Festivals de l’été : compte-rendu

BEAUNE


Opéra baroque
Minkowski, Christie, Koopman, Savall, Alessandrini, Rohrer… Certains parmi les plus grands noms de la musique baroque étaient une nouvelle fois présents ce mois de juillet à Beaune. Pour notre plus grand plaisir. Bref retour sur un festival qui fêtait cette année son 25e anniversaire.
Surtout connue pour ses Hospices et son impressionnant Polyptyque du Jugement dernier réalisé au milieu du XVe siècle par le peintre flamand Rogier Van der Weyden, la charmante petite ville de Beaune en Bourgogne l’est aussi pour son festival d’Opéra baroque. Pionnier dans la reconstitution et l’interprétation des opéras baroques sur instruments anciens, ce dernier est devenu au fil des ans un rendez-vous incontournable de l’été des festivals.
Réparti en quatre week-ends (au lieu de cinq les années précédentes, restrictions budgétaires obligent…), le programme de cette édition 2007 était néanmoins une nouvelle fois alléchant : en plus de deux cycles consacrés l’un à la musique sacrée (des cantates de Bach - dirigées par Sigiswald Kuijken - et de Buxtehude à l’occasion du 300ème anniversaire de sa mort, par Ton Koopman), l’autre à des concerts et récitals (avec notamment Andreas Scholl et Lawrence Zazzo, deux des plus grands contre-ténor du moment), le festival proposait trois opéras en versions de concert : L’Orfeo de Monteverdi sous la direction de Rinaldo Alessandrini, L’Enlèvement au sérail (Minkowski à la tête de ses Musiciens du Louvre) et Les Noces de Figaro (Rohrer) de Mozart. Enfin un oratorio, La Création de Haydn, interprété par Les Arts Florissants de William Christie. Pour cause de restauration, les concerts se déroulaient non pas dans la cour d’honneur des Hospices mais dans la vaste Basilique romane Notre-Dame, toute en pierre blanche, à l’acoustique parfaite.

L’Orfeo et les Noces
Le deuxième week-end proposait donc L’Orfeo (le vendredi) et Les Noces de Figaro le samedi. Abordant des œuvres italiennes, Rinaldo Alessandrini tente dans ses interprétations toutes méditerranéennes, de retrouver les qualités de « cantabile » et de mobilité expressive qui furent propres au style italien des XVIIe et XVIIIe siècles ; ses enregistrements pour Astrée, Arcana ou Harmonia Mundi (notamment, en 2006, des 6ème et 8ème Livre des madrigaux de Monteverdi, mais également d’œuvres de Haendel, Bach et Vivaldi) sont unanimement salués par la critique. Grâce à une direction d’une grande précision et un dynamisme impressionnant, Rinaldo Alessandrini a offert au public de Beaune une interprétation très séduisante du chef-d’œuvre de Monteverdi. La façon qu’avait Alessandrini d’ « embarquer » cette musique et ses musiciens, de les entraîner à la danse, légère, ou au contraire (dans la seconde partie de l’opéra) dans des tonalités plus sourdes, plus sombres, était une chose passionnante à voir et à entendre. La distribution, d’une belle homogénéité ce soir-là, n’a pas peu contribué à cette indéniable réussite musicale. Furio Zanasi – que nous avions déjà entendu dans le Combattimento di Tancredi e Clorinda du même Monteverdi – était en effet un très bel Orfeo, à la fois puissant et émouvant. Le rôle de la Musique était tenu par la soprano Monica Piccinini, et ceci avec brio grâce notamment à un timbre de voix clair, séduisant, des aigus d’une grande légèreté. Quant à la contralto bulgare Alena Dantcheva, la profondeur de son interprétation - notamment dans l’air déchirant de la Messagère à la fin du second acte : « In un fiorito prato… » - lui a permis d’emporter l’adhésion du public. Notons encore qu’un enregistrement de L’Orfeo par le Concerto Italiano (avec comme unique changement de distribution Sara Mingardo dans le rôle de la Messagère) est à paraître prochainement sous le label Naïve : à se procurer absolument !

