Verbier et Gstaad : Valery Gergiev

, par  Pierre-René SERNA , popularité : 12%

Rencontrer Valery Gergiev tient de l’exploit, et tenter avec lui un entretien relève de la mission impossible. Puisque le chef russe refuse tout entretien journalistique. Le 3 août prochain, à la salle Médran, il dirigera l’UBS Verbier Festival Orchestra dans un programme Shchedrin, Ravel et Malher, avec, en solistes, la pianiste Hélène Grimaud et la mezzo-soprano Kristina Kapustynsk, ensutie on pourra l’entendre au festival Menuhin à Gstaad.

Mais nous avons pu toutefois deviser ensemble, entre deux portes, entre deux actes d’opéra, et pour finir vers trois heures du matin dans une trattoria de Baden-Baden (que notre consœur, Monique Barichella soit ici remerciée, sans qui ces rencontres n’auraient pu avoir lieu).

Voyageur impénitent
Le personnage reste pourtant discret, simple, d’un abord presque modeste. On a peine à imaginer le musicien adulé, le tsar à qui un seul bonjour suffit à transporter un de ses collaborateurs, qui d’un seul regard transcende un orchestre, de qui, au Mariinski ou ailleurs, la moindre remarque constitue d’emblée un ordre. Car l’homme est chaleureux, directement avenant, parlant sans détour des affaires qui l’occupe (actuellement la nouvelle production de Benvenuto Cellini pour Salzbourg). Mais tout cela, hors micro, qu’il était bien entendu impensable d’exhiber en la circonstance.
Les sujets volent, pour commencer par la cuisine : “ la meilleure au monde est l’espagnole !
Ce voyageur impénitent qui a parcouru les plus grandes capitales et les plus grands restaurants, sait de quoi il retourne. Nous serions du reste assez de son avis, et n’avons pas manqué de le lui signaler (ainsi que nos racines ibériques). Puis il ne tarit pas d’éloges sur la nouvelle salle du Mariinski au cœur de Saint-Pétersbourg, due à l’architecte français Xavier Fabre : “ une acoustique unique, un vrai Stradivarius ”.
Dans la foulée, il avoue son admiration pour Colin Davis, auquel il succède désormais à la tête du London Symphony Orchestra : “ les concerts que j’ai entendus de lui, se révélaient toujours les meilleurs.

Valery Gergiev
© Johann Ljungstroem

Pour autant, ne croyons pas que Gergiev prend le temps d’écouter ses confrères, entre les multiples soirées qu’il dirige incessamment au fil d’une baguette sans arrêt en mouvement. Davis constitue chez lui une sorte d’exception. Mais il a aussi son franc-parler, qui n’hésite à faire des réserves sur tel chanteur ou tel metteur en scène. Entre deux verres d’un rouge qu’il goûte avec gourmandise, les propos fusent, sautant d’un sujet à l’autre. Sa passion pour la musique russe, pour Chostakovitch, pour Berlioz (“c’est incroyable Roméo et Juliette, ce petit chœur d’entrée, ce final !”), les projets qui l’excitent : pour Baden-Baden, où il est un peu chez lui, pour l’Opéra de Paris, pour le festival des Nuits blanches de Saint-Pétersbourg, pour le festival qui lui est dédié à Mikkeli en Finlande. Mais il est très tard, quelques pas dans Baden déserte, quelques mots encourageants, et c’est un dernier salut.
Provisoire, n’en doutons pas.

Une vie survoltée
Celui qui a relevé le Mariinski pour le placer au plus haut des maisons lyriques (il a raconté par ailleurs, combien il avait dû batailler pendant douze ans afin que les musiciens d’orchestre ne se laissent pas séduire par les lucratives sirènes allemandes), que toutes les institutions s’arrachent du Met à Bastille (“ le chef qui m’a le plus impressionné ”, nous a déclaré récemment un musicien de l’Opéra de Paris), mène une vie trépidante, survoltée, à nulle autre pareille. Il saute d’une représentation d’opéra à un concert, d’un train à un avion, avec souvent un simple raccord. Et ne semble vivre qu’à travers la direction d’orchestre. Au point que rares sont les jours de l’année où il ne dirige pas. Sa charmante jeune épouse et ses enfants, que pourtant il adore, le voient peu.
Arrivent même, comme aux Nuits blanches, des journées qui s’étirent indéfiniment entre deux, voire trois, opéras ou concerts différents. Dans le même temps, il multiplie les responsabilités artistiques : le Mariinski depuis 1988, l’Orchestre de Rotterdam depuis 1995, le Met de New York comme chef principal invité depuis 1997, de même pour l’Opéra de Paris depuis Gerard Mortier, et enfin le London Symphony Orchestra à partir de janvier 2007. Comment fait-il ? Est-ce une fuite ou une raison de vivre ? Toujours est-il qu’il ne semble vivre que la baguette en main face à une centaine de pupitres. Et toujours est-il que le résultat est là : un effet galvanisant, qui transporte et soulève musiciens et auditoires.
Phénomène ou génie ?

Pierre-René Serna

Festival de Verbier : (Billets tél. +41 ( 0 ) 848 771 882)
3 août : UBS VERBIER FESTIVAL ORCHESTRA, dir. Valery Gergiev. Kristina Kapustynska, mezzo-soprano. Hélène Grimaud, piano (Shchedrin, Ravel, Mahler).

Menuhin Festival Gstaad : (loc. 033.748.83.33)
22 août : CENDRILLON. London Symphony Orchestra ; Valery Gergiev, direction (Tchaïkovski)
23 août : RUSSIAN JOY OF LIFE.London Symphony Orchestra ; Leonidas Kavakos, violon ; Valery Gergiev, direction (Prokofiev, Tchaïkovski)

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