Carouge : André Kasper

, par  Françoise-Hélène BROU , popularité : 8%

Le musée présente une sélection d’œuvres réalisée entre 1996 et 2010 par l’artiste carougeois André Kasper. Une peinture de facture traditionnelle, et d’une certaine façon intemporelle, qui dégage des atmosphères tour à tour classiques, surréalistes ou hyperréalistes.

Le style figuratif de l’artiste est assez significatif d’un retour en force de ces valeurs dans l’art contemporain. En effet aujourd’hui le clivage idéologique art abstrait-art figuratif semble oublié et la plupart des mouvements artistiques récents ont centré leurs intérêts autour de la figure et des objets de la réalité. On serait même tenté d’affirmer, non sans un brin provocation, que ce serait plutôt la peinture abstraite qui serait ringarde et à l’inverse la peinture figurative d’avant-garde. En témoignent les divers courants internationaux de la peinture néo-figurative ou néo-expressionniste issues de la culture pop et punk, La Figuration Narrative et la Figuration libre, la Peinture de rue ou Street art, le Graffiti et le Post-graffiti, l’Hyperréalisme, la Bad Painting, enfin le retour remarqué du dessin lui-même profondément transformé par la BD et les arts graphiques, etc… Si bien que, de nos jours, abstraction et figuration ne s’affrontent plus mais se côtoient sur les cimaises des galeries et musées avec l’ambition commune de diversifier et d’enrichir les diverses pratiques picturales.

Retranscription
Beckett disait que l’artiste reste un "abstracteur de quintessence", posant inlassablement une série de questions qui ont hanté l’histoire de la peinture. Aussi les œuvres d’André Kasper ne traduisent-elles pas un simple repli vers les formes traditionnelles de la représentation mimétique. Au contraire, en multipliant les reprises et variations de thèmes et genres réputés réalistes, l’artiste reformule le processus de création d’images dans une culture contemporaine submergée par la production visuelle des médias électroniques et informatiques, pour la plupart virtuels et immatériels. De ce point de vue, il contribue à réaffirmer concrètement la validité de la peinture figurative, de la technique de l’huile, et de l’habileté à véhiculer un contenu conceptuel aussi bien qu’à constituer une source de plaisir visuel.

Paysages, scènes de genre, natures mortes, portraits et nus, constituent autant de séries, que l’artiste retranscrit et décline dans un style qu’il qualifie de « quotidien lyrique ». Les cadrages, souvent resserrés étroitement autour du sujet, en particulier dans les natures mortes, prennent alors une dimension allégorique et emblématique (La Radio, 2009 ; Des Cacahuètes, 2009 ; La Soupe, 2007), soulignant que la banalité du quotidien est aussi art de vivre. Les scènes de la vie commune (La Discothèque Pianzola, 2004 ; Les Passants, 2010 ; Le Barman romain, 1996), traduisent de leur côté une puissante construction dramaturgique, enfin les paysages (Appia aux ombres, 2009 ; Vestibule de Villa Adriana, 2005 ; Chemin d’Ombrie, 2002) même s’ils évoquent des sites bien réels, ceux-ci n’en demeurent pas moins des lieux de rêve et de mémoire transfigurés par la vision de l’artiste.

Françoise-Hélène Brou

« André Kasper, Le quotidien lyrique ». Jusqu’au 31 octobre 2010. Musée de Carouge, Place de Sardaigne 2, Carouge (Genève). Téléphone : +41 022 342 33 83 /www.carouge.ch
A l’occasion de cette exposition, le Musée de Carouge édite une monographie richement illustrée : « André Kasper, Le quotidien lyrique. Un choix de tableaux peints entre 1996 et 2010 », Ville de Carouge, 2010

Voir en ligne : Musée de Carouge

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