Sophie Kärthauser

Le jeune chef Jérémie Rohrer (il est né en 1973 à Paris) a été le chef-associé de William Christie pour Così fan tutte, Le Nozze di Figaro et Don Giovanni lors de la saison 2005-2006 ; à l’occasion du festival de Beaune 2006 il avait créé l’événement en dirigeant avec énergie et talent L’Idoménée de Mozart à la tête du Cercle de l’Harmonie. Au programme cette année, à la tête du même Cercle de l’Harmonie et du chœur Les Eléments : Les Noces de Figaro. Jérémie Rohrer a offert au public de Beaune des Noces de très bonne facture, gaies et énergiques, s’affirmant ainsi de plus en plus comme une valeur sûre dans le domaine de l’interprétation mozartienne. La distribution, si elle ne comptait pas de grands noms, était elle aussi sans faiblesses. Relevons en particulier l’interprétation remarquable de Sophie Karthaüser dans le rôle de Suzanne (une Suzanne naturelle, tout à fait heureuse) ainsi que, dans le rôle toujours délicat de Chérubin, la sensibilité alliée à la drôlerie de Renata Pokupic – la mezzo-soprano d’origine croate qui donnait le lendemain dimanche un récital d’airs d’opéras et de cantates de Haendel, Mozart et Glück, accompagnée au clavecin par Laurence Cummings.
Laurent Cennamo

Bach, Buxtehude et Mozart transcendés le temps d’une fin de semaine : c’est tout Beaune.
Ton Koopman s’attaque à des cantates de Buxtehude, marquant ainsi un 300ème anniversaire bien peu célébré par ailleurs. Il s’agit de pièces éclatantes, presque de parade avec leurs fanfares obligées, qui ne sont pas sans rappeler les pages cérémonielles des Vénitiens de l’époque. Suit la cantate de son disciple Bach, Ich hatte viel Bekümmernis, dans une profondeur douloureuse inconnue du maître de Lübeck : on a franchi le temps, mais aussi la distance qui sépare le talent du génie. L’orchestre et le chœur de l’Amsterdam baroque, ses solistes attitrés, leur rendent pleine justice, soulevés par la fougue chaleureuse du maître de céans.

L’Enlèvement au Sérail
Le lendemain, changement d’atmosphère : le plateau de la basilique Notre-Dame suffit à peine à loger les Musiciens du Louvre-Grenoble, le Chœur Les Éléments et les six solistes, pour l’Enlèvement au sérail. On pourrait en dire de même de l’église dans son ensemble, emplie du public jusqu’au moindre espace libre. Bien lui en prend ! Car il n’est pas sûr qu’à Aix-en-Provence, où ce Mozart vient d’être étrenné, le même miracle musical se soit produit. Débarrassés des contraintes scéniques, les chanteurs expriment librement leur art, tout en prenant le plus vif plaisir à mimer leur rôle. Cornelia Götz, Finnur Bjarnason, Rebecca Bottone, Loïc Félix et Alan Ewing sont leurs personnages : Kontanze éperdue, Belmonte élégiaque, Blonde délicieuse (Bottone, un nom à retenir !) et Osmin bouffe noire. Un plateau parfait. Et passé quelques premières mesures incertaines, tout s’élève et s’enlève, instruments et chant mêlés sous le bâton (retour, même ici, au style d’époque !) d’un Marc Minkowski inspiré comme toujours, et même plus que jamais.
Pierre-René Serna

COLMAR


« La musique est l’art d’exprimer l’inexprimable, elle va très au-delà des mots... Chaque fois que je m’apprête à diriger un concert, au moment où les instrumentistes retiennent leur souffle, au moment où passe ce silence profond comme l’infini, ces réflexions me traversent l’esprit. »
Ces mots sont nés de la plume de Charles Münch, un enfant du pays qui a fait carrière de chef d’orchestre, en Allemagne, aux Etats-Unis et en France. La XIXe édition du festival alsacien lui a rendu hommage. Comme lors des précédentes éditions, les concerts étaient de qualité. Si la manifestation (3 -15 juillet) a acquis son rythme de croisière, les acquis ne rimaient pas avec la routine : L’affirmation du maestro s’est vérifiée.
D’où vient la recette de ce succès ? Les facteurs sont multiples. Tout d’abord un arrière-plan d’accueil et d’émulation est créé : Visiblement hôteliers, restaurateurs, mais aussi responsables de musées et autres institutions culturelles, veulent que le « visiteur mélomane » se sente à l’aise dans la cité. Le Musée du jouet sert de cadre pour des talents adolescents et surtout préadolescents. Il n’est jamais trop tôt pour intéresser les jeunes ! Dans le bâtiment historique du Koïfuss - outre une présentation de documents consacrée à « Charry » Münch – les mélomanes sont invités à des rendez-vous d’écoute, animés par un journaliste musicologue.

