Bâle/Riehen : Edvard Munch

, par  Régine KOPP , popularité : 11%

En cette année du dixième anniversaire de la Fondation Beyeler, les directeurs de la fondation et le fondateur – toujours bon pied, bon œil et gardant son mot à dire – ont voulu frapper fort. L’idée est donc née de consacrer une
grande rétrospective au peintre et graveur norvégien Edvard Munch
(1863-1944), pionnier de l’art moderne, précurseur et fondateur
de l’expressionnisme.

Et cela, malgré le fait que Munch n’a jamais été un des artistes de l’écurie du fondateur. Comme à l’accoutumée, c’est une exposition de grande envergure à laquelle sont conviés les amateurs d’art. Une exposition toute en superlatif pour marquer cet anniversaire et qui permettra au visiteur de redécouvrir sous un jour nouveau des œuvres qu’il croyait connaître.
Bien sûr, Le Cri, très endommagé à la suite du vol dont il a été victime, ne fait pas partie des prêts. Ne nous en plaignons pas trop car il y a matière à découvrir des œuvres uniques de cet artiste, jamais vues jusqu’à présent car étant dans des collections privées (plus de 50 ont été prêtées) ou rarement montrées. Au total, cette exposition présente 130 toiles, 85 dessins et gravures, retraçant toutes les phases de création de l’artiste.

Munch, maître de la matière
Munch passe pour être le maître de la psychologie picturale, représentant la souffrance et le désir, la solitude et la mort, l’amour ou le désespoir. Dans Le Cri, c’est l’angoisse qui vous saisit d’effroi et dans Le Baiser (dont il existe plusieurs versions), c’est la fusion qui s’empare de vous. D’autres sujets récurrents comme le vampire, la madone symbolisent le danger incarné par la femme. L’oeuvre de Munch traite de la crise, de la précarité et de la disparition de l’individu au siècle de l’industrialisation. Ses propres ruptures existentielles prêtent à sa création une cohérence exemplaire.
L’originalité de l’exposition, telle qu’elle a été conçue par son commissaire Dieter Buchhart et le directeur de la fondation Christoph Vitali, en évitant le piège de l’éclairage psychologique est de poser Munch en rénovateur de l’expérience artistique et en véritable maître de la matière. Pour la première fois, le thème de l’apparition et de la disparition du motif, trait majeur et novateur de son œuvre fait l’objet d’une présentation spécifique.
Le traitement de la matière n’a rien de conventionnel chez Munch. Comme le feront au milieu des années quarante des artistes comme Dubuffet, Fautrier ou Pollock, il franchit les frontières traditionnelles entre les divers modes d’expression artistique. Destruction et création sont autant d’états que le peintre représente de façons diverses, allant de la dissolution des figures et de leur fusion dans le fond, au dépassement de la marge du tableau , au grattage de la surface picturale, n’hésitant pas à exposer les toiles à l’air libre et laissant la pluie ou la neige faire leur travail. Un procédé baptisé par l’artiste « remède de cheval ».
Si cette rétrospective est construite chronologiquement, le parcours a également été divisé en sept étapes thématiques, qui explicitent la modernité de Munch.

Rupture avec le naturalisme
Le point de départ thématique se réfère à la rupture précoce de l’artiste avec le naturalisme scandinave et sa confrontation avec l’impressionnisme et le symbolisme. L’Enfant malade dont la présentation en 1886 avait suscité des commentaires accablants, explicite son processus de travail, au cours duquel il gratte les différentes couches de peinture. De son voyage dans le midi (1889-1892), il rapporte des tableaux qui témoignent de son dialogue sur la technique picturale des impressionnistes : Promenade des Anglais (1891), Journée de soleil (1890). En 1891, il expose Soir, où la forme, la ligne et la couleur sont si stylisées pour atteindre une intensité de l’expression, qu’on parlera d’œuvre symboliste. A partir de là, il créera ses premiers paysages symbolistes comme Clair de lune sur la plage ou Mystique de la plage.

Puissante expressivité
Avec la période des années berlinoises (1892-1895), qui constitue la deuxième section, ses expériences picturales le conduisent à un changement de style marquant et à des œuvres d’une puissante expressivité. Ses motifs cèdent alors la place au thème de l’angoisse existentielle de l’homme civilisé et de sa solitude et font naître des œuvres comme Madonna, La Puberté, Le Baiser ou Le Vampire. La troisième section se tourne vers l’œuvre gravée de l’artiste, réalisée essentiellement au cours de ses années parisiennes de 1896 à 1897. Après des années de bohême, de crise existentielle, le style de l’artiste se radicalise et les œuvres prennent une intensité chromatique unique, comme s’attache à le visualiser la quatrième section.
Eternel insatisfait mais aussi curieux de tout, Munch poursuit ses recherches dans le domaine de la photographie, s’intéressant également au film muet. C’est l’objet de la cinquième section qui visualise cet intérêt avec Femmes dans le bain, Homme et femme à la fenêtre, Chevaux ou Le Tronc jaune, section à laquelle succédera son œuvre tardive (1920-1944), marquée par la disparition de la matière et du motif. Le dernier chapitre proposant une présentation de ses gravures tardives mais aussi toute une série de portraits et d’autoportraits qui jalonnent tout le parcours.
Cela fait plus de vingt ans que cet artiste n’a pas eu de rétrospective en Suisse. Une fois de plus, l’initiative en revient à la Fondation Beyeler qui a tiré tous les registres, pour faire de cette exposition un événement et rappeler par là même, la contribution originale à l’art moderne de cet artiste, fondateur de l’expressionnisme.

Régine Kopp

Edvard Munch prolongé jusqu’au 22 juillet 2007
Fondation Beyeler, Baselstrasse 101, 4125 Riehen/Basel
Tél. : 061 645 97 00
Renseignements sur le site

Voir en ligne : http://www.beyeler.com

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