Entretien : Jean Liermier

, par  Julien LAMBERT , popularité : 14%

Rencontre avec Jean Lermier, auteur de la mise en espace d’Une Mort héroïque. Michel Piccoli y sera prince spleenétique, mime tragique, enfant, narrateur de ce poème en prose du Spleen de Paris.

Pourquoi avoir choisi Une Mort héroïque de Baudelaire ?
Il m’a fasciné parce qu’il parle d’un personnage que tous les gens de théâtre ont en eux, un vieil artiste qui une fois sur le plateau n’a plus rien à faire. Il va mourir en plein exercice de son art, victime du machiavélisme d’un prince, du sifflet d’un enflant qui l’écrase à terre. Ce moment pointu, aigu d’un coup porté à un artiste, ça me plaît. Mais je n’étais prêt à faire cette mise en espace très simple que si j’avais un grand artiste à ma disposition.

Jean Liermier, metteur en scène (à droite) ; répétition de L’Ours de W. Walton d’après Tchékhov,avec Charles Johnston dans le rôle titre. Dir. V.Reymond Prod. ODN 2003-2006 © Pierre-William Henry

Or vous avez Michel Piccoli : comment avez-vous fait et qu’appréciez-vous en lui ?
J’ai fait la connaissance de Piccoli à l’occasion du Roi Lear d’Engel, dont j’étais l’assistant. C’est un mythe vivant qui a su pourtant rester un enfant, ouvert à tout, et d’une simplicité, d’une innocence incroyables. Cet état de jeu au sens le plus noble, que nous luttons tous pour atteindre, il l’a maintenant spontanément avec l’âge et l’expérience : c’est hallucinant. J’aimerais profiter de nous retrouver autour de Baudelaire pour parler du futur, d’une possible collaboration.

Comment représenter ce poème très visuel, mais porté par une seule voix ?
Idéalement, je voyais la confrontation de Piccoli et du mime Marceau, ayant le souvenir d’une communauté de spectateurs réunie, suspendue aux expressions du mime. Finalement, il sera remplacé par une marionnette, qui représente le côté magique du théâtre, capable de donner vie à un bout de bois, de faire croire aux gens que ce qu’ils voient est vrai. Piccoli sera un acteur errant de retour de Cannes pour raconter son histoire avec sa marionnette. Quand il rentrera dans la maquette du théâtre, il pourra alors interpréter les différents personnages, comme si le spectateur rentrait dans sa tête de saltimbanque pour partager ses souvenirs. J’ai le souvenir de Michel restant seul et muet douze minutes dans un spectacle, à ranger une bibliothèque. Il captivait la salle, ayant trouvé un parcours précis dans l’espace, qui était juste. C’est cet espace de liberté d’un narrateur qui met en perspective le texte avec son action, même sans parole, que nous allons chercher. Nous voulons aussi faire passer le spectateur par les émotions du public qui regarde l’artiste dans le poème, et qui est frappé par la violence du coup de sifflet.

Vous êtes un sérieux candidat à la direction du Théâtre de Carouge : que souhaiteriez-vous lui apporter ?
Mon énergie, l’envie de fédérer une équipe, d’aller à la rencontre d’un public. Surtout une conception du théâtre qu’on ne voit plus aujourd’hui : la volonté de défendre de grands auteurs par une mise en scène exigeante, des textes qui misent non pas sur des problèmes esthétiques, mais parlent des rapports humains.

Propos recueillis par Julien Lambert

Voir en ligne : Les Jardins Musicaux de Cernier

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