Film de mars 2010 : “Chloé“

, par  Firouz Elisabeth PILLET , popularité : 13%

Chloé


de Atom Egoyan, avec Liam Neeson, Amanda Seyfried, Julianne Moore. Canada/Etas-Unis, 2010.

Le brillant docteur Catherine Metzer (Julianne Moore) suspecte son mari David (Liam Neeson), un séduisant professeur de musique, d’infidélité. Afin d’apaiser ses doutes, elle fait appel à une escort girl, la séduisante Chloé, pour tester l’honnêteté de David. Lorsque Chloé lui relate en détails sa sulfureuse rencontre avec David, Catherine s’engage dans une découverte érotique et sensuelle d’elle-même. Mais elle se laisse rapidement dépasser par des émotions qu’elle croyait maîtriser et perd le contrôle de la situation qu’elle a instaurée, mettant sa famille en grand danger.
Bien qu’évoluant au sein d’un entourage social et professionnel, le trio formé par le docteur, son mari et l’escort girl semble rapidement confiné dans une bulle d’érotisme, de sensualité et même d’émotions que les autres ne peuvent percevoir. Le choix des acteurs pour interpréter ces trois personnages a été particulièrement judicieux et permet rapidement aux spectateurs de se sentir proches d’eux, de leurs doutes, de leurs questionnements.

« Chloé » de Atom Egoyan © Frenetic

Avec Chloé, Atom Egoyan souhaitait explorer la nature de l’intimité, que ce soit dans notre rapport à autrui, ou dans notre droit à rester seul, à préserver notre solitude. Le cinéaste cite Rilke pour définir le propos de son film : « Il relève du rôle d’un partenaire de protéger la solitude de l’autre, et pourtant il faut parvenir à trouver l’équilibre entre le respect de sa solitude et le risque de le perdre. » Un équilibre fragile, délicat, et très facile à briser par conséquent, ce que le Docteur Metzer découvrira à ses dépends.

Plutôt intimiste, décliné avec une certaine lenteur, Chloé explore les méandres des relations humaines, s’interrogeant sur la manière dont il nous est permis de nous imaginer et d’intégrer notre lien avec l’autre. Mais la chute – voire la morale – de la fable d’Egoyan est abrupte et sans équivoque : « dans toute relation amoureuse, on doit se protéger soi, mais si on n’a pas conscience de l’objectif explicite de l’autre personne, ce décalage peut devenir vraiment dangereux, voire explosif... ».

Fidèle à ses habitudes cinématographiques, Egoyan impose un rythme lancinant, parfois nonchalant, à son film, comme s’il cherchait à assoupir la vigilance de ses spectateurs pour mieux les surprendre. Ses personnages sont magnifiquement servis par un Liam Neeson désemparé, une Julianne Moore prise en étau et une Amanda Seyfried (révélation de Mamma Mia !) époustouflante de nuances ; on se laisse porter par cette histoire qui peut facilement résonner en nous !

Seul bémol : à force d’avoir privilégier le côté intimiste, Egoyan en a oublié l’importance des paysages et la bande-son toujours judicieuse dont il a coutume d’habiller ses films.

Firouz-Elisabeth Pillet

Publié dans Scènes Magazine No. 220