Film de mars 2011 : “Au-delà“

, par  Philippe BALTZER , popularité : 8%

Au-delà


(USA 2010) 2h08 de Clint Eastwood, avec Matt Damon, Cécile de France, Thierry Neuvic, Frankie McLaren, Bryce Dallas Howard.

Il parfaitement regrettable de constater qu’à l’aube du troisième millénaire le débat sur la vie après la mort ne soit toujours pas tranché. Toujours aucun début de commencement de preuve tangible de l’existence de Dieu, pas l’ombre d’une coordonnée GPS disponible pour le Jardin d’Eden ou le Nirvâna, pas le moindre clin d’œil de mon hamster confirmant ma future réincarnation en tapir à chabraque.
Rien, nada, zilch !
Monsieur Clint Eastwood a sa petite idée sur la question. Pas de chance il en a fait un film.
La scène d’ouverture de cet « Au-delà » est digne des meilleurs films catastrophe de Roland Emmrich. Nous sommes quelque part au bord de l’océan Indien où un énorme tsunami ratiboise une charmante bourgade et manque d’occire une Claire Chazal d’opérette (Cécile de France) en vacances avec son amant. En buvant la tasse, notre journaliste vedette voit quelques images floues, qui attestent clairement d’une eau de là !
Si vous aussi vous souhaitez voir des images floues et vivre une expérience de mort imminente, buvez sans modération du vin allemand, qui se distingue du vinaigre grâce à l’étiquette.

« Au-delà » de Clint Eastwood

Un ou deux océans plus loin, à San Francisco, un médium célibataire reconverti dans les travaux de manutention (Matt Damon) décide de prendre quelques cours de cuisine italienne histoire de tromper sa solitude. Son frère (Jay Mohr) tente de le persuader de reprendre son activité très lucrative mais éprouvante pour les nerfs de spirite. White spirite à San Francisco, ça c’est un métier !
Le dernier panneau de ce triptyque se passe à Londres. Jason et Marcus sont de jeunes frères jumeaux délaissés par une mère toxicomane. La vie de Marcus va sombrer dans le tragique le jour ou son Jason va quitter cette vallée de larmes anglaises dans un accident de la circulation.
Dès lors, le jeune homme cherchera par tous les moyens à entrer en contact avec son frère disparu.
Comme dans tous les films « choral » ces trois destins vont finir par se croiser … et puis voilà. Malheureusement, avant d’arriver à cette fin cousue de fil blanc, Clint Eastwood nous inflige un interminable soap dégoulinants de bons sentiments.
La partie française, est très nettement le point faible du film ; surjouée, pleine de stéréotypes et truffée de « placement de produit », elle sombre même dans le comique involontaire lors de l’escapade helvétique de la jeune journaliste pour une rencontre avec Marthe Keller qui incarne un ersatz d’Elisabeth Kübler-Ross qui ne méritait pas ce mauvais coup posthume.
On sauvera de ce naufrage collectif la charmante apparition au cours de cuisine de Bryce Dallas Howard et la scène de dégustation à l’aveugle de mets italiens avec Matt Damon.
Vous l’aurez compris, notre déception est à la mesure de l’admiration. Vivement le 32ème film de Clint Eastwood !
Et que d’ici là “le Ciel vous tienne en joie“.

Philippe Baltzer

Publié dans Scènes Magazine No. 230