Lausanne : Cinémathèque Suisse

, par  Raymond SCHOLER , popularité : 13%

En ce mois de juin, traditionnellement, la Cinémathèque joue les prolongations. Tout Kaurismäki est au programme, ainsi que 11 des 16 films de Kurosawa montrés en mai.

Rallonges et répétitions
Comme d’habitude, il y a aussi la section Retour sur nos pas, qui choisit parmi les objets montrés au cours de la saison écoulée ceux qui risquent d’attirer encore une fois le chaland. On retrouvera donc surtout des films plutôt bien connus ( Furyo, Naked Lunch, C’eravamo tanti amati, Crash, La famiglia, Mujeres al borde de un ataque de nervios, Velvet Goldmine, Prospero’s Books, Ace in the Hole, L’Etoile du Nord, The Player, M.A.S.H. , etc). Mais aussi un des Schloendorff les moins connus, Baal (1970), une adaptation de la pièce de Bertolt Brecht, qui permet à R. W. Fassbinder d’incarner un fauteur de troubles libertaire, comme il les adore.

Rainer Werner Fassbinder et Hanna Schygulla dans « Baal »

À la sortie française tardive du film en 2014, Le Monde se surpassa en commentaires fumeux : « Qu’on imagine La Balade sauvage de Terrence Malick multiplié par Le Tango de Satan de Béla Tarr. » Quant à Cosmos (2015), les connaisseurs de Gombrowicz sauront gré à feu Andrzej Zulawski d’avoir sans doute livré en guise de testament le plus pétillant hommage à son grand compatriote.

John Hurt
Un hommage à l’acteur britannique récemment disparu s’imposait. Les cinq films choisis ne comptent pas nécessairement parmi ses œuvres les plus emblématiques, mais ils sont tous excellents et donnent la mesure de la grande diversité des rôles qu’il a tenus au fil d’une carrière impressionnante, répartie sur 55 ans.

John Hurt dans « The Elephant Man »

Qu’il incarne John Merrick, l’ Elephant Man (David Lynch, 1979) aux difformités et tumeurs innombrables, ou qu’il soit le premier humain investi par la créature d’ Alien (Ridley Scott) ou encore Winston Smith, victime de Big Brother dans 1984 (1984, Michael Radford), Hurt livre une interprétation aussi réaliste que possible, servi par une voix rocailleuse reconnaissable entre mille. Dans Midnight Express (Alan Parker, 1978), il joue Max, l’héroïnomane anglais qui partage sa cellule de prison turque avec l’étudiant américain joué par Brad Davis, dans Dead Man (Jim Jarmusch, 1995), il est le gérant de l’entreprise appartenant à Robert Mitchum. Dans The Shout (Jerzy Skolimowski, 1978), sa vie tranquille d’écrivain est mise à rude épreuve par le sinistre personnage incarné par Alan Bates qui a appris chez un chamane aborigène l’art de pousser le cri qui tue.

Burt Lancaster dans « The Swimmer »

Films rares
The Swimmer (1968) de Frank Perry, d’après une nouvelle de John Cheever : Burt Lancaster, après avoir quitté la demeure de ses amis, rejoint son domicile en nageant de piscine en piscine. Chaque étape semble l’éloigner de plus en plus de son but final. « Cet étrange retour d’Ulysse vers un foyer de plus en plus hypothétique permet de dépeindre l’hypocrisie sociale et l’esseulement d’une société qui évolue dans un décor de perfection et d’abondance. » (Bulletin de la Cinémathèque). À voir le 7 juin au Cinématographe, dans le cadre de « L’architecture à l’écran ».

Betty Compson et George Bancroft dans « The Docks of New York »

The Docks of New York (1928) où le grand Josef von Sternberg nous livre un des plus limpides films d’amour qui soient. Un soutier sauve une prostituée de la noyade. Après une soirée de beuverie, ils sont mariés par un pasteur, dans un bouge. Ce n’est que le lendemain, au moment où il doit rejoindre son bateau, que le soutier se rend compte de la sincérité de ses sentiments. « Tout est ramené à quelques scènes simples, où les situations révèlent leur sens profond par une dilatation de l’instant, qui les fait passer insensiblement de l’ordre du réalisme extérieur à celui de la conscience inter-subjective. » (Stéphan Krezinski) Le film est accompagné par le guitariste Marc Ribot
le 10 juin au Casino de Montbenon.

Raymond Scholer