Film de juin 2011 : “Le chat du rabbin “

, par  Firouz Elisabeth PILLET , popularité : 21%

Joan Sfar reprend, avec ce film en 3D, le scénario des tomes 1, 2 et 5. Il en résulte un petit bijou, empli d’humanité, voire d’humanisme...

Le chat du rabbin


de Joann Sfar et Antoine Delesvaux. Avec les voix de François Morel, Maurice Bénichou, Hafsia Herzi ; France, 2011.

« Le chat du rabbin »

Alger, années 1920. Le rabbin Sfar vit avec sa fille Zlabya, un perroquet bruyant et un chat espiègle qui dévore le perroquet et se met à parler pour ne dire que des mensonges. Le rabbin veut l’éloigner. Mais le chat, fou amoureux de sa petite maîtresse, est prêt à tout pour rester auprès d’elle... même à faire sa barmitsva ! Le rabbin devra enseigner à son chat les rudiments de loi mosaïque ! Une lettre apprend au rabbin que pour garder son poste, il doit se soumettre à une dictée en français. Pour l’aider, son chat commet le sacrilège d’invoquer l’Éternel. Le rabbin réussit mais le chat ne parle plus. On le traite de nouveau comme un animal ordinaire. Son seul ami sera bientôt un peintre russe en quête d’une Jérusalem imaginaire où vivraient des Juifs noirs. Il parvient à convaincre le rabbin, un ancien soldat du Tsar, un chanteur et le chat de faire avec lui la route coloniale... Ce dessin animé est a l’image de son auteur : bigarré, riche d’influences diverses et complémentaires.

« Le chat du rabbin »

Érudit, curieux des cultures et des idées, Joann Sfar a développé en une dizaine d’années seulement une œuvre abondante qui est parvenue à atteindre d’autres publics que celui de la BD traditionnelle. Après la bande dessinée, le commentaire philosophique (Candide et Le Banquet, éditions Bréal) et le roman (L’Homme arbre), Joann Sfar s’est attaqué à un nouveau défi : l’écriture d’un scénario pour le cinéma ; mais l’artiste explore d’autres rivages : Joann Sfar est également musicien, il joue notamment du ukulélé, comme son compère Lewis Trondheim. On raconte qu’il aurait converti Mathias Malzieu, chanteur du groupe Dionysos, avec lequel il a joué dans au moins un concert, au charme de l’ukulélé. Les deux hommes, amis proches, se sont d’ailleurs produits ensemble sur scène. Sa compagne trouvait que le sujet qu’il dessinait le mieux était encore son chat. Alors Joann Sfar a décidé de faire d’Imhotep, créature malingre et volubile au poil d’ardoise, un félin talmudique. Le chat du rabbin nous invite à un périple nostalgique et poétique dans l’Algérie française alors que les diverses communautés religieuses – Juifs séfarades, Algériens musulmans et Berbères, fraternisaient dans la bonne humeur - en terre séfarade, auprès d’Abraham, religieux bonasse et philosophe, de sa fille, la jolie Zlabya, et donc d’un perroquet qui ne fit pas long feu mais dont l’ingestion dota le chat de parole.

« Le chat du rabbin »

Dès le générique d’ouverture, le graphisme de Sfar rappelle les azulejos, portugais ou les mosaïqués du bassin méditerranéen ; les couleurs subtiles de Brigitte Findakly rehaussent à merveille le trait puissant de Sfar, expressionniste, sautant d’une case léchée jusqu’au naturalisme à la silhouette juste esquissée d’un cheval au désert.
Ce petit bijou, empli d’humanité, voire d’humanisme, invite au voyage onirique, à la réflexion spirituelle, dans une harmonie universelle et un partage fraternel … Si les peuples se déchirent actuellement, il leur reste à se réconcilier autour de ce chef-d’œuvre philosophique. L’entretien que nous a accordé Joann Sfar paraîtra dans le prochain numéro de Scènes Magazine.

Firouz-Elisabeth Pillet

Publié dans Scènes Magazine no. 233