Lausanne : Exposition - Anniversaire au Mudac

, par  Sylvia MEDINA-LAUPER , popularité : 14%

Il y a dix ans, naissait le Mudac, acronyme accrocheur pour Musée de design et d’arts appliqués contemporains. Dans son sillage, naissait également le tout jeune collectif Trivial Mass Production. Le 29 mai dernier, c’est tout naturellement que ces deux institutions lausannoises ont célébré leur « super anniversaire » dans une ambiance chaude et festive. Mais quelle est donc cette liaison durable entre un musée du design et une agence de communication événementielle ?

A l’origine de cette collaboration régulière il y a deux noms, Chantal Prod’Hom et Florian Schmied. La première est une pétillante historienne de l’art, ayant honorablement bourlingué entre New-York où elle obtient un master en muséologie et Trévise où elle travaille pour Benetton dans un centre de recherche sur les nouveaux langages de la communication contemporaine. Quand elle reprend la direction du Mudac, elle a déjà une solide expérience artistique. Lui, en juin 2000, n’est encore qu’un jeune étudiant en architecture à l’EPFL. Trivial Mass n’existe pas encore. En parallèle de son travail de diplôme, il collabore à la réalisation d’une revue d’architecture Da-pinup et est actif dans plusieurs associations étudiantes.
Rencontre avec ces deux passionnés d’art contemporain qui cultivent un goût commun pour les arts appliqués, un domaine immense où l’on trouve pèle-mêle ; le graphisme, le design, la photo, l’architecture et les nouvelles technologies.

Plus de 500 personnes ont envoyé au Mudac leur gâteau, contribuant ainsi à une grande fresque colorée pour les 10 ans du musée et deTrivial Mass production.
Photo Aude Haenni

Comment vos chemins, à priori sur des voies différentes, se sont-ils croisés ?
Florian Schmied : Je terminais mon diplôme et j’entends parler de ce projet sur un nouveau musée qui succède à l’ancien Musée des Arts décoratifs, il fallait créer un événement pour inaugurer ce qui allait devenir le Mudac. J’ai envoyé une ébauche de proposition avec comme idée de départ un concept autour de l’air. C’est devenu « Air en forme », une exposition sur le thème ludique du gonflable. Avec d’autres amis, notamment Nicholas Haagensen (qui est à l’origine du nom de Trivial Mass lorsqu’il travaillait aux USA), on avait prévu un énorme mur à gonfler en direct durant le vernissage pour faire partir le public du musée. Je me souviens qu’avec un budget d’à peine 3000.- on avait proposé une mise en scène inédite qui n’était pas passée inaperçue puisque la cérémonie d’ouverture avait drainé plus de 4000 personnes.
Chantal Prod’Hom : On avait lancé un concours et j’avais déjà plusieurs propositions venant de boîtes déjà connues, mais j’ai assez vite été séduite par la fraîcheur de cette démarche. C’est parti sur une intuition, je voyais là de bonnes idées et une audace qui n’était pas pour me déplaire. Quant à sa formation qui provient de l’univers architectural, moi qui ai pour habitude de voir les arts de manière transversale, cela représentait d’avantage un enrichissement qu’un problème. J’ai toujours été à l’écoute des nouvelles tendances et j’ai voulu que le Mudac soit une plateforme où se rencontrent les arts appliqués, c’est-à-dire à la fois l’art contemporain et les différents champs du design, allant du stylisme au design industriel, en passant par le cinéma d’animation, la BD, la céramique, les bijoux, les papiers d’agrumes.
FS : On partage cette même passion pour les arts appliqués, nous on s’occupe beaucoup de graphisme, de design, de photo et de nouvelles technologies, mais dans un sens, l’architecture nous aide travailler l’espace. A cela s’ajoute une même façon de penser l’esthétique, non pas pour elle-même, mais en l’incluant dans une démarche thématique.

Justement, décrivez-nous votre agence de communication événementielle. Comment est né Trivial Mass ? Et quelle est sa philosophie ?
FS : La vision de Trivial Mass Production est d’aborder les projets avec un regard décalé, souvent ironique et loin d’un certain snobisme dans le milieu artistique, d’où le nom de Trivial. Dès le début on a privilégié le côté festif dans notre travail, on a envie de s’amuser, c’est pour ça que la plupart de nos contrats recouvrent nos champs d’intérêts. Après la fête d’inauguration du Mudac, on avait amassé un petit pécule et on a décidé, avec les deux autres collaborateurs, de fonder un collectif ; Trivial Mass Production. Dans notre ligne de conduite, on ne se limite pas à créer et à organiser un événement, on s’attache à faire passer un message, on part d’une idée ou d’une problématique sociale.

