Galeries genevoises : quelques points forts

, par  François ZANETTA, Rosine SCHAUTZ , popularité : 13%

Le week-end du 10-11 novembre marquait les 20 ans de l’association genevoise des galeries d’art (l’AGGAM). L’association propose depuis lors une certaine idée de l’art contemporain à Genève : un dialogue utile entre la cité et sa création artistique. Fédérer les différents acteurs de l’art, et sensibiliser la population à leurs découvertes. Un parcours possible en cette fin d’année. A suivre.

Jusqu’à la fin 2006, les principales galeries genevoises proposent leurs couleurs propres. Entre photographies, installations et peintures, nous retiendrons quatre lieux particulièrement intéressants.

Chez Anton Meier
Il faut tout d’abord évoquer le galeriste de la rue de l’Athénée, instigateur de l’AGGAM. Il expose actuellement un artiste d’origine slovène, Zoran S. Kos. Un travail étonnant sur la superposition d’images diverses. Issue de la Toile pour se retrouver sur la toile du tableau : tour et détour de l’image. Kos cherche, scrute la photographie sur Internet ou bien à travers des agrandissements d’œuvres picturales pour les mettre en écho, en dialogue. L’effet est réussi ! On entre ainsi dans un univers très cinématographique. Il use en effet de l’art du montage, comme un cinéaste. Une image, une autre image, et du sens ! On découvre alors une Maria from Suburdia, 2006 (C-print, acryl et huile sur toile coupée et entrelacée), comme une succession d’images en écho, ici Angelina Jolie enceinte, trois fois répétée, au centre droit une jeune fille nue toute droit venue, semble-t-il, de chez Hopper ! Le rythme ternaire de l’apparition de l’actrice, entourant la jeune femme, crée un effet d’association d’idée intriguant, rappel d’une certaine vision Pop. Plus loin, cet Uomo Universalis, mélange d’un Christ de Grünewald et de la pin-up Betty Page, qui met en évidence une dualité formelle forte, où l’antagonisme crée l’équilibre (et le débat) : Eros et Thanatos / Esprit-Matière / Homme- Femme / Religion-Sexe. Image sur une autre image, lien habile et discursif ; Zoran S. Kos ouvre des espaces et s’interroge avec nous. Brasseur de clichés, l’artiste place Ingres et Velasquez en superposition, soudoyés par un drapeau américain... Ici enfin Heaven and Earth, 1999 (en illustration), formes et motifs sur toile découpée, qui fait apparaître un brouillage stimulant, à la manière cubiste. Kos joue avec la matière même. Il colle et intègre dans l’espace pictural un curieux découpage comme la trame de la toile, à la manière d’un Liechtenstein, pour révéler encore la profondeur de la toile elle-même, au châssis bricolé.
Zoran S. Kos chez Anton Meier. 2, rue de l’Athénée.

Chez Charlotte Moser
Le photographe Pierre-Alain Folliet expose son œuvre photographique. Une salle de grands formats très impressionnants de calme et d’étendue bleutée. Avec un temps de pause de plus de vingt minutes, Folliet capte les mouvements imperceptibles de l’eau, l’horizon sans fin et les roches claires. Images de méditation et de plongée au cœur des éléments.
Son travail sur les roches, exposé en annexe, s’avère très évocateur ! Le rocher s’humanise et devient source de dialogue avec la Nature. L’univers du photographe reste dépeuplé d’humains ! Seuls les choses naturelles créent une émotion.
Pierre-Alain Folliet chez Charlotte Moser, 15 rue des Rois

