Vérone, Festival : Greatest Hits

, par  François JESTIN , popularité : 19%

Aida, Carmen et Nabucco occupent, dans l’ordre, les trois premières places au classement des œuvres les plus jouées dans l’arène de Vérone, depuis la création du festival en 1913. Autant dire qu’en assistant à ces trois
représentations, on touche au « cœur de cible » du festival, sa vocation populaire, et ses exigences de qualité.

On commence par Carmen, et les premières impressions ne sont pas fameuses. La reprise de la production déjà bien connue et très figurative de Franco Zeffirelli (créée à Vérone en 1995, et dont il existe un DVD TDK), permet certes à beaucoup de monde de monter sur le plateau, mais dilue l’action : on balaie souvent des yeux la scène pour trouver les protagonistes, dans un décor qui ressemble à une crèche géante andalouse. La direction de Daniel Oren est agréablement dynamique et appliquée, mais les voix, mise à part l’efficace Ildiko Komlosi dans le rôle-titre, ne sont pas de premier plan : Mario Malagnini (Don José), Susanna Branchini (Micaëla), Dario Solari (Escamillo), ainsi que beaucoup de comprimari, pour qui le français reste une langue très étrangère. Et comme par miracle, la pluie repousse le sentiment d’ennui qui commençait à s’installer, et interrompt le spectacle au 2ème acte, juste après l’air de « La Fleur » – ça tombe bien (à très grosses gouttes d’ailleurs !), il est recommandé d’arroser les plantes en été…

Nucci, encore lui
Le lendemain, il ne s’agit plus d’une morne représentation de répertoire, mais bien d’une grande soirée d’opéra. Daniel Oren est à nouveau à la baguette, et, malgré l’immensité du lieu et la difficulté de coordonner tous les musiciens et chanteurs, c’est avec tout son cœur qu’il dirige cette partition qui semble couler dans ses veines : attaques fougueuses, déchaînement de décibels, mais aussi quasi silences recueillis, et le splendide « Va pensiero » qui sera tout naturellement bissé. Leo Nucci, distribué dans le rôle-titre, reste un exemple de baryton Verdi : après plus de 40 ans de carrière, son Nabucco tour à tour vindicatif puis repentant est une nouvelle leçon de chant. A ses côtés, la basse Paata Burchuladze (Zaccaria) étonne en bien, même si la voix est usée – il est sonore, autoritaire et musical dans ce rôle qu’il maîtrise au mieux – tandis que le ténor Giorgio Casciarri force un peu ses moyens en Ismaele. Alessandra Rezza est en constante limite de rupture dans le rôle meurtrier d’Abigaille : poussive à peu près en permanence, certains graves et suraigus sont inexistants, et de nombreuses vocalises sortent de manière incontrôlée ; on lui préfère la voix plus saine de Eufemia Tufano (Fenena). On ne peut pas exactement qualifier de belle la mise en scène de Denis Krief – avec ses trois structures de charpentes métalliques genre échafaudages de chantier – mais elle a le mérite de rendre bien lisible l’action des protagonistes (1 DVD de cette production paru récemment chez DECCA, avec Leo Nucci dans le rôle-titre).

« Nabucco », avec Leo Nucci (Nabucco)
© Maurizio Brenzoni - Fondazione Arena di Verona

Un siècle pour rien ?
Numéro 1 au hit-parade de Vérone (517 représentations cumulées contre 177 pour Carmen, n°2), voici enfin Aida dans la production de … 1913.
Remontée en 1985 par Gianfranco de Bosio, sans les éléphants, mais avec des chevaux, il faut admettre que cette figuration historique de l’Egypte – imaginée il y a donc bientôt un siècle – reste majestueusement très convaincante. Temples, colonnes, sphinx, obélisques, Horus et Anubis, de nombreux palmiers, on pense plus d’une fois aux dessins d’Auguste Mariette, qui réalisa d’ailleurs les costumes en 1913 (1 DVD TDK est disponible, filmé en 1992, avec Maria Chiara et Dolora Zajick). La distribution vocale est globalement de bon niveau, le meilleur élément étant certainement la mezzo Marianne Cornetti (Amneris), engagée, sonore et homogène sur toutes les notes, tandis que la soprano Amarilli Nizza (Aida) fait preuve d’une musicalité très appréciable pendant toute la soirée, même si plusieurs aigus sont attaqués par dessous. Walter Fraccaro (Radames) est aujourd’hui un ténor robuste, dans la lignée des Bonisolli ou Martinucci, solide, mais qui attache peu d’importance aux demi-teintes et à la diction du texte, alors que la voix de Riccardo Mastromarino (Amonasro) évoque un baryton en retraite ou pré-retraite (il ne paraît tout de même pas si vieux aux saluts finaux). Du côté des basses, Riccardo Zanellato (Ramfis) est bien meilleur que Gianluca Breda (Il Re). Le point faible est ce soir la direction musicale de Renato Palumbo, qui délivre une pâte sonore un brin prosaïque, et dont les nombreux ralentis – qui se veulent solennels ? – n’amènent qu’un effet de banale lenteur, et de musique qui se traîne.

François Jestin

Bizet : CARMEN : le 15 août 2008 à l’Arena di Verona
Verdi : NABUCCO : le 16 août 2008 à l’Arena di Verona
Verdi : AIDA : le 17 août 2008 à l’Arena di Verona

Voir en ligne : Festival de Vérone

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