Film de novembre 2010 : “AO, le dernier Néandertal“

, par  Firouz Elisabeth PILLET , popularité : 13%

AO, le dernier Néandertal


de Jacques Malaterre, avec Paul Sutton, Vesela Kazakova. France, 2010.

Pendant plus de 300’000 ans. l’homme de Néandertal règne sur la planète. Il y a moins de 30’000 ans, il disparaît à tout jamais... Son sang coule-t-il encore dans nos veines ? Nul ne le sait, sauf AO... Le dernier des Néandertaliens que ce film de Jacques Malaterre vous invite à rencontrer. Avant de mettre en scène AO, le dernier Néandertal au cinéma, Jacques Malaterre avait réalisé pour la télévision trois documentaires à succès sur l’évolution : L’Odyssée de l’Espèce (2002), Homo Sapiens (2005) et Le Sacre de l’Homme (2007). « Je n’étais pas, à l’origine, un spécialiste de la Préhistoire. Mais en réalisant trois fictions documentaires consacrées à cette période, j’ai pris conscience que la Préhistoire constituait un terreau extraordinaire, et nous renvoyait à toutes les interrogations sur ce que nous sommes aujourd’hui. »
Il fait l’avouer : ces trois documentaires, diffusés sur Arte ou TV5 monde, étaient très didactiques et passionnants. Didactique, c’est là que le bât blesse. Transférer un ton docte et pédagogique sur grand écran ne convainc pas autant. Non que le film de Jacques Malaterre, Ao, soit exempt de qualités artistiques, mais il est torpillé par un choix narratif lénifiant qui finit par lasser. Rassurez-vous : ce n’est pas le dernier Néandertal qui relate ses aventures mais une voix off qui ponctue les pérégrinations de Ao. Cependant, Malaterre a poussé l’audace juqu’à imaginer un langage néandertalien. De quoi faire frémir les puristes.

« AO, le dernier Néandertal » de Jacques Malaterre

D’ailleurs, les scientifiques se seraient effaroucher de découvrir, début 2010, que Malaterre ose envisager que le dernier des hommes de Néanderthal ait rencontré des Homo Sapiens et se soit accouplé. La photo est magnifique, la mise en scène – lorsqu’elle sait se faire sobre – maîtrisée. La volonté de tourner avec de vrais animaux, en extérieur, et surtout la réinvention d’une langue néandertalienne avait tout pour donner un cachet résolument authentique à cette histoire préhistorique. Pendant l’écriture d’AO, le dernier Néandertal, les scénaristes avaient en effet imaginé qu’un homme de Néandertal et une Sapiens pouvaient avoir eu un enfant ensemble. A l’époque, certains scientifiques le supposaient prudemment, mais d’autres le contestaient formellement, estimant impossible qu’ils aient eu une descendance commune et que l’homme moderne puisse avoir en lui des gènes de Néandertal. Ce n’est que tout récemment, grâce à la comparaison du génome de Neandertal avec le nôtre, que la science est venue confirmer cette hypothèse et que nous avons découvert avec stupeur que nos gênes contenaient 2 à 3% de gênes de Neandertal. La licence artistique a tordu le cou au dogme scientifique mais cela ne suffit pour faire une œuvre captivante.
Car ici, l’auteur de docu-fiction sur le sujet, s’éloigne radicalement de cette forme brute pour imposer au spectateur une voix off en parfait français traduisant les pensées des deux protagonistes. Désireux de prouver l’existence d’une pensée à la fois structurée et pourtant balbutiante, le texte ternit l’image qui aurait presque suffi à elle-même, et finit pas agacer par un lyrisme poétique déplacé. Recourir à un langage verbal pour décrire les faits et gestes de nos ancêtres représentent déjà l’aveu d’une incapacité : l’incapacité à nous émouvoir simplement par le langage non-verbal et les borborygmes de nos aïeux.
Reste à saluer le souci de véracité et d’authenticité du réalisateur qui a recouru, majoritairement, à de vrais animaux pour peupler l’univers de Ao. A l’exception d’une courte séquence avec des abeilles, il n’y a dans Ao ni trucage numérique, ni animatronique. Tous les animaux du films sont vivants, y compris dans les scènes de chasse et de combat : vautours, bisons, ours, chevaux. Le réalisateur précise à ce sujet : « J’ai choisi de ne travailler qu’avec des animaux existants. Ne pouvant mettre en scène des mammouths, j’ai préféré me contenter de les évoquer : une scène est tournée au milieu d’un cimetière de mammouths, où ne subsistent que cadavres et squelettes, comme une métaphore de la disparition de Néandertal. »
A vous de décider si vous souhaitez initier vos rejetons à la Préhistoire par un bon vieux livre ou par le biais de ce film qui n’atteint pas ses fins malgré de bonnes intentions initiales.

Firouz-Elisabeth Pillet

Publié dans Scènes Magazine no. 227