Festivals : Chaise-Dieu & Côte-St-André

, par  Christian WASSELIN , popularité : 12%

Passer la seconde quinzaine d’août à La Chaise-Dieu puis à La Côte-Saint-André, c’est communier dans la beauté d’un lieu puis s’abandonner dans le souffle de la plus belle musique qui soit.

La Chaise-Dieu
Un domaine de l’activité musicale est presque toujours absent des comptes-rendus, sinon des commentaires et des esprits eux-mêmes : l’acoustique. Or, rien de tel qu’une mauvaise acoustique pour noyer une voix, pour ruiner les couleurs d’un bel orchestre, pour dévaster les nuances d’une interprétation ; a contrario, rien de tel qu’une acoustique flatteuse pour servir le propos d’interprètes inspirés.
Alors, qu’on le veuille ou non, évoquer La Chaise-Dieu consiste à revenir sur l’étonnante acoustique de son abbatiale. Car La Chaise-Dieu, bien sûr, c’est d’abord la fastueuse abbatiale Saint-Robert du XIVe siècle. Un lieu qu’il faut mériter, car nous sommes là quelque part en Auvergne, dans un environnement de volcans et de forêts, avec des paysages intacts (ce qui n’est pas si fréquent), des horizons animés, des chapelles romanes un peu partout. Oui mais quel bonheur d’entendre et de vibrer !

Jean-Marc Luisada
Photo Catherine Cabrol

Cette année encore, du 18 au 29 août, on a pu s’émerveiller d’entendre avec une parfaite présence et une parfaite clarté des ensembles aussi différents que The Sixteen d’Harry Christopher, dans un programme de musique anglaise a capella du XVIe siècle, ou l’European Brass Orchestra, qui réunit plusieurs ensembles de cuivre. On décernera la palme à Anna-Maria Panzarella dans la superbe Cantate pour le tremblement de terre de Rome de Haendel, sous la direction de Jérôme Corréas, et surtout au stupéfiant Collegium 1704 de Vaclav Luks, incomparable de feu dans Zelenka, et à l’enthousiasme bien plus entraînant que Les Passions de Jean-Marc Andrieu dans les Lamentations de Jean Gilles. Mais il faut insister sur un point : dans l’abbatiale, jouer la bonne carte consiste à choisir la transparence. A cet égard le concert de l’orchestre Les Siècles de François-Xavier Roth, idéal de couleur et de relief dans Chabrier, Ravel (le Concerto en sol par Jean-Philippe Collard), mais aussi Yan Maresz et Bruno Mantovani (les musiciens changeant d’instruments au cours du concert en fonction de l’époque de composition des œuvres) ne pouvait que faire pâlir l’Orchestre de Saint-Étienne, bien trop pansu. Certes, Brahms n’est pas Ravel, mais le violoniste Nicolas Dautricourt, au jeu à la fois intime, fiévreux et passionné, méritait un meilleur partenaire dans le Concerto de Sibelius.

Le festival de La Chaise-Dieu ne se résume pas aux concerts de l’abbatiale. D’autres lieux en effet (dont, pour la première fois, la merveilleuse église de Saint-Paulien) accueillent certaines manifestations du festival, mais cet été, également, fut inauguré le nouvel auditorium Cziffra, installé dans les anciennes granges et écuries de l’Abbaye (le festival fut fondé en 1966, rappelons-le, par Georges Cziffra et son fils György). Cette nouvelle salle de trois cents places accueillait notamment Jean-Marc Luisada, dans un récital Chopin-Schumann fantasque et brillant, et l’orchestre de chambre German Strings (sic) avec le bassoniste Christian Kunert ; on a pu y goûter la chaleur d’une acoustique un peu mate (donc précise et sans indulgence !), qui nous change des sons stéréotypés de bien des salles munies d’un halo un peu trop confortable.

Retour chez Berlioz
Quelques jours plus tard, on retrouvait dans le cadre du Festival Berlioz que dirige désormais Bruno Messina, deux ensembles entendus à La Chaise-Dieu.

Sylvain Cambreling
© Marco Borggreve

L’European Brass Orchestra, emmené par Sylvain Cambreling, est un magnifique ensemble, qui joue idéalement les œuvres écrites pour cuivres et percussion comme les Fanfares liturgiques de Tomasi ou l’arrangement fait par Elgar Howarth des Tableaux d’une exposition. Oui mais voilà : quand il s’agit de la Symphonie funèbre et triomphale, que Berlioz a originellement destinée à un vaste ensemble d’harmonie (cuivres, bois et percussions), on aimerait entendre non pas un arrangement, même s’il est réalisé avec talent (par Thierry Thibault), mais la musique telle que Berlioz l’a écrite. Rien n’est plus frustrant que d’éprouver un malaise devant un concert superbement exécuté !
L’un des autres rendez-vous marquants du Festival Berlioz était le concert de clôture qui, avec l’Orchestre les Siècles, proposait l’Ouverture de Waverley et le Te Deum. Pour l’occasion, François-Xavier Roth avait étoffé son orchestre (d’instruments historiques, rappelons-le, avec des bois en bois, des ophicléides et douze harpes pour la Marche pour la présentation des drapeaux) d’une cinquantaine de jeunes musiciens frais émoulus de leurs conservatoires européens. Le chœur de Bernard Tétu, de même, était augmenté de nombreux ensembles vocaux venus de toute la région. Sauf pour le chœur d’enfants, réduit à quelques dizaines de voix, la masse vocale et instrumentale était bien là, et elle aurait pu faire merveille dans un lieu à l’acoustique plus concentrée que celle de la cour du château Louis XI.
L’ardeur de ce jeune orchestre et de toutes ces voix sut faire merveille cependant, et on espère ardemment que le nouveau directeur du festival aura, pendant de longues années, tous les soutiens et tous les moyens lui permettant de mener à bien son projet.

Christian Wasselin