Par exemple ? Quelles sont vos plus importantes réalisations ?
FS : Pour la Nuit des Musées par exemple (qui est une manifestation regroupant une vingtaine de musées lausannois ouvert de 14h à 2h du matin pour 10.-), dont Trivial Mass s’occupe depuis ses débuts, soit depuis 2001. Et bien on a parié sur une ligne de communication controversée et risquée qui était de vendre l’art comme n’importe quel produit de consommation de masse, pour le sortir des salons feutrés. D’où l’idée d’une promotion décalée avec des cabas en papier en forme de jerrycan avec l’injonction « Faites le plein de superculture ! ». Ou en 2008 « Musclez votre culture ! » avec un lexique et un visuel basé sur le monde du fitness. Plus récemment et toujours pour coller à l’air du temps, le message portait sur la crise et proposait un « Plan de relance culturel 100% d’intérêts ». On essaie d’amuser avec des discours ludiques, et Trivial Mass garde toujours un état d’esprit naviguant entre l’art et la communication. Cela dit, nos réalisations s’étendent à des secteurs très variés ; l’horlogerie, le luxe, les collectivités publiques, les universités et la culture bien sûr. Notre société a réalisé des projets majeurs tels que les stands du CIO à Pekin et à Vancouver, le stand cubique Tissot à Baselworld, la célébration des 10 ans d’EasyJet, avec à chaque fois des scénographies urbaines et des stands sur mesure. Actuellement nous travaillons sur les 25 ans de l’Alimentarium de Vevey.

Chantal Prod’Hom, directrice du Mudac et Sylvia Zamora, conseillière municipale, directrice de la sécurité sociale et l’envirronement Ville de Lausanne

Revenons au Mudac, dites-nous comment vous organisez les thèmes d’exposition ? Il paraît que vous avez collaboré avec M. Jacques Hainard, longtemps conservateur du Musée ethnographique de Neuchâtel puis de Genève ?
CPH : Les sujets d’expositions ne manquent pas. Je pars souvent d’une observation qui me dérange, comme ce fut le cas pour « Cache-cache camouflage ». La mode militaire était sortie des camps d’entraînement et les stylistes, tout comme les architectes et les photographes s’en emparaient pour l’importer dans les rues. Au Mudac, nous avons voulu porter ce nouvel enjeu aux regards du public. La tenue camouflage passe-t-elle inaperçue en ville, ou rend-elle plus visible ? Je m’attache toujours à témoigner de l’actualité sous une forme facétieuse. Je partage avec Jacques Hainard ce goût anthropologique pour les observations des différents modes de vies, être une sorte « d’eyes opener », une manière de dire : « Regardez, c’est là sous vos yeux, en permanence ! Et vous ne le remarquez plus ! ». Alors, notre rôle de muséographe est de sortir ces élements - devenus invisibles- de leurs contexte et de les révéler dans nos musées. C’était le cas pour « Bêtes de style » qui traitait de nos rapports aux animaux. Dans « Body extensions » on posait la question de ce besoin pleinement humain de modifier son corps. Avec « Dysfashional » consacré à la mode, la représentation de l’identité était questionnnée, etcaetera, etc…

Quelles sont les diverses activités du Mudac ?
CPH : Outre les deux expositions permanentes que sont l’art du verre contemporain et la Collection Jacques-Edouard Berger présentant des objets de l’Antiquité chinoise et égyptienne, il y a un rythme assez soutenu de 6 à 7 expositions temporaires par an. J’aime cette énergie qu’imposent les expositions temporaires. Elles sont souvent enrichies de performances, de concerts de jazz, de débats ou encore de défilés de mode. En fonction du sujet abordé, il y a aussi des événements insolites entourant l’expo, comme par exemple, l’emballage complet du bâtiment avec des filets posés par l’armée suisse lors de « Cache-cache camouflage », ou je pense aussi à ce body builder en chair et en os qui officiait durant le vernissage de « Body Extensions ».
Parallèlement à ces expositions thématiques, le Mudac propose une série de « cartes blanches à un designer ». C’est alors un designer invité qui selectionne ses propres œuvres et conçoit son exposition personnelle en collaboration avec le musée. On a vu ainsi Constantin Boym, Yves Béhar, Florence Doléac, pour n’en citer que quelques uns. Tous les deux ans, le Mudac collabore avec l’Office fédéral de la Culture à Berne et expose les travavux des lauréats. A cette occasion, nous faisons appel à Trivial Mass pour mettre sur pieds la cérémonie de remise des Prix fédéraux de design. Je fais toujours en sorte que les lauréats soient exposés en même temps qu’une thématique plus rassembleuse, dans l’espoir que le public venu pour découvrir telle expo, fasse connaissance avec un designer plus pointu et moins connu.
Par ailleurs, depuis 2006 nous proposons des cycles de conférences-présentations, ce sont les « Jeudis Design » qui permettent d’approfondir certains aspects du design contemporain en organisant des rencontres avec les créateurs.

Propos recueillis par Sylvia Medina-Lauper

www.trivialmass.ch
Mudac, 

Pl. de la Cathédrale 6
,
1005 Lausanne, tél.
0041 / 21 315 25 30

   
 
 
 
 

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