Film de mars 2009 : “The Reader“

, par  Firouz Elisabeth PILLET , popularité : 9%

The Reader


de Stephen Daldry, avec Kate Winslet, David Kross, Ralph Fiennes.

The Reader (Le liseur), c’est Michael Berg (David Kross et Ralph Fiennes), un avocat allemand qui se remémore l’histoire d’amour qu’il a vécue, adolescent, avec Hanna Schmitz (Kate Winslet), une femme plus âgée rencontrée par hasard. Une réelle passion, le temps d’un été, a marqué l’éveil à la sexualité pour l’un, la passion de la lecture pour l’autre.
Si l’adaptation cinématographique du roman de Bernhard Schlink s’est fait désirer depuis moult années, cela est peut-être dû à la difficulté de l’adaptation. Car Le liseur flirte avec plusieurs registres : œuvre philosophique, drame, romance, histoire de rédemption. Dominant le récit, plane le questionnement historique sur la responsabilité collective face à l’holocauste. Sujet d’autant plus d’actualité que l’on vient de découvrir que le terrible « Docteur de la Mort », connu pour toutes les expérimentations qu’il a commises dans les camps, a vécu paisiblement dans un faubourg du Caire et y est mort en 1992.
Grâce à une série de flash backs (interprétés par un Ralph Fiennes tout en nuances), les spectateurs découvrent peu à peu, à la mesure de ce crescendo passionnel, les circonstances qui ont permis au jeune Michael Berg, alors âgé de 15 ans, de rencontrer Hanna, de 21 ans son aînée. L’adolescent, malade, fébrile, se met à vomir devant une porte d’immeuble, et est secouru par cette femme. Une fois remis, il lui apporte des fleurs pour la remercier et les deux protagonistes sont irrésistiblement attirés l’un vers l’autre. Malgré ces étreintes enflammées, dévorantes, demeure un mystère autour de sa maîtresse, sur son passé, mais qui n’entachera pas le bonheur que lui procurera le plaisir de lui faire la lecture d’ouvrages qui vont de l’Odysée à L’amant de Lady Chatterley en passant par Tintin, ou La Dame au petit chien noir. Un jour, Hanna disparaît. Sans un mot. Sans une explication.

« The Reader » de Stephen Daldry

Quelques années plus tard, alors que Michael est étudiant en droit, son professeur (Bruno Ganz) l’emmène, lui et un groupe de condisciples, suivre les procès d’Auschwitz. Il découvre Hanna dans le box des accusées et apprend qu’elle a été gardienne à Auschwitz. Il souhaite intervenir pour changer le cours du procès puisqu’il détient une information capitale pour atténuer la peine d’Hannah.
Moment crucial dans le récit, c’est dans la seconde moitié du long métrage que le film prend une réelle amplitude dramatique qui repose entièrement sur les épaules de Kate Winslet dont le jeu mérite tous les superlatifs. Irréprochable et méconnaissable, l’actrice s’est transformée en Hanna Schmitz dont elle livre toutes les émotions, parfois contradictoires, et toutes les facettes mais sans jamais rien livrer de son mystère, comme dans le livre. Et, pour ne pas altérer le plaisir de découvrir la clef de ce mystère sur grands écrans, je m’abstiendrai d’en livrer plus.
Le point sur lequel les lecteurs – justement – du roman risquent de s’achopper et d’être déçus par le film est la suppression des quatre dernières pages du livre, avec la possibilité de rédemption de Hannah. Le livre, à travers la voix de Michael Berg, dont on ne connaît pas l’aspect ni le visage, offre un véritable hommage à une femme, un premier amour dont un homme se souvient, une femme qui l’a profondément marqué et qui a eu des répercussions sur toute l’existence de cet amant. Restent des éléments importants du roman, rendus différemment : la dimension de responsabilité collective de l’holocauste, de la culpabilité d’une génération, de la possibilité de pardon. Ce clivage était sans doute inévitable, pour parvenir à condenser un tel roman, une telle histoire en deux heures sur la pellicule. Pour ceux qui n’ont pas lu le livre, abstenez-vous de le faire avant la projection ; pour les autres, prenez du recul et savourez le jeu grandiose d’un trio d’acteurs bouleversants.

Firouz-Elisabeth Pillet

Publié dans Scènes Magazine No. 211