Chez Edward Mitterrand
Le galeriste propose deux volets à son exposition. D’un côté, Katia Bassanini, dans un espace qui s’interroge sur « Des Piles et des pièges », présente huit tableaux et quatre sculptures. Des peintures « où le chaos est aussi quelque chose de construit », qui crée un souffle bruyant pas vraiment convaincant.
D’un autre côté, le Collectif _fact (4 jeunes artistes suisses) expose une série de photographies (qui se nomme No Comment) retouchées par infographie pour donner une vision lisse de l’endroit. Cafétériat, ascenseur, bureau deviennent le lieu d’une sensation de danger à venir. En effet, une fumée bien étrange s’infiltre dans le lieu ! Effet traumatisant dont l’actualité mondiale a rendu compte et qui nous fragilise ! En annexe, une série, Ce qui arrive, installation de 27 photographies numériques, illustrant le monde de la globalisation bureaucratique. Ligne pure, couleurs simples, ces scénettes montrent un quotidien qui peut se dérégler d’un instant à l’autre. D’un espace vide à un bureau sans dessus-dessous, la société actuelle s’uniformise, mais la chute peut être fatale !! Beau travail !
K.Bassanini, Collectif_fact chez Edward Mitterrand, 52 rue des Bains

Chez Guy Bärtschi
On peut découvrir le travail de Jennifer et Kevin McCoy. A nouveau, une vision très « cinéma ». En miniature, les deux artistes américains recréent un espace de studio, aseptisé, entouré de bras tentaculaires (projecteurs de fiction), et de mini-caméras pour capter une image projetée sur le mur annexe (illustration en lien) ! Effet jubilatoire et fascinant de voir comme les coulisses d’un film en train de se faire, et de glisser dans un univers réduit, maîtrisé et surveillé. Big Brother n’est pas loin. On pense d’ailleurs à l’effet « Truman show », car c’est surtout notre position de spectateur qui donne un sens particulier à l’ensemble ! Place de démiurge (divine), au même titre que les concepteurs, nous surplombons ce petit monde ! Vue de haut, la vie semble prenable, presque prête à se détourner de la Providence. La télévision est allumée dans le salon : mise en abyme vertigineuse puisque le petit tube cathodique diffuse justement le film de la scène, en microcosme devant nos yeux ! Travail passionnant à découvrir d’urgence !
Jennifer et Kevin McCoy chez Guy Bärtschi, 3a rue du Vieux-Billard

Notons en marge de l’exposition au Mamco qu’Art & Public expose cinq toiles de John M. Armleder, que la galerie Skopia propose une exposition collective intéressante sur le thème des villes, Cities.
John M. Armleder chez Art & Public, 35, rue des Bains
Cities à la galerie Skopia, 9 rue des Vieux-Grenadiers.

François Zanetta

A la Galerie du Tir : « Choses des rues »
Il s’agit d’une rétrospective autour du travail d’Eliane Loeffler, qui peint sur toiles ou panneaux, dessine à la plume ou à la sanguine, portraits, monuments de Genève, bouquets de fleurs et objets trouvés dans les rues de la Vieille-Ville où elle demeure.
L’exposition est organisée par thèmes, avec une salle entière consacrée aux portraits de personnalités connues ou de portraits de famille, toujours saisis dans des postures ou des gestes quotidiens. On remarquera également la vivacité des couleurs qui nous rappellent, presque par-devers nous, qu’Eliane Loeffler vient d’Alexandrie, et qu’elle est une ancienne élève d’Angelopoulos et de Brandani, deux des fameux peintres de l’Atelier d’Alexandrie, célèbre dans le monde entier, même si un peu oublié de nos jours.
Enfin, certains de ses dessins ont été édités en cartes postales, notamment ceux qui représentent, avec une parfaite minutie, les portes ou les fontaines de cette ville de Genève qu’elle a adoptée et qui l’a adoptée aussi, depuis une quarantaine d’années.
Finalement, on a besoin des yeux des autres, et surtout des observations des peintres, pour voir ce que l’on ne voit plus, ou pas encore, et surtout pour comprendre en quoi cette ville de Genève peut aussi être exotique et rare.
La galerie est ouverte tous les jours de la semaine et le samedi sur rendez-vous.

Rosine Schautz

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