Film de juillet 2008 : “Indiana Jones et le royaume du crâne de cristal“

, par  Julien LAMBERT , popularité : 16%

Indiana Jones et le royaume du crâne de cristal


de Steven Spielberg, avec Harrison Ford, Cate Blanchett, Karen Allen, Etats-Unis, 2007

Énorme affaire commerciale, la sortie des nouvelles aventures de l’aventurier Indiana Jones posait surtout pour les amoureux de cette série légendaire la question de la possible survie d’un esprit bien particulier. Au-delà du film d’aventure conventionnel, Steven Spielberg avait réussi à créer, dans Les Aventuriers de l’arche perdue, Le Temple maudit et La dernière croisade, un nouveau type de héros. En creusant un brin dans les figures de référence du genre, on pourrait situer Jones à la frontière d’un James Bond humanisé par sa maladresse et sa foi en l’aléatoire, qui lui permet aujourd’hui encore d’échapper à une cohorte de soldats soviétiques en laissant tomber son arme chargée, et d’un superman à la dualité exacerbée, puisque le Professeur Jones troque avec allégresse ses salles de cours et ses doctes lunettes contre un chapeau et un fouet qui rappellent davantage Crocodile Dundee.
En insistant sur son vieillissement forcé, Spielberg dans ce nouvel opus rend encore plus agréablement improbable cet aspect hybride du héros, plus respectable professeur que jamais, mais ravi de tromper son monde quand une nouvelle énigme archéologico-politique l’appelle à l’action.

« Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal », avec Harrison Ford, Shia LaBeouf et Karen Allen
© Paramount Pictures

Après l’Arche d’alliance et le Saint Graal, le réservoir d’objets mythiques exploitables pour leurs potentialités magiques s’est en revanche épuisé. Spielberg s’est autorisé cette fois à inventer une palette un brin kitsch de crânes de cristal aux obscures potentialités magnétiques et télépathiques. Le charme de la pseudo-archéologie fonctionne encore tant qu’il s’agit pour l’aventurier de décortiquer grimoires et inscriptions murales, pour retrouver les traces de la civilisation maya qui vénérait ces restes, en revanche plus l’aventurier plonge dans le secret de l’énigme, plus George Lucas et ses acolytes scénaristes dérapent dans l’incohérence. On croirait voir illustrer avec une éloquence presque intentionnelle les dégâts portés à la magie du cinéma fantastique par la surenchère technologique, conjuguée à la maladie des suites. Une lumière sortie de l’Arche qui réduisait les pilleurs de tombe en poussière, c’était assez pour frapper l’imagination ; mais quand des crânes cristallins ressuscitent des extraterrestres directement parachutés de X-Files, l’assise pseudo-scientifique et le garde-fou des limites de la connaissance humaine s’effondrent et emportent le charme des précédents épisodes. C’est dommage, car Spielberg a su comprendre et cultiver dans une outrance presque parodique les stéréotypes qui ont fait de ses premiers Indiana Jones un genre à part entière : conscient du charme de l’aventurier réalisant des prodiges de débrouillardise presque à son insu, il chahute son héros d’un hangar de fouilles ultrasecret à une ville-fantôme de simulation atomique, en passant par une fusée à réaction et un frigo. Il fait durer dix minutes ses culbutes entre deux voitures lancées à fond dans la brousse, et après l’avoir éjecté des bolides, récupère en trois volées de lianes le fils évidemment cabotin d’un héros trop blasé, lien tout trouvé avec les précédents épisodes. Tant qu’il s’agit de grossir le trait de passages obligés du genre, de scènes aux fortes propriétés suggestives, comme ces fourmis qui engloutissent le prototype indécrottable du méchant cogneur pour le porter de leur masse dans la fourmilière la tête la première, le spectateur peut se délecter d’une recette savamment exploitée.

« Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal », avec Cate Blanchett
© Paramount Pictures

Malheureusement Spielberg pèche par excès de zèle, il accumule morts-vivants hallucinés et guerriers sortis des murs, archéologue possédé et parapsychologue bolchévique (une remplaçante toute trouvée aux nazis des précédents épisodes), en un mot il entame des filons qu’il ne conduit pas à terme, démasquant leur inutilité. Jouissif bien sûr, le dernier Indiana Jones laissera pourtant le regret relativement prévisible de se fondre dans la grande mare des films d’action made in US.

Julien Lambert

Publié dans Scènes Magazine no. 205