Beaune : Millésime 2010

, par  Pierre-René SERNA , popularité : 15%

Beaune maintient le cap, qui en fait la plus importante concentration d’opéras baroques en un court espace de temps. Avec toujours des inédits et redécouvertes.
Un festival unique et spécifique.

Six opéras, en version de concert, se partagent donc quatre fins de semaine, parsemées également de concerts et de récitals ; lyriques bien sûr, puisque la voix préside à Beaune en majesté.
Le premier week-end s’ouvre avec Il Ritorno d’Ulisse in patria de Monteverdi par le Concerto Italiano de Rinaldo Alessandrini (le 2 juillet). Thamos de Mozart l’accompagne (le 3) avec Jérémie Rhorer et son Cercle de l’Harmonie. Le deuxième week-end associe deux courts et célèbres opéras-ballets de Rameau, Pygmalion et Anacréon (le 10) délivrés par William Christie et ses Arts florissants. Alessandro de Haendel trônera au centre du troisième week-end, avec Al Ayre Español d’Eduardo López Banzo (le 17). La clôture et dernière fin de semaine fera place à Il Trionfo del Tempo de Haendel par les Gabrieli Consort de Paul McCreesh (le 23) et Bellérophon de Lully par les Talens Lyriques de Christophe Rousset (le 24).

Lawrence Zazzo

Les récitals de Lawrence Zazzo (le 4), Malin Hartelius (le 11), Max Emanuel Cencic (le 18) et Andreas Scholl (le 25), les concerts “ Exotisme à la cour de Louis XIV ” (le 9) par Le Poème Harmonique de Vincent Dumestre, Magnificat et Messe en si de Bach (le 16) par l’ensemble Pygmalion de Raphaël Pichon, occupent les autres soirées. La cour des Hospices, la Salle des Pôvres du même lieu et la Basilique Notre-Dame recevront ces effluves musicaux. Pour goûter à des musiques rares avec les meilleurs interprètes baroques, entre deux verres de bourgogne dans l’historique capitale d’une terre au carrefour de l’Europe.

Pierre-René Serna

Les mots d’Anne Blanchard


Anne Blanchard anime le Festival international d’opéra baroque de Beaune depuis sa création en 1982. Tout une institution, à laquelle on doit une foule de découvertes et redécouvertes, d’œuvres comme d’interprètes. Elle livre les axes de l’édition 2010.

“ Nous allons avec cette édition poursuivre notre ligne de conduite, celle d’inédits et des grands cycles commencés les années passées. Alessandro correspond doublement à cet objectif, première française de l’opéra de Haendel – en coproduction avec le festival de Halle – qui fut écrit en son temps pour trois étoiles au firmament du chant : le castrat Senessino, la Cuzzoni et la Bordoni. D’où une répartition égale d’arias et de styles, afin de ménager les ardeurs vocales jalouses des trois protagonistes, avec pour toile de fond une autre rivalité : les amours de deux princesses pour Alexandre le Grand, au long d’airs amoureux, guerriers ou de triomphe.

Malin Hartelius

“ Bellérophon constitue pour sa part une première mondiale. Il s’agit de l’unique opéra de Lully qui n’a plus été donné depuis son époque. Christophe Rousset nous le réserve, un artiste que Beaune avait été le premier à consacrer comme chef d’opéra et pour des inédits, avec en son temps une chanteuse prometteuse : Sandrine Piau. Il s’agit donc ici de la poursuite du chemin déjà sillonné avec Persée du même Lully. Bellérophon fera l’objet d’un enregistrement discographique ainsi que d’une captation pour la chaîne Mezzo.

“ Nous fermons cette année la trilogie des opéras de Monteverdi, du moins ceux qui sont parvenus, avec le Retour d’Ulisse en sa patrie. Ce concert devrait faire l’objet d’une reprise à la Scala de Milan en 2012. Bill Christie pour sa part nous revient avec Pygmalion et Anacréon. Une fidélité à Beaune depuis 1985 : vingt-cinq ans ! Ce qui en fait le plus ancien interprète du festival avec René Jacobs. Mais nous sommes avec Halle, le festival Haendel par excellence, dont nous offrons régulièrement les opéras année après année. Cette fois avec Il Trionfo del Tempo sous la baguette de McCreesh. La jeune génération des nouveaux baroqueux est aussi toujours présente, avec à sa tête Jérémie Rhorer pour Thamos ; un cycle Mozart appelé à se poursuivre l’an prochain avec Don Giovanni.

Rinaldo Alessandrini
Crédit photo : Éric Larrayadieu

Parmi les nouveaux espoirs, Raphaël Pichon devrait sans nul doute faire de Beaune son tremplin. Festival à l’intérieur du festival : celui des contre-ténors. Scholl nous reste fidèle depuis 1994, lors de son tout premier concert avec orchestre et en ces lieux. C’est Purcell où il excellera cette fois, accompagné par l’Accademia Bizantina de Stefano Montanari. Zazzo présente pour sa part des chants “de la folie et de la lune” de Dowland et de Purcell, accompagnés par le luth de Shizoku Noiri. Cencic, habitué de Beaune depuis trois ans, comme Zazzo, rendra un hommage à Farinelli à travers les airs que lui a consacrés Haendel. Enfin, hors des voix masculines, mais toujours aiguës, Malin Hartelius, soprano fétiche de l’Opéra de Zurich complétera les récitals. Et pour la note truculente, Vincent Dumestre jouera de l’exotisme au temps de Louis XIII et Louis XIV.

“ Quant à la santé du festival, elle semble actuellement assurée. Grâce à nos mécènes : la Caisse des Dépôts et la Fondation Orange. Un budget en équilibre qui nous offre à poursuivre notre chemin dans une certaine sérénité. Les projets s’accumulent donc pour les prochaines éditions, même si je ne peux en livrer qu’un seul : le Don Giovanni que j’ai déjà cité.
Un dernier mot sur l’illustration graphique de notre dépliant de programme, qui sera celle aussi d’une des plaquettes de nos week-ends : quatre personnages avec un visage noir – masqué – à partir d’un dessin de Rebel au XVIIe siècle pour un ballet du château de Bicêtre pour la cour de Louis XIII. Comme un signe et un clin d’œil, d’exotisme assurément, l’un de nos thèmes de cette édition, mais aussi de l’éclectisme de notre programmation. ”

Propos recueillis par Pierre-René Serna

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