Montpellier : Festival Radio France et Montpellier

, par  Frank FREDENRICH, Pierre-René SERNA , popularité : 13%

Avec près de 115000 spectateurs, à l’occasion de 17 concerts payants et de plus de 120 concerts et événements… gratuits, le Festival de Montpellier Radio France a de nouveau rempli son rôle d’animation de la cité languedocienne en variant les genres.

Opéras, concerts symphoniques, récitals, musique de chambre, jazz, musique électroacoustique, films, conférences et débats ont donc attiré un public nombreux et souvent enthousiaste.
La qualité il est vrai était une fois de plus le maître mot d’une manifestation dont l’éclectisme reste la caractéristique la plus évidente.

Don Giovanni de Mozart, avec Franco Pomponi (Don Giovanni) et Isabelle Cals (Donna Elvira), le vendredi 20 juillet 2007 © Marc Ginot

Et si le maître des lieux avait pour une fois choisi un classique du répertoire lyrique, à savoir Don Giovanni – de Mozart doit-on préciser car avec René Koering, on s’attend plutôt à celui de Gazzaniga – la réussite était indéniablement au rendez-vous. En effet, la réalisation de Jean-Paul Scarpitta était d’une évidente théâtralité, les protagonistes très crédibles physiquement jouant avec habileté dans un espace scénique dépouillé et de beaux éclairages d’Urs Schönebaum. Dans un univers d’ombres et de lumières, les interprètes sont parfaitement mis en valeur pour servir le chef-d’œuvre mozartien. La distribution se révèle assez homogène, avec un Don Giovanni (Franco Pomponi) ne manquant pas de brio et un Leporello parfois un peu trop réservé mais bien chantant. Côté féminin, on soulignera la belle prestation de Raffaella Milanesi (Donna Anna) plus à l’aise dans ce répertoire qu’Isabelle Cals (Donna Elvira), alors que la Zerlina d’Anna Kasyan avait les moyens de séduire son Masetto. Mais si Petri Lindroos s’imposait sans difficulté en commandeur on retient surtout du point de vue vocal le superbe timbre du Don Ottavio chanté par Cyril Auvity. On attendait avec curiosité « le Mozart » d’Hervé Niquet et de son Orchestre du Concert Spirituel et l’on n’avait aucune raison d’être déçu puisque le souci du détail et une grande cohérence dans le choix des tempi permettaient d’apprécier une fois encore les mésaventures du dissoluto punito. La reprise avec les mêmes interprètes, du dimanche 30 mars au dimanche 6 avril, durant la saison de l’opéra de Montpellier mérite le détour !
Les mélomanes le savent désormais, les exhumations font partie des programmes proposés chaque été par le festival. Ainsi, la redécouverte de Gesu’ sotto il peso della croce du compositeur napolitain (Gian) Francesco de Majo fait partie de ces gourmandises offertes depuis plus de deux décennies à un public curieux et ouvert à la (presque) nouveauté. C’est grâce à Fabio Biondi et à son ensemble Europa Galante que l’on a pu entendre cet oratorio composé par un musicien apprécié en son temps par Mozart et Goldoni et dont l’histoire de la musique a oublié la vingtaine d’opéras – dont une Iphigénie en Tauride – joués dans les années 1760 dans les plus grands théâtres lyriques de la péninsule et à Vienne, Mannheim et Madrid. Introduites par une ouverture et une sinfonia de Sammartini, les deux parties de l’oratorio faisaient découvrir une œuvre d’une évidente inspiration… lyrique plutôt que religieuse à proprement parler, dans un langage mélodique proche des prédécesseurs napolitains, Domenico Scarlatti et Francesco Durante. Ceci précisé, si cet oratorio suscite la curiosité c’est surtout en tant que référence à une période de transition de l’histoire de la musique plutôt que par des qualités intrinsèques. L’interprétation de l’ensemble dirigé par le violoniste et chef italien était plaisante avec un trio vocal rompu au répertoire baroque, Gemma Bertagnolli, Lucia Cirillo et Carlo Allemano, mais on doute que cette résurrection permette de relancer la curiosité autour des compositions de de Majo.
Frank Fredenrich

