Film de juin 2011 : “Cirkus Columbia “

, par  Firouz Elisabeth PILLET , popularité : 21%

Cirkus Columbia, le dernier opus Danis Tanoic, nous conte l’histoire de la Bosnie-Herzégovine avant la guerre qui a éclaté en 1992.

Cirkus Columbia


de Danis Tanovic. Avec Miki Manojlovic, Mira Furlan, Boris Ler. Bosnie-Herzégovine , 2010.

Dans la Bosnie-Herzégovine de 1991, les gens assistent à l’effondrement du communisme, Divko revient dans son village après 20 ans d’exil à l’ouest en compagnie de la jeune et séduisante Azra qu’il compte épouser, du chat noir Bonny, et les poches remplies de Deutschmarks. Il entend retrouver tout ce qu’il a laissé et plus particulièrement son fils Martin qu’il n’a jamais connu. Mais personne ne s’attendait à son retour et Bonny ne semble pas se plaire dans ce nouvel environnement… En vingt ans, les choses ont quand même changé et le retour de Divko est bien différent de celui qu’il avait imaginé. Danis Tanovic s’attarde plutôt sur le quotidien des habitants d’un village, celui dans lequel Divko revient après son exil. Imperceptiblement ce quotidien commence à être perturbé par les histoires personnelles ou communautaires.

« Cirkus Columbia »

Sans prétention, ce film invite à une immersion dans la mélancolie des Balkans, sous la forme d’un voyage onirique dont la sensibilité ne peut être que slave. Danis Tanovic effectue avec Cirkus Columbia le retour dans son pays natal, la Bosnie-Herzégovine, à l’image de Divko, un des ses personnages principaux. Sujet délicat, douloureux, suggéré mais jamais abordé de manière frontale dans son parcours cinématographique, mais sous le point de vue de la guerre ; il n’y était pas retourné pour ses trois précédents longs-métrages (No Man’s Land en 2001, L’Enfer en 2005 et Eyes of War en 2009). Cirkus Columbia clôt la boucle entamée avec No Man’s Land, qui se passait pendant le conflit, et Eyes of War qui se situait après. Avec ce nouveau film, Danis Tanovic était donc prêt à revenir dans le passé et à se plonger dans ses souvenirs et sensations passées sur un pays forcément enjolivé à la fontaine des souvenirs. Il revient ainsi à la langue serbe (après le français et l’anglais dans les deux précédents longs), et travaille avec des acteurs serbes au jeu très juste, tendre et paisible.

Quant à Divko, il revient dans son village après vingt ans en Allemagne, sans que l’on sache vraiment pourquoi il est parti, ni exactement pourquoi il revient, mais on imagine bien qu’il y a anguille sous roche. Divko se contente d’affirmer qu’il souhaite simplement passer le restant de ses jours dans son pays, qu’il porte toujours dans son cœur, divorcer de sa femme qu’il avait laissée là, et se marier avec sa nouvelle compagne, la jeune et pimpante Azra qu’il affiche fièrement dans tout le village. Il prend possession de son ancienne maison par la force, jetant sa femme à la rue, et retrouve les habitudes de son ancienne vie, entre le café avec ses anciens amis et les caresses à son chat adoré Bonny (un personnage à part entière dans le film, tant les protagonistes lui accordent de l’importance !). Quand Bonny le chat porte-bonheur s’échappe, tout ce que Divko prévoyait ne tourne pas comme il l’entendait, et la petite histoire nous emmène vers la grande.

« Cirkus Columbia »

Le scénario, adapté du roman éponyme d’Ivica Djikic, nous invite dans la monotonie insouciante et ensoleillée de Martin, le fils de Divko, un adulescent passionné par les ondes radio, qui aime traîner avec ses amis, se baigner dans la rivière, et qui est surprotégé par sa mère. Quand son père arrive, il est un peu pris entre deux feux et préfère ignorer le dilemme auquel il est exposé.

Entre utopie et réalisme, entre leurs rêves et la réalité quotidienne moins idyllique, ces protagonistes campent sur des positions bien arrêtées quand les griefs éclatent, quand les tensions communautaires se font sentir et que la guerre semble imminente même si l’union apparente de la Yougoslavie de Tito ne laissait pas prévoir une telle poudrière.
Le film est un voyage paisible au cœur d’une nature verdoyante, mise en valeur par une photographie astucieuse, aux couleurs chaudes, à l’instar des tenues pittoresques et provocantes d’Azra qui se pavane dans le village. Nostalgique, tendre, Cirkus Columbia distille une mélancolie savoureuse.

Firouz-Elisabeth Pillet

Publié dans Scènes Magazine no. 233