisant chirurgien urgentiste. Cupidon décoche sa flèche et une grande histoire d’amour naît sous nos yeux. La pétillante blonde parisienne du 6e et le grand brun de Nanterre deviennent inséparables et un ciel sans nuage illumine leurs journées jusqu’au jour où il s’agit de faire les présentations aux familles. Justine et Djalil s’aiment mais il est maghrébin, enfin « français issu de l’immigration ». Un détail pour Justine et Djalil mais pas pour leurs familles respectives, les Lacroix et les Boudaoud.

« Il reste du jambon ? »
© Gaumont distribution

Anne Depetrini, ancienne animatrice – Miss Météo - de Canal+ reconvertie depuis quelques années à la comédie s’aventure ici dans la réalisation. Avec Il reste du jambon ?, elle dévoile une partie de sa vie puisque le film est inspiré de son histoire personnelle ; elle est incarnée à l’écran par Anne Marivin, journaliste à la télévision. Elle pousse la véracité à l’extrême puisqu’elle a même embauché son compagnon, le comique Ramzy, qui en quelque sorte interprète son propre rôle, sauf qu’il monte en grade puisqu’il n’est plus le brancardier de la série 2H, mais chef des urgences.
Ave un casting impressionnant côté « bourgeois parisiens » – Marie-France Pisier et Jean-Luc Bideau – et côté émigrés maghrébins – Fellag, étendard de l’humour kabyle et Biyouna, équivalent de Line Renaud en Algérie, meneuse de revue dans les années 60 – le film n’est pas sans rappeler L’Italien, de Olivier Barroux, avec Kad Merad, film sorti en juin. Sauf que le premier mêlait humour fin, poésie et réflexion sociologique. Ici, les ingrédients de base y sont, mais ni le tour de main ni le la prestation ne font la recette. Bref, le film s’ouvre sur une tonalité une ambiance bon enfant où le rire est le mot d’ordre. Mais il ne suffit pas de rire en groupe pour parvenir à faire rire son public. Le soufflé retombe rapidement, les bonnes intentions s’essoufflent et cède le pas à l’ennui, l’ennui abyssal.

« Il reste du jambon ? »
© Gaumont distribution

Si ce film se veut une thérapie de couple ou album de famille, il est abouti ; s’il se veut une comédie de mœurs, il est catastrophique, distillant une série de portraits caricaturaux qui oscille entre famille bourgeoise stéréotypée et l’immigration qui a réussi l’assimilation. En bref, une comédie sous-écrite, surjouée, empli de clichés, très manichéens.
Mais quand on voit la promotion dont bénéficie le film sur les plateaux français, on en déduit que ce rôle, écrit pour Ramzy, lui qui accapare les plateaux en servant inlassablement les mêmes blagues.

Firouz-Elisabeth Pillet

Publié dans Scènes Magazine No. 228