Carthage : un festival à la conquête du public européen

, par  Serge BIMPAGE , popularité : 23%

Recommandable pour sa programmation musicale, cet événement qui en est à sa 43ème édition, flirte entre culture magrébine profonde et productions multi ethniques.

Pour les ignorants comme pour les inconditionnels de la culture malouf ou magrébine, il est un festival - parmi les centaines du bassin méditerranéen - qui vaut assurément le détour : le Festival de Carthage. Rôdé depuis 43 ans, ce rendez-vous annuel, qui s’adresse avant tout aux Tunisiens, constitue un événement qui plonge ses racines au cœur de l’histoire la plus ancienne comme la plus récente de la culture tunisienne.
Sur le site archéologique, à deux pas du palais présidentiel, dominant la baie somptueuse de Tunis, le Festival ouvre les feux… le 14 juillet ! Curieuse date en regard de l’obsession de l’identité nationale - de la destruction de Carthage à la colonisation - inscrite dans les gènes des Tunisois. A côté de l’éducation (1/3 du budget national) et de l’émancipation féminine (journée de la femme le 13 août), la culture constitue le troisième pilier de la lutte pour une indépendance, dans le plus européen des pays arabes, à la croisée des cultures. Dès sa création par une poignée d’intellectuels tunisiens sorbonnards, l’intention avait été de mettre sur pied un rendez-vous prestigieux des arts de la scène contemporains (musique et danse) qui reflète à la fois la culture magrébine, tunisienne et occidentale.
Disons-le d’emblée : le délicieux paradoxe, qui veut que 95% de la programmation s’adresse aux seuls Tunisois, fait précisément tout l’intérêt comme le charme du Festival de Carthage. Le jour même de l’ouverture, pas moins de 200 artistes, poètes et chanteurs se succédaient dans un spectacle de trois heures. Le tout devant une dizaine de milliers de spectateurs répartis sur les gradins de l’amphithéâtre romain, entonnant et dansant ces airs malouf avec la même ferveur que les Italiens l’opéra.
Chaque soir, jusqu’au 16 août, ces mêmes gradins ne désemplissent pas. Un succès qui tient tout entier dans la qualité de sa programmation. Des chanteurs très « racines » tels que Riad Fehri, talentueux compositeur et joueur de luth tunisien, Amel Maher, jeune égyptienne considérée comme la nouvelle Om Kalthoum ou l’émirati Houcine El Jesmi alternent avec bonheur avec des artistes ou des formations africaines telles que que l’ivoirienne Dobet Gnabhoré, chanteuse, danseuse et percussionniste, le Rénégade Steel Orchestra (17 musiciens) tapant des rythmes hallucinants sur des bidons de pétrole, voire néo occidentales comme le groupe latino-jazz Ozomatli de Los Angeles (10 musiciens d’origine ethnique différente).

Festival de Carthage 2007

Côté danse, en revanche, les prestations populaires ne recèlent pas la même magie, avec des invitations allant du ballet Moïsseïev de Moscou au ballet flamenco d’Andalousie… en passant sans hésiter par le Magic System ou les starlettes Star Académy du L5. On ne jettera toutefois pas la pierre au directeur Raja Farhat. Ce Tunisien érudit, qui a vécu à Paris et à Lyon, grand familier, soit dit en passant, du Festival d’Avignon de la première heure, sait combien l’alternance des genres et des publics garantit la réussite d’un festival de longue haleine : « Dès le 3ème siècle, assure-t-il l’œil malicieux de petit génie, Antonin de Carthage avait compris les vertus de l’art populaire à condition que le grand art ne soit jamais absent. »
Raja Farhat a plus d’un tour dans son sac. A la tête du Festival depuis 1977, il a su faire évoluer ce dernier dans plusieurs lieux de la ville, donnant une impulsion artistique sans précédent à Tunis. C’est à lui que le gouvernement a confié la direction du plus grand complexe de production et d’animation culturelle du pays qui ouvrira ses portes en 2009, troisième lieu culturel d’envergure dans le monde arabe, après l’opéra du Caire et celui de Damas. Si, donc, le futur patron du « Beaubourg de Tunis » cède (rarement) au panachage, c’est fort d’un constat somme toutes assez lucide : d’une part, le défi économique de ce genre de Festival, dans un pays émergent, s’avère chaque année plus redoutable ; d’autre part, sauf à avoir rédigé une thèse de troisième cycle en musique magrébine, il fait bon pour les festivaliers se reposer au travers de références familières, d’autant que nombreux sont ces derniers qui se déplacent en famille. A noter qu’un Festival de musique symphonique se tient également à la même période non loin de là.

Serge Bimpage

voir le site du Festival

De même que l’on ne se rend pas en Avignon sans visiter le Palais des Papes, on n’ira pas au Festival de Carthage sans programmer :

- le site archéologique de Carthage, zone résidentielle et présidentielle où Alain Ducasse a ouvert un restaurant (Spoon Carthage). Classé patrimoine mondial de l’UNESCO. De même que son musée national qui le jouxte.

- le musée national du Bardot, ancien palais du XIXème siècle abritant le plus ancien musée archéologique du Maghreb. L’un des plus riches en mosaïques romaines rassemblant les plus beaux vestiges des sites antiques tunisiens.

- La médina. Inscrite par l’UNESCO au patrimoine culturel de l’humanité, elle constitue l’un des plus beaux ensemble de mosquées, écoles coraniques, demeures nobles du bassin méditerranéen.

Hôtels :
Si on peut se le permettre, préférer ceux (Le Renaissance ou le Golden Tulipe ) de la côte nord aux magnifiques plages de sable. Avec un budget moyen, on préférera les conseils du guide du Routard.

Voir en ligne : Festival de Carthage

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