Il Duca d’Alba & La Nonne sanglante
Petit rappel historique : Donizetti débarque à Paris en 1838, avec dans ses valises un contrat de l’Opéra. Le livret du Duc d’Albe (titre primitif de l’œuvre, en français) est confié à l’obligatoire Scribe. Et Donizetti de commencer à y greffer sa musique. Mais les velléités parisiennes, entre un changement de direction à l’Opéra et les caprices d’une chanteuse, font que l’ouvrage reste dans les limbes. En 1882, bien après la disparition du compositeur, les éditions Ricordi s’avisent de vouloir ressusciter cet inédit resté fragmentaire. Pour ce faire, le livret se trouve traduit en italien et il est fait appel à pas moins de quatre compositeurs : Salvi, Bazzini, Dominiceti et Ponchielli. Si bien qu’au final, on ne sait plus trop qui a fait quoi ! La restitution de Montpellier, qui reprend fidèlement le texte, laisserait à penser que les actes passants la marque de Donizetti va s’amenuisant : nombre d’inspirations mélodiques sont à l’évidence de sa patte, mais beaucoup moins leur orchestration. Une sorte d’hybride entre Donizetti et Ponchielli.
Qu’en penser ? Le livret s’ébroue quelque peu, pour finalement aboutir à des situations, sinon des personnages, dramatiquement prenants. Du reste, cette trame formera la matière des prochaines Vêpres siciliennes de Verdi. Musicalement, on retiendra de sublimes thèmes mélodiques (de Donizetti assurément), comme pour le duo final, à côté de platitudes parfois bruyamment appuyées. Mais on peut se laisser gagner par une espèce de mouvement général. D’autant que la restitution offerte à Montpellier balayerait les doutes du moins convaincu. Inva Mula (Amelia) témoigne toujours de sa fermeté d’émission et Antonio Chacon-Cruz (Marcello) est un ténor franc, chantant un peu trop en force cependant. Franck Ferrari assume son rôle-titre, avec vaillance et sans trop de subtilités, comme il lui est habituel (ce qui, en l’espèce, conviendrait). Mais c’est la direction d’Enrique Mazzola, enflammée mais sans excès, emportée mais attentive, face à un Orchestre de Montpellier survolté et à un impeccable Chœur de la Radio lettone, qui donne au tout son indispensable cohérence.

Aldo Ciccolini @ Marc Ginot

En clôture du festival, la traditionnelle “bacchanale” se divise en deux volets : des hors-d’œuvre à la touche originale, et un hommage au pianiste Aldo Ciccolini. La première partie l’emportant indubitablement pour l’intérêt musical. Du haut de se 82 ans, le cher Aldo nous gratifie d’une fête de doigts perlés à travers des scies concertantes (Poulenc, Saint-Saëns et Rachmaninov) un peu usées. Émouvant hommage ! n’était la réaction fourvoyée du public, se croyant à Carnegie Hall pour les adieux du maître. Il n’en est rien, fort heureusement !
Auparavant, nous nous sommes divertis à une petite improvisation écrite par Debussy, À Emma, pour la fête de son épouse ; et attendris à quelques chœurs de Rachmaninov, autrement attractifs que son encombrant Deuxième concerto qui fera suite. Bravo à l’Ensemble vocal Héliade d’Hélène Golgevit. Mais le morceau de consistance est la Nonne sanglante. Il s’agit des fragments conservés d’un opéra inachevé de Berlioz, sur un livret de l’inévitable Scribe (ceci expliquant cela) : un duo masculin, deux airs et un duo entre le héros et l’héroïne. Pour l’occasion, ce dernier duo est complété par le musicologue Hugh Macdonald, de façon peut-être aventureuse – en puisant aux Troyens ! mais l’argument peut trouver à être défendu. Ce qui l’est moins, c’est que le programme de salle n’explique aucunement le pourquoi de la chose. L’auditeur moyen (pour peu qu’il connaisse les Troyens) peut ainsi croire naïvement que Berlioz s’est platement répété à vingt ans de distance.
Ajoutons que la restitution musicale n’offre pas les meilleures garanties : pour une Agnès pleine et lyrique (Catherine Hunold), Rodolphe (Frédéric Antoun) paraît un peu court de souffle et Hubert (Franck Ferrari) hors de toute ligne de chant. Quant à l’Orchestre de Montpellier, aux ordres d’Alain Altinoglu, on aurait aimé qu’il rende mieux justice aux subtilités de la partition. Bref, de bonnes intentions aboutissant pour finir à un concert fait à la va-vite, mal présenté et mal préparé. Une sorte d’occasion manquée.

Pierre-René Serna

Voir en ligne : Radio France et Montpellier

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