Nyon : 13e Visions du Réel

, par  Catherine GRAF , popularité : 12%

Dans un monde que l’on ressent comme de plus en plus instable, ce
rendez-vous annuel permet, à travers les regards croisés et affûtés de cinéastes de nombreux pays du monde, de prendre du recul, le temps d’une semaine, sur l’événementiel et le pérenne, et surtout donne la possibilité de partager notre ressenti avec de multiples autres, présents ou virtuels.

Le festival accueille en effet toutes les formes de films de création indépendante, de l’essai poétique à la réflexion argumentée, de la vidéo autobiographique à la grande enquête, en passant par des formes de création aussi inattendues peut-être que le haïku : des images sont proposées à des cinéastes du monde entier, à eux d’inventer des rapprochements entre trois d’entre elles. Ou encore le PUM, plan unique modulé, petite unité tournée dans le fil de la vie quotidienne avec un numérique ou un téléphone portable ; pas d’intervention sur l’image ou sur le son, pas de mise en scène, juste une vingtaine de plans-séquence variant de 10 à 30 secondes, juxtaposés sur des boucles de 5 minutes, car la vision de cette juxtaposition « ne change rien dans l’objet qui se répète, mais elle change quelque chose dans l’esprit qui le contemple », selon le principe énoncé par David Hume dans son Traité de la nature humaine de 1739.

Aux ateliers
Les ateliers accueillent cette année Claire Simon et Leonard Retel Helmrich. De la première, on se souvient de Coûte que coûte, où la réalisatrice filma sur la durée les trois dernières journées du mois d’une PME courant à la faillite, ou encore Récréations ; ces deux œuvres lui valurent une reconnaissance critique et publique au milieu des années ’90. La cinéaste puise ses sujets dans son entourage immédiat, ou dans des faits divers ; ses héros et, le plus souvent, héroïnes ordinaires sortent de la détermination de leur milieu par leur imagination, leur volonté, leurs actions. Chaque film est une aventure de cinéma spontanée … très maîtrisée. Pour prendre le pouls de l’Indonésie contemporaine, ne pas manquer le travail de Leonard Retel Helmrich, réalisateur à la double nationalité néerlandaise et indonésienne, dont Promised Paradise et la performance d’un marionnettiste avait fortement impressionné le public de l’an dernier.

Manufactured landscapes

Le programme “Reprocessing reality” introduit cette année le travail de Clarisse Hahn. La réalisatrice s’immerge dans un milieu où elle reste longtemps, puis elle commence à filmer. Elle tente de faire ressortir les codes de milieux a priori clos, comme le milieu médical, Hôpital, la sexualité sado-maso, Karima, ou encore une famille protestante – milieu dont elle est issue – Les protestants. Elle restitue le réel brut, sans montage, le contenu de conversations où elle se tient hors champ. Son travail a été montré dans des galeries d’art contemporain.
Beaucoup à découvrir dans la compétition internationale. On portera une attention particulière à Manufactured landscapes, film portant sur les photos d’Edward Burtynsky qui s’attache à donner à voir des paysages de l’industrialisation extrême, en Chine notamment : grues, silhouettes humaines sur des montagnes de déchets, carrières, monstres désaffectés de hauts fourneaux ; images esthétiques et terriblement inquiétantes.
Retour à Gorée est un voyage d’Afrique aux USA et au berceau de la musique afro-américaine, croisant les regards entre Youssoun d’Our et le Suisse Pierre-Yves Borgeaud. Welcome in Europe fait preuve de maîtrise et traite des immigrés clandestins avec un sens esthétique indéniable. Autre gemme bienvenue : les productions de la chaîne de télévision 3SAT, dont les collections sont une référence européenne (par exemple : Les derniers jours de Salvador Allende).

Oeuvres prometteuses
Mais comment donc travaille Michael Moore ? Propagande ou pas ? Manufacturing dissent : uncovering Michael Moore s’attache à répondre à cette épineuse question. A ne pas manquer.
Mentionnons encore des œuvres prometteuses dans “Regards neufs” : Afghan muscles : le bodybuilding remporte un succès sans précédent auprès des jeunes Afghans soucieux de contrôler au plus près leur corps pour atteindre la notoriété, dans une société laissée au chaos ; Le théâtre des opérations, du Suisse Benoît Rossel, traitant des opérations chirurgicales, Bazar, de la Française Jeanne Delafosse, ou des regards croisés sur des objets perdus et retrouvés, Na dzialce (dans la datcha), petit bijou polonais du collectif Thierry Paladino, éclat de rire tendre et burlesque muet sur le retour à la nature…
Enfin, si vous recherchez un moment de repos visuel et voulez faire défiler vos images sur votre écran personnel, vous pouvez rejoindre d’autres spectateurs dans le noir et écouter des histoires radiophoniques du réel (programme A l’écoute du réel).

Catherine Graf

Visions du Réel à Nyon, du 20 au 26 avril 2007
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