Film de février 2010 : “The Dust of Time“

, par  Firouz Elisabeth PILLET , popularité : 18%

The Dust of Time


de Theodoros Angelopoulos, avec Kostas Apostolidis, Willem Dafoe, Bruno Ganz, Irène Jacob, Alexandra Maria Lara, Alexandros Mylonas, Christiane Paul, Tiziana Pfiffner, Michel Piccoli. Grèce/Franc, 2008

Le dernier film du cinéaste grec Théo Angelopoulos, Dust of Time (La poussière du temps), une épique saga familiale à la fin du XXe siècle, a été présenté en avant-première mondiale samedi lors du 49e Festival international du film de Salonique.
Suivant les traces de A., un cinéaste américain d’origine grecque, qui tourne un film sur l’histoire de sa famille, les spectateurs plongent dans des tranches de vie sur plusieurs générations, des épisodes enchevêtrés. The Dust of Time pose un regard poétique sur l’histoire de l’Europe du XXème siècle. L’histoire se déroule en Italie, Allemagne, Russie, Kazakhstan, Canada et U.S.A, et même dans le camp d’exil politique de la Sibérie soviétique.

« The Dust of Time » de Theo Angelopoulos, avec Michel Piccoli, Willem Dafoe et Irène Jacob
© Filmcoopi

Cette nouvelle œuvre de Théo Angelopoulos, avec à l’affiche l’Américain Willem Dafoe, les Suisses Irène Jacob et Bruno Ganz, et le Français Michel Piccoli, était censée être le deuxième volet d’une trilogie sur le XXe siècle entamée avec La terre qui pleure-Eléni, sorti en 2004. Conservant Eleni comme fil conducteur, The Dust of Time entraîne le public jusqu’à la fin du XXe siècle, par conséquent il n’y aura pas de troisième film sur cette période. Eleni, Eleni… Appel récurrent, cette quête scande le récit, permettant au public de se perdre dans les méandres d’un récit à plusieurs dimensions temporelles et géographiques.

Le film, qui explore le thème des frontières, géographiques, sentimentales, émotionnelles et psychologiques – thèmes chers au réalisateur –, fait partager les états d’âme d’un metteur en scène, incarné par Dafoe, déchiré par son héritage affectif et qui cherche une échappatoire à ses souffrances en filmant le destin de ses parents, bousculé par l’histoire de l’Europe au XXe siècle, de la Russie de Staline à la chute du Mur de Berlin.

Irène Jacob, prix d’interprétation à Cannes en 1991 pour La Double Vie de Véronique de Krzysztof Kieslowski, incarne la mère de Willem Dafoe, aux côtés de Piccoli et Ganz, endossant le rôle d’une femme éternellement prise entre deux amours, et qui ne pourra jamais choisir. L’actrice avait déjà tenu le premier rôle dans L’Eternité et un jour, le film qui valut au réalisateur grec la Palme d’or à Cannes en 1998.
Willem Dafoe, qui accompagnait Théo Angelopoulos au Festival de Salonique, a avoué que le tournage de Dust of Time lui avait apporté le grand plaisir d’entrer dans le monde du cinéaste, empreint de poésie. Un univers d’ailleurs toujours aussi pluvieux, brumeux, dans ses tonalités opaques, grisonnantes, qui déplaisent à beaucoup mais entretiennent la patine du réalisateur, un univers souvent oppressant, déprimant où seul les histoires d’amour apportent une lueur d’espoir.
Présenté hors compétition lors du Festival de Berlin 2009, le film a mis du temps à sortir en salle. Cette saga familiale épique balaie la poussière du temps, mélangeant absurde et concret, onirisme et dure réalité, et semble pour beaucoup être la pièce maîtresse d’une filmographie ambitieuse.

Firouz-Elisabeth Pillet 

Publié dans Scènes Magazine No. 219