Nemanja Radulovic

Les organisateurs facilitent les contacts entre journalistes et musiciens. Les premiers ont les moyens d’évoquer la manifestation, tandis que les autres se sentent reconnus. Une radio régionale, « Accents 4 », consacrée au répertoire classique, se fait l’écho des concerts.
Autre facteur essentiel : la programmation. Le répertoire va du Requiem de Mozart, au Stabat Mater de Poulenc, en passant par la méconnue Symphonie n° 2 de Saint-Saëns, ou encore une Suite pour violoncelle solo de J.-S. Bach. Qui n’y trouve pas son compte ?
Les pages se placent sur tous les échelons instrumentaux. La salle gothique du Koïfuss accueille la musique de chambre. Claire-Marie Le Guay et François Salque ont fait résonner avec engagement leur piano et leur violoncelle pour des textes de Debussy et Brahms. Autre site pour les chambristes, la Chapelle Saint-Pierre : l’archet précis et décidé d’Isabelle Faust a donné la réplique au clavier polymorphe d’Alexander Melnikov (Fauré et Schumann).
La splendide église Saint-Matthieu est le point de rendez-vous des aficionados de la musique symphonique. Directeur artistique, Vladimir Spivakov, à la tête de « son » Orchestre National Philharmonique de Russie, a conduit des compositions de Wagner, Strawinsky et Chostakovitch.
Outre de grands noms (Michel Plasson, Trio Wanderer, David Grimal), les programmateurs jouent la carte de la découverte : beaucoup de solistes ont moins de 35 ans. Un nom ? Deborah Nemtanu ! La belle violoniste française d’origine roumaine a subjugué son public. Avec une aisance confondante - qui n’excluait jamais la musicalité - elle a occupé avec talent la place centrale dans le concerto n° 3 de Saint-Saëns aux côtés de l’Ensemble Orchestral de Paris, conduit par John Nelson. Il faudrait encore mentionner Nemanja Radulovic, un violoniste serbe né en 1985, établi à Paris, qui aussi bien par l’apparence que par le jeu d’un opus de Sarasate faisait figure de Paganini tzigane aux côtés des mêmes musiciens... Une telle organisation ne pourrait-elle pas servir de source d’inspiration pour les responsables politiques et culturels suisses, particulièrement en Romandie ?
Pierre Jaquet

ERNEN


La Semaine baroque connaît un vif succès à Ernen avec ses trois copieux concerts intercalés entre la Semaine de piano et le Festival du futur. Il est vrai que le cadre de l’église du lieu sied admirablement à la musique de chambre baroque, d’une part grâce à ses fastueux ornements intérieurs et d’autre part au travers de ce sentiment de profondeur et d’harmonie hors du temps que lui confère sa situation géographique privilégiée, avec son parvis orienté dans l’axe de la Vallée de Conche. Le troisième et dernier concert de la série 2007 a vu se succéder vendredi 27 juillet tout un florilège de pièces, commentées parfois avec beaucoup d’humour par les membres de la Scintilla, l’ensemble emmené par la violoniste Ada Pesch, premier violon super soliste de l’Orchestre de l’Opéra de Zurich. Les musiciens accueillaient par ailleurs la très attendue Sophie Daneman, dont la carrière lyrique est des plus saluées. Plus de deux heures de musique au total sont à mettre au crédit de cette soirée originale et en tous points enthousiasmante. Rechercher un fil rouge reliant les œuvres présentées n’est pas chose aisée, mais peu importe, tant le pur plaisir musical est au rendez-vous ! Dès les premières mesures du Concerto de Telemann pour deux violons, alto et basse continue en sol majeur, on est séduit par la qualité du jeu des instrumentistes, leurs phrasés, leur profondeur interprétative dans les mouvements lents. On distingue également un continuo porté par un clavecin magnifique dont Sergio Ciomei (qui accompagne régulièrement Cecilia Bartoli et Maurice Steger) tirera en solo les plus belles sonorités dans trois sonates de Domenico Scarlatti.
Au chapitre de la virtuosité, Roel Dieltiens a donné la Sonate pour violoncelle et contrebasse en la majeur que Boccherini avait écrite pour exalter ses propres talents de ‘‘Paganini avant la lettre’’ du violoncelle. L’archet sûr et imaginatif du soliste convoque autant une technique d’un haut degré d’exigence que l’intuition rendant le charme et les composantes ludiques de cette pièce typiquement italienne de ton. Complétant la portion exclusivement instrumentale de la soirée, une sonate en trio pour luth, alto et violoncelle de Karl Kohaut et un concerto pour hautbois de Johann Friederich Fasch, d’une facture plus convenue mais très soigneusement servis, étaient également au programme.
La voix occupe une place très en vue dans la musique baroque. Il apparaît dès lors très naturel de mettre au cœur de la soirée le répertoire qui en cultive le mieux la saveur, de surcroît avec une soprano d’élection comme Sophie Daneman. Et comment mieux servir l’art vocal baroque qu’en prenant une cantate de Bach et des extraits du chef-d’œuvre lyrique de Haendel Giulio Cesare in Egitto ? Si la cantate BWV 199 Mein Herz Schwimmt im Blut a parfois été servie avec un peu trop d’affectation dans les récitatifs, les trois airs dévolus à Cléopâtre ont en revanche été visités à l’aune des plus grandes interprétations. Sensible, généreuse et investie jusque dans les moindres détails de ses vocalises, Sophie Daneman a rendu à César ce qui était à César, et bien plus encore ! Cinq concerts baroques seront proposés dès l’an prochain pour répondre à l’indéfectible engouement que le public d’Ernen témoigne à l’égard de la musique baroque. La qualité et l’authenticité paient, une fois de plus.
Bernard Halter

