Nice : Festival Manca

, par  Pierre-René SERNA , popularité : 7%

“Mouvements”, c’est la bannière portée par le dernier Manca. Le festival des musiques d’aujourd’hui de Nice, qu’anime François Paris, est plus que jamais celui des mouvances, mais hors chapelles ou coteries.

Mouvements obligent, la chorégraphe Michèle Noiret et sa compagnie concoctent les Arpenteurs, spectacle créé à Bruxelles en mai et repris pour Manca au Théâtre national de Nice. La musique en est de François Paris, signe que l’œuvre était destinée à être fêtée en ces lieux.
Un traitement électroacoustique, technique Cirm (l’équivalent niçois de l’Ircam, et maison mère de Manca), en touches cristallines répétitives, précède l’intervention des Percussions de Strasbourg. Ces derniers jouent aussi de sons fluides ponctués de rares explosions sonores. L’un et les autres vont ainsi alternant, avec de rares instants de fusion. Sur cette trame sonore s’insèrent les oscillations contournées des danseurs, dans des gestes toujours innovants et mêlés. Comme une houle souple et perpétuellement changeante. L’art de Noiret est consommé, et il n’est que de voir comment les instrumentistes participent aux mouvements de prime abord, sans différenciation, pour ressentir la subtilité de son langage.

Les Arpenteurs

En clôture de festival, à l’Opéra de Nice, l’Orchestre philharmonique de Nice pose les jalons : ceux qui conduisent de Ligeti aux compositeurs actuels. Ou autrement dit, du mouvement de liberté, après la chape sérielle, amorcé par le compositeur hongrois disparu l’an dernier, qui conduira au courant spectral et à ses épigones (dont François Paris, par exemple).
Ces pages désormais classiques que sont le Double Concerto (de 1972) et San Francisco Polyphony (de 1974) sont restituées dans leur foison sonore, leur éclatement structurel, sous la battue précise de Peter Rundel.
Agile, créé en 2004 et ici pour la première fois en France, renoue avec cette verve du son, quand bien même ont aurait aimé du compositeur Giovanni Verrando une texture plus ferme.
Dans Pratice, daté de 2006 et lui aussi en création française, Edmund Campion pratique davantage l’intensité, en un jeu qui combine une couche électroacoustique scintillante et un orchestre étincelant. Belle fin de festival.

Pierre-René Serna

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