Riehen : H Box

, par  Régine KOPP , popularité : 9%

L’art nomade de H Box s’installe un mois à la fondation Beyeler. C’est en 2007 que cette « boîte », conçue et réalisée par Didier Fiuza Faustino et Benjamin Weil et qui, sous son appellation quelque peu mystérieuse, cache un espace de projection diffusant les créations de huit artistes vidéastes, a fait sa première apparition au Centre Pompidou.

Depuis, elle poursuit son voyage, accueillie soit par des musées prestigieux, comme le MUDAM à Luxembourg, la Tate Modern à Londres, l’Orange County Museum of Art aux Etats Unis, le musée d’art contemporain de Castilla y Leon, ou des festivals consacrés à l’image comme la Triennale de Yokohama au Japon, le Cinema arts festival de Houston.

Projet d’envergure internationale
Cet espace de projection de 6,5 x 5 mètres, un écrin d’aluminium et de plexiglas, entièrement démontable, intègre un dispositif visuel et sonore très sophistiqué, qui permet de montrer des œuvres vidéo inédites de huit artistes internationaux. Chaque année, quatre d’entre eux laissent leur place à quatre nouveaux vidéastes, un roulement permettant d’offrir l’espace à un maximum d’artistes et au public de ne pas s’ennuyer. Seul bémol à cette salle nomade, le nombre de spectateurs limité à dix. Pour le directeur de la Fondation d’entreprise Hermès, il s’agit de s’ingérer le moins possible dans les projets des artistes, les œuvres demeurant la propriété des artistes, « la HBox devant faire reconnaître la marque comme étant capable de pratiquer un mécénat culturel sur mesure, solidaire des artistes », précise Pierre-Alexis Dumas. L’engagement artistique dont le choix s’est fixé sur la vidéo, s’explique par son côté universel, puisque les artistes de toutes les cultures s’en servent pour documenter des réalisations ou expérimenter de nouvelles structures narratives. Si la vidéo s’est imposée comme une évidence pour ce genre de projet d’envergure internationale, c’est aussi pour sa facilité à être transportée.

H BOX
© Nacása & Partners Inc. Courtesy of Hermès Japon, 2008

L’artiste Shahryar Nashat, déjà présente lors de la première diffusion, présente Plaque, inventant un lien formel entre deux éléments narratifs qui n’ont rien à voir ensemble : la fabrication d’une dalle en béton et l’interprétation des variations de Goldberg par Glenn Gould. Quant à Julika Rudelius, elle explore les relations entre les gens, interrogeant les préjugés qui nous structurent et les codes sociaux que les classes sociales emploient, pour se définir elles-mêmes par rapport à d’autres et créant leur identité. Dans Dressage, elle a fixé sa caméra sur un groupe de jeunes pré-adolescents huppés qui se prépare pour le tournage d’un film, où les événements prennent une tournure inattendue. La caméra d’Ali Kazma observe les choses, intimement et méticuleusement, et cherche à dénicher ce qui est habituellement invisible. Taxidermist nous montre le travail d’illusion que produit cet artisan dont les mains ressuscitent une peau grâce à des gestes très précis. The Empirical Effect, produit par Rosa Barba, se concentre sur le Vésuve que l’artiste conçoit comme une métaphore pour les rapports complexes entre la société et la politique. Avec son œuvre We Knew About The Cave, Matthew Buckingham part de la découverte de la grotte de Lascaux, faisant reposer la dynamique de la narration sur les découvertes qu’il a faites grâce à des recherches approfondies, menées à la façon d’un détective. Cliff Evans s’intéresse au monde dans lequel le réel et le virtuel se croisent. The Wolf and the Nanny est une brève animation, composé à partir d’un collage de matériau déniché en ligne, qui raconte comment le flux incessant d’images qui se déverse sur nous chaque jour, a changé notre perception du monde. Dans la vidéo de Mark Lewis, intitulée TD Centre, 54th Floor et filmée depuis le toit d’un des derniers bâtiments conçus par Mies van der Rohe, en 1967, le temps semble suspendu et la narration se limite au simple mouvement de la caméra, créant ainsi une tension. Le monde virtuel et ses implications dans la réalité est aussi au cœur du travail de Cao Fei, qui vit une partie de sa vie en ligne, comme dans Second Life. Ses aventures, ou plutôt celles de China Tracy, son avatar, ont été documentées tout comme l’a été la construction de RMB City, un environnement développé sur une parcelle achetée par l’artiste dans le monde virtuel. Les films qu’elle crée se situent à mi-chemin entre la fiction et la documentation.
Le phénomène que l’on observe depuis plusieurs années et qui pousse les entreprises de luxe à gagner de la visibilité dans le monde de l’art, n’a pas épargné non plus la maison Hermès. A cette différence près que la maison Hermès a toujours considéré le savoir-faire de ses artisans comme de l’art. Il est donc naturel qu’elle poursuive dans cette voie et qu’avec le changement de générations à la tête de la maison, plus sensible à la culture contemporaine, elle soutienne de nouvelles formes de création artistique.
A partir du 9 mai 2010, une grande rétrospective est consacré à Jean-Michel Basquiat dont l’œuvre incarne le métissage des cultures, l’art brut mêlé à la bande dessinée, aux codes de la publicité, aux signes du jazz et du rap.

Régine Kopp

www.fondationbeyeler.ch

Jusqu’au 16 mai 2010

Voir en ligne : Fondation Beyeler

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