GSTAAD


Parmi le foisonnement de concerts mis à l’affiche, le Menuhin Festival de Gstaad proposait une exploration des opus de jeunesse de Beethoven. Pour le compositeur, la musique de chambre de ses relatives jeunes années, si elle prolonge souvent les trouvailles et développements dus à Haydn et à Mozart, tient également lieu de substrat fondamental pour ses symphonies à venir. Cela ne signifie pas que les œuvres cataloguées avec un numéro d’opus inférieur à vingt se réduisent à de banals exercices répétitifs de composition. Loin de là ! Gstaad a donc pris le parti de suivre ce riche fil rouge. Ouvrant les feux de son cycle consacré au jeune Beethoven avec les premiers trios avec piano, le festival a poursuivi son exploration historique en s’arrêtant sur la case obligée de l’opus 18. Beethoven a près de trente ans lorsqu’il se lance dans la composition de ses six premiers quatuors à cordes et sa sensibilité artistique aiguisée se veut alors résolument tournée vers l’avenir. Il faut toutefois bien reconnaître que, mesurés à l’aune de ses œuvres composées quelque vingt-cinq ans plus tard – à l’instar du Quatuor en do dièse mineur op. 131 en sept mouvements –, ces six quatuors paraissent appartenir à l’esthétique des pionniers du genre. La griffe du compositeur demeure identifiable par sa structure très solide, des passages plus profonds, plus ostensiblement solennels et directs de ton. Le Quatuor de Leipzig était convié à l’Eglise de Gsteig, magnifique édifice datant de 1453 sis à quelque 9 kilomètres de la station de Gstaad en direction des alpes vaudoises. Dans cette ambiance plus intime et servie par une acoustique idoine, l’ensemble allemand a donné le premier soir les trois numéros pairs du recueil avant de compléter l’opus avec les trois quatuors restants. Un choix arbitraire qui n’ôte rien à l’événement.

Leipziger Streichquartett

Le jeu de cet ensemble, qui compte 14 ans d’activité, privilégie la fusion et produit une sonorité d’ensemble très dense assurant une grande unité à ses interprétations. L’importance structurelle de ces œuvres solidement charpentées s’en trouve soulignée. Bien sûr, il existe aujourd’hui des approches plus débridées, plus ostensiblement spectaculaires pour ne pas dire extérieures de ces mêmes pièces. Les tempi du Quatuor de Leipzig sont classiques et sans ambages, à l’instar de leurs phrasés nets et précis. On apprécie la probité du traitement apporté au matériau thématique par les quatre musiciens dont l’approche ne plombe aucunement les lignes mélodiques. Par leur rigueur et leur technique impeccable, les quartettistes se mettent au service de l’œuvre et permettent à leur auditoire de redécouvrir la richesse manifeste de ces quatuors sans le désarçonner par une impétuosité forcée. « Kann es auch sein ? Ja es kann sein ! », est-on tenté d’épiloguer avec facétie, en attendant les prochains épisodes beethovéniens – en compagnie des mêmes – annoncés pour les éditions à venir. A suivre !
Bernard Halter

