Luxembourg : “Come, been and gone“

, par  Stéphanie NEGRE , popularité : 26%

La danse classique et le mouvement punk. Rares sont les cultures qui semblent les plus éloignées l’une de l’autre. Pourtant, pour le chorégraphe anglais Michael Clark, elles font partie intégrante de sa construction personnelle et artistique et il le montre tout au long de Come, been and gone, son nouveau ballet présenté du 9 au 12 novembre 2010 au Grand Théâtre de Luxembourg.

Après une formation classique au Ballet royal de Londres et quelques années comme soliste au Ballet Rambert, Michael Clark crée sa compagnie en 1984. Très vite, il devient un acteur important de l’avant-garde, collaborant avec Leigh Bowery, Charles Atlas, Alexander McQueen ou Peter Greenaway tout en créant des œuvres pour l’Opéra de Paris, le Deutsch Oper de Berlin ou le Scottish Ballet. Il est, depuis 2005, artiste associé au Barbican Center de Londres.

Gone est une sorte d’introduction au ballet. Sur une musique de Wire, groupe culte de l’underground des années 70, les danseurs s’élancent sur scène, en solo ou en duo. Les femmes développent des attitudes, des arabesques avec leurs partenaires dans un travail de placement qui pose la gestuelle de Michael Clark. C’est magnétique et intrigant. Brusquement, tout se précipite ; les danseurs se dispersent dans le désordre, se retrouvent à terre… pour se relever, telle une armée venue nous entraîner dans un autre monde. Les trois parties suivantes sont un hommage au rock décadent sur des musiques de Lou Reed pour la deuxième, Been, et de David Bowie pour la troisième, Come, et la quatrième, Come again. Les scènes traduisent des ambiances, des émotions en communion avec Venus in furs, White light / White heat, Jean Genie, Heroes… Le glamour se retrouve dans les costumes flamboyants et les lumières chaudes de Charles Atlas, dans des moments de pure beauté comme celle où les danseuses se livrent à un numéro de pole dance autour d’une barre horizontale. La face sombre de cette époque, la déchéance causée par la drogue n’est pas occultée, symbolisée par le solo d’une danseuse au costume piqué de seringues sur Heroin. Les scènes dégagent toutes une grande énergie avec des interprètes virtuoses qui maîtrisent parfaitement la technique sur pointes pour les filles, les sauts et les portés pour les garçons.

« Come been and gone »
Photo Ralf Heid

Come been and gone est plus qu’un hommage à un mouvement artistique. En effet, on ne ressent nulle nostalgie dans ce ballet mais plutôt l’affirmation d’une identité toujours vive, fondée sur l’académisme intemporel et la révolte de la jeunesse punk. Cette double culture nourrit l’œuvre de Michael Clark et lui donne un côté à la fois intense, extrême et très rigoureux. Ce ballet n’est pas un divertissement où la danse agrémenterait des morceaux de rock, comme on a pu le voir récemment avec Rock the ballet du chorégraphe américain Rasta Thomas.

Michael Clark sort le punk de la simple expression musicale ou de l’anecdote historique où certains voudraient le reléguer et contribue à l’ancrer dans le monde artistique en l’intégrant à l’art de la danse.

Stéphanie Nègre

Voir en ligne : Grand Théâtre de Luxembourg

Article publié dans Scènes Magazine

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