Cologny : Cent ans de littérature à La NRF

, par  Andrea TEANO , popularité : 15%

A l’occasion du centième anniversaire de la prestigieuse revue littéraire, la Fondation Martin Bodmer nous invite à découvrir les nombreuses pièces exceptionnelles, pour la plupart inédites, issues en grande partie des archives de la revue et des Éditions Gallimard.

Fondée en 1908 sous le patronage d’André Gide, le premier numéro de la Nouvelle Revue Française, après un faux départ en novembre 1908, paraît le 1er février 1909. Deux ans plus tard, à instigation de Paul Claudel, c’est Gaston Gallimard qui en devient l’éditeur. Malgré une diffusion confidentielle – de l’ordre de 1000 exemplaires par numéro – la revue deviendra vite la référence des milieux littéraires et occupera une place incontournable dans les débats de la société française de l’entre-deux-guerres.
Tout entière consacrée à la littérature, La NRF s’est bien gardée de s’affilier à une doctrine ou de faire école. Ainsi y rencontrera-t-on moins les écrivains établis de l’époque, Anatole France, Barrès, Rostand, que des talents nouveaux qui devaient trouver dans ces pages la liberté nécessaire au déploiement d’une écriture renouvelée. C’est cette place accordée à
l’œuvre qui doit trouver en soi sa fin et sa raison, selon le mot de Gide, qui explique l’immense pouvoir d’attraction qu’elle a exercé tout au long de son existence. Il y avait là Gide bien sûr, Claudel, Valéry et Proust, mais aussi Aragon, Artaud et Breton, Jouhandeau, Giraudoux et Morand, Alain-Fournier et Supervielle, Saint-John Perse, Daumal et Ponge, Malraux et Sartre, Faulkner et Joyce, Robbe-Grillet et Le Clézio, Keats, Ibsen, Francis Carco, Jean Paulhan ou des hôtes inclassables, comme Audiberti ou Cingria. La NRF a également ouvert ses colonnes aux Rivière, Thibaudet, Blanchot ou Jaccottet, et permis la découverte des grandes voix venues du lointain, comme Valéry Larbaud ou Roger Caillois.

Fabrique de la revue
La NRF offre une perspective imprenable sur la littérature et la critique du vingtième siècle. Aventure collective et passionnante, elle ne manqua pas de rebondissements. Il y eut un faux-départ, qui fit long feu suite à des dissensions au sein du comité directeur, des coups d’État (celui de Jacques Rivière en 1919 ; celui de Gaston Gallimard, à la même époque), une maison d’édition qui s’émancipe, de violentes querelles internes, des polémiques virulentes avec les revues politiquement engagées, de subtiles stratégies de contournement, des prolongements inattendus (le théâtre du Vieux-Colombier, notamment, qui renouvellera la scène francophone, avec Jacques Copeau, Charles Dullin et Louis Jouvet), des choix douloureux et des sacrifices (La NRF laissée à Drieu la Rochelle et aux Allemands entre 1940 et 1943).
Une histoire marquée aussi par de très fortes figures de directeurs, à l’image de Jacques Rivière, de Jean Paulhan – souvent désigné comme « l’éminence grise » des Lettres, dont le pouvoir, allié à celui de Gaston Gallimard, sera, de fait, immense pendant plus de quarante ans – ou de Georges Lambrichs.

L’exposition et le centenaire
Les documents qui sont proposés à la curiosité du public relèvent autant de l’histoire littéraire – tel est par exemple le cas de la correspondance avec de grands écrivains, ou les exemplaires exceptionnels avec envoi – que de l’histoire éditoriale, offrant ainsi un éclairage inédit sur les coulisses de La NRF.
On pourra donc découvrir des lettres de Proust, Alain Fournier, Aragon, Artaud ou Martin du Gard, Camus et Malraux ; des épreuves corrigées de Paul Valéry ; des manuscrits de Gide ou de Saint-John Perse ; des maquettes originales des premiers volumes de la maison d’édition, l’exemplaire rarissime d’Isabelle d’André Gide, deuxième livre des Éditions, dont le tirage avait été pilonné selon le souhait de l’auteur ; des projets de publicité, des comptes de paiement d’auteurs, des registres commerciaux…
Et ce n’est pas tout, puisque les ressources de la Fondation Martin Bodmer sont également sollicitées, si bien que l’on pourra admirer les manuscrits des Caves du Vatican d’André Gide ou de Courrier Sud de Saint-Exupéry, œuvres pré-publiées dans la revue.

La NRF et la Suisse
Il n’y a rien d’étonnant à ce que cet anniversaire d’une revue française soit fêté en Suisse. Il a existé en effet, tout au long du siècle, des liens très forts entre la revue parisienne et la communauté littéraire et intellectuelle suisse. C’est donc également à un rappel de l’intensité et même, de la nécessité des échanges culturels, que nous convie cette exposition.

Andrea Teano

Jusqu’au 12 avril 2009. Mardi au dimanche, 14h-18h.
Route du Guignard 19-21, CH-1223 Cologny (Genève)
www.fondationbodmer.org

Voir en ligne : Fondation Martin Bodmer, Cologny

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