LONDRES


Fin de saison de l’Orchestre symphonique de Londres, en prélude aux fameux Proms, avec Benvenuto Cellini sous la battue divinatoire de l’actuel président de l’orchestre et ex-directeur : Colin Davis. Une fois encore, le charme est au rendez-vous de Barbican. Le plus intelligent public qui soit, l’un des meilleurs orchestres au monde et l’une des plus fines baguettes : Benvenuto resplendit de mille feux. Ce feu qui couve dans l’opéra de Berlioz, celui du livret qui transmute le vil métal en or, celui d’une musique crépitante à nulle autre comparable. Mais faut-il des interprètes qui en attise la flamme. Autour de Davis, les combustibles prennent : Gregory Kunde, dans un rôle-titre qu’il maîtrise mieux que jamais ; Laura Claycomb, Térésa limpide ; Darren Jeffery, irrésistible Balducci ; Peter Coleman-Wright, Fieramosca de même veine ; ou Alasdair Elliot, impayable Cabaretier. Tous vocalement irréprochables, et qui feraient presque oublier leur pratique habituelle de l’anglais. Seule francophone, Isabelle Cals (Ascanio), n’atteint pas toujours les mérites de ses partenaires. Nimbé d’un silence sépulcral, l’orchestre scintille entre éclats ciselés et souffle de fournaise, fondu dans la lumière du Chœur maison. Alchimique ! La gloire de Davis n’est plus à chanter, même si on peut lui soustraire l’arbitraire de ses choix (les coupures du deuxième acte et le parti des dialogues parlés). Un enregistrement suivra, achevant en beauté le parcours Berlioz de ce chef pour “LSO Live” (sept coffrets déjà parus).
Pierre-René Serna

MONTREUX


41e édition Montreux Jazz Festival : Succès
Pari gagné. Le recentrement de la manifestation autour du palais des congrès (Miles Davis Hall, Auditorium Stravinski, Parc Vernex, Petit Palais), l’abandon de la monnaie Jazz et la baisse des prix des boissons se sont avérés payants puisque, cette année enfin, le Montreux Jazz retrouvent les chiffres noirs. Malgré un temps maussade, le public était au rendez-vous, attiré par les têtes d’affiche et par l’effort du Festival sur les événements off (près de 300 gratuits, concerts de qualité aux Miles Davis Hall Club et Montreux Jazz Café, jam sessions surprises avec Prince, Monty Alexander ou Peter von Poehl…). Retour sur quelques bons moments. Le chanteur américain John Legend était attendu. Le public montreusien voulait une confirmation du talent de celui qui a remporté trois Grammy Awards. L’ancien choriste d’Alicia Keys se fendit d’un show bien rôdé en tous points, c’est-à-dire à l’américaine. Entouré d’une douzaine de musiciens et chanteurs, Legend a savamment dosé l’équilibre des styles, a bien su restituer son dernier album "Once again" – avec certaines versions inédites –, a noué le dialogue avec son auditoire, a même poussé la chansonnette avec sa ballade "Do it again"... Pour ajouter à son succès sans vraie surprise, Claude Nobs avait mandaté son vieil ami Quincy Jones dans le but de présenter le jeune Legend au Miles Davis. Une garantie supplémentaire donnée à cette voix exceptionnelle et un ticket d’entrée dans le cercle des valeurs sûres.

Brad Mehldau + Pat Metheny © 2007 © Daniel Balmat - Montreux Jazz Festival Foundation

