Ernen : Douce révolution

 septembre 2010
par  Anne-Catherine BERRUT
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Le festival d’Ernen a pris fin le 14 août à la fondation Gianadda sous la baguette de Carlo de Martini avec le Triple concerto de Beethoven. Ce n’est pas un hasard si Beethoven, un des principaux moteurs de la transition romantique, boucle un festival placé sous le signe de la « Révolution ». Pour l’ensemble des manifestations, le succès a été une fois de plus au rendez-vous.

« Révolution », était le mot d’ordre du festival d’Ernen de cette année. Thème ambitieux, qui a été jalonné d’œuvres charnières dans l’histoire de la musique – comme la version à quatre mains du Sacre du printemps, œuvre révolutionnaire par excellence, qui ouvrait les feux de la semaine du piano, avec Dennis Russel Davis et son épouse Maki Namekawa -, mais qui visait aussi à faire redécouvrir des œuvres peu connues, comme les partitas pour violon de Heinrich Ignaz Franz Biber. Comme de coutume, la semaine du piano a reçu les finalistes du concours Géza-Anda Tatiana Kolesova et Jinsang Lee ainsi que Pietro de Maria, finaliste en 1994, qui reste un invité régulier du festival d’Ernen.

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Michel Westphal
© Philippe Christin

« Révolution » semble particulièrement en phase avec le « festival du Futur », que György Sebök avait nommé ainsi parce qu’il croyait en l’avenir de la jeunesse et de la musique. Si l’appellation « festival du Futur » va disparaître dès 2012, le directeur actuel Francesco Walter compte bien poursuivre le festival dans le même état d’esprit. Le premier principe étant : « chaque musicien est un musicien parmi d’autres », la tradition veut que les noms des musiciens ne soient publiés qu’au dernier moment. Aussi a-t-on découvert le mercredi 11 août un panel de solistes impressionnant dans un répertoire russe et beethovenien, avec notamment le Trio à cordes op. 9 Nr.3 de Beethoven et le Quintette avec piano de Bartòk Sz 23, peu connu, auquel a pris part Hansheinz Schneeberger. Adrian Brendel et Thomas Gould ont ouvert la marche avec le duo pour violon et violoncelle de Kodaly op.7, qu’ils ont interprété avec fougue et jeunesse, et une complicité évidente. Corey Cerovsek a fermé la marche avec une suite de L’histoire du soldat de Stravinsky, face à Michel Westphal à la clarinette. Les timbres chauds de la clarinette et du violon se sont mêlés avec une harmonie merveilleuse dans l’Eglise d’Ernen aux vibrations généreuses.
Le festival a été couronné par un concert final donné à Ernen puis à la fondation Gianadda, qui incluait la Sérénade pour vents en do mineur K.388 de Mozart, la Symphonie n.70 en ré majeur de Haydn (dont le premier mouvement est entièrement composé sur une cellule de cinq notes répétées !), interprétée avec fraîcheur sous la baguette de Carlo De Martini par l’orchestre ad hoc du festival d’Ernen, pour finir en beauté avec l’imposant Triple concerto de Beethoven, avec les solistes confirmés Corey Cerovsek, Xenia Jankovic et Paolo Giacometti, qui nous ont livré une interprétation forte et passionnée.

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Corey Cerovsek
© DR

Mentionnons que Thomas Demenga animera un séminaire de composition du 5 au 10 septembre, à l’issue duquel on pourra l’entendre en compagnie du Mondrian Ensemble Basel dans le quatuor op.47 de Schumann et dans des compositions originales de Demenga.

L’année prochaine, c’est sous le thème « passion et mélancolie dans la musique » que le « hameau de la musique » verra évoluer ses jeunes musiciens, entre rêveries musicales dans les monts et intense partage musical dans l’Eglise du village, au Stockenalpen de Brigue et à la fondation Gianadda.

Anne-Catherine Berrut



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