Salzbourg, Festival : “Don Giovanni“

, par  Philippe BALTZER , popularité : 16%

Pour le meilleur et pour le pire, Mozart reste la vedette incontestée de la programmation salzbourgeoise…

On se souvient qu’en 2006, la très belle « Haus fur Mozart » fut inaugurée par un spectacle resté dans toutes les mémoires : une nouvelle production des Noces de Figaro, envisagée comme un douloureux apprentissage du désenchantement amoureux. Ce spectacle, imaginé par le jeune et talentueux metteur en scène allemand, Claus Guth, et dirigé par le vénérable chef autrichien Nikolaus Harnoncourt est maintenant disponible en DVD (qui restitue fort mal la poésie de cette soirée).

Spectacle d’ouverture
Pour son retour en terre autrichienne, Claus Guth s’est vu confié rien de moins que la mise en scène du spectacle d’ouverture du festival de Salzburg 2008 : Don Giovanni.

« Don Giovanni » à Salzbourg, avec Christopher Maltman (Don Giovanni)
© Monika Rittershaus

Le rideau se lève sur un décor unique, une forêt sombre et ténébreuse, baignée d’une atmosphère très proche de l’univers de Twin Peaks de David Lynch. Un homme jeune, chauve et vêtu de guenilles (le rôle titre), tire à bout portant sur un homme âgé (le Commandeur). Ce dernier a juste le temps de riposter et de blesser mortellement son assassin d’une balle dans le ventre... Lorsque Leporello demande à Don Giovanni « qui est mort, vous ou le vieux ? » personne ne songe à rire ! Le séducteur, retapé par diverses substances psychotropes, donnera péniblement le change à quelques conquêtes, avant de disparaître, au dernier acte, dans une fosse creusée tout exprès pour lui par le Commandeur. L’œuvre, amputée de son sextuor final, se termine abruptement et dans l’effroi général.

Distribution de haute tenue
Dans cette course à l’abîme, d’une noirceur et d’une efficacité toute cinématographique, Claus Guth propose une lecture basée sur le livret de Da Ponte, et pourtant aux antipodes de la version « classique » d’un Joseph Losey : Don Giovanni n’est pas un noble dépravé, mais un SDF agonisant qui utilise le plus mal possible ses dernières heures dans cette vallée de larmes.
La distribution est de très haute tenue : Christopher Maltman est parfait en séducteur à bout de souffle, Erwin Schrott (Monsieur Netrebko à la ville) incarne un Leporello convaincant, Dorothea Röschmann est une Elvira émouvante, malgré une voix au vibrato parfois prononcé et Annette Dasch (Dona Anna) possède les immenses qualités vocales requises par son personnage. Mention spéciale à Matthew Polanzani qui est tout simplement le meilleur Don Ottavio entendu sur une scène depuis fort longtemps.
Avec Nikolaus Harnoncourt, dans Les Noces de Figaro, Guth avait trouvé un partenaire à la hauteur. Malheureusement, Bertrand de Billy dirige un Orchestre philarmonique de Vienne en petite forme. Il nous soumet une lecture somme toute assez conventionnelle et parfois un peu brouillonne de la partition.
Dommage !

Philippe Baltzer

Renseignements : www.salzburgerfestspiele.at

Voir en ligne : Festival de Salzbourg

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