Parmi les soirées purement jazz, il en est une qui reste mémorable : la rencontre du pianiste prodige Brad Mehldau avec le multi-guitariste virtuose Pat Metheny. Certes, depuis leur album l’an dernier, les deux musiciens ont l’habitude de se retrouver pour sévir ensemble. Mais ce 11 juillet, les deux larrons ne se sont pas limités à interpréter leurs morceaux de l’album. Face à un public très attentif (des connaisseurs ?), Metheny a enfilé plusieurs guitares pour pousser sa recherche musicale encore plus à fond. Au piano, Mehldau syncopait. On eut quand même la peinante impression que tout ceci est un peu facile pour Mehldau, qui hésite à se séparer de ses exécutions en formation (les pourtant excellents Larry Grenadier, bassiste, et Jeff Ballard, batteur). A quand donc, enfin, un album solo, en toute liberté ?
Le monde se demandait ce que Claude Nobs allait sortir de son chapeau pour la soirée surprise du 16 juillet. L’illusionniste n’a pas déçu : il fait apparaître Prince ! Pour sa première scène au Montreux Jazz, l’artiste au hiéroglyphe asexué avait conçu un programme sur mesure, dédié à l’histoire du jazz. Une histoire très personnelle qui, débutant par le gospel "When the Saints go marchin in", surprit tout le monde. Suivirent "Footprints" des Squeeze, "The World is a ghetto" de War, "Down by the riverside", et, en vrac : "Wonderful world" d’Armstrong, "Nothing compares to you" de Sinead O’Connor, ou encore "Come together" des Beatles. Bien sûr, Prince ouvrit son propre répertoire ("Girls and boys", "Purple Rain", "Controversy"…) et son dernier album (sorti le jour du concert) – exceptionnel "Guitar". Le concert se prolongea plus tard, très tard, au Montreux Jazz Café. Un rêve qui s’est réalisé pour Funky Claude, pour les fans chanceux d’avoir pu acheter des billets au tarif officiel et pour les irréductibles restés dans les parages jusqu’à deux heures et demi du matin.
Le dernier soir du Festival, on put entendre un autre géant (par la taille cette fois) black sur scène : Seal. Malgré son énergie, il ne parvint presque pas à enthousiasmer un auditoire aussi clairsemé que fatigué. Dommage, car l’artiste anglais fit un généreux tour de son répertoire (enivrant "Kiss from a rose"). Il faut dire que ce concert fut programmé à minuit, et que toutes les soirées débutaient à 20h30 cette année. Le MJF pourrait-il faire encore mieux en évitant les pauses de 30 minutes entre les concerts ?
Frank Dayen

TORRE DEL LAGO


Verona, Macerata, Pesaro, Ravenna ou Torre del Lago se disputent chaque été les faveurs des touristes et des amateurs de spectacles en plein air. Le Festival consacré à Puccini, 53ème du nom, proposait le 21 juillet dernier Tosca ; récit d’une soirée « pittoresque ».
Choisi par Giacomo Puccini pour sa tranquillité et les rives paisibles de son lac bordé d’ajoncs, Torre del Lago vit chaque saison au rythme des célébrations du compositeur, né à Lucca en 1858, dont plusieurs de ses œuvres sont jouées. Sortie conseillée par de nombreux tours operators, cette manifestation où se sont produites les plus grandes voix de l’histoire du chant (Gigli, Del Monaco, Olivero, Kabaiwanska, Panerai, Domingo ou Pavarotti), a cependant perdu de sa qualité artistique. La Tosca proposée cet été souffre de plusieurs handicaps : un orchestre inaudible, des solistes inconsistants et un travail scénique de médiocre niveau. Incapable d’ordonner son discours, de guider ses pupitres et de donner à entendre la partition de Puccini, Keri Lynn Wilson ne peut offrir au public qu’un maelström dont l’effacement confine à l’ignorance. Livrés à eux-mêmes, les interprètes avancent sans aucun soutien, avec une prudence compréhensible, peu aidés par la désagréable acoustique des lieux. Souffrant, Marcello Giordani s’appuie sur ses ressources techniques pour parvenir indemne, mais diminué, jusqu’aux dernières notes de Mario. Antonia Cifrone, Tosca, soprano lyrique de petit format, fidèle de Torre de la Lago, épuise rapidement ses faibles moyens au contact d’une tessiture qui la dépasse et termine la représentation avec une voix grelottante. La comédienne est plutôt adroite, mais n’évite pas le ridicule lorsqu’il lui faut exécuter les indications malencontreuses du « metteur en scène » Mario Corradi. Tosca jetée comme un ballot, rebondit sur le lit à baldaquin de Scarpia et provoque l’hilarité générale ; Tosca défait son chignon pour signifier à l’odieux baron qu’elle accepte son marchandage et réalise que son immense épingle à cheveux peut lui servir à commettre un crime ; Tosca attend Scarpia, robe relevée et jambes écartées, avant de le trucider sauvagement comme Sharon Stone dans Basic instinct ! Giorgio Surian ne dispose pas d’un instrument suffisamment large et timbré pour imprimer toute sa noirceur au sordide chef de la police. Décors et costumes signés du peintre Igor Mitoraj, faussement simples et prétentieusement naïfs, ne sont d’aucun secours et ne font que renforcer notre agacement. La saison prochaine verra l’inauguration d’un nouveau théâtre, plus vaste et plus moderne que le précédant, d’une capacité de 3 200 sièges. Le Festival Puccini est loin d’avoir dit son dernier mot.
François Lesueur

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