Lausanne : LUFF, sage édition

, par  Frank DAYEN , popularité : 19%

Les organisateurs de la plus grande fête romande de l’underground s’assagiraient-ils ? Si la noise se veut toujours bien bruyante dans la partie musicale, la programmation cinéma de cette année semble évoluer vers de plus doux sentiments. Aperçu de ce qui sera projeté sur grand écran.

Michael Snow n’a pas que de la neige dans son nom. Il y en a aussi sur ses pellicules ! A la fois cinéaste, vidéaste, photographe plasticien, sculpteur, peintre et pianiste de jazz, ce Canadien prolifique est plus connu pour ses films d’animation et d’avant-garde sur le médium cinéma : A to Z (1956), deux chaises qui baisent, résume-t-il, Wavelength (1967), zoom de 45’ dans un atelier jusqu’à une photo de vagues, Région centrale (1971), dans le désert, son expérience la plus connue de distorsion de la perception du spectateur, ou encore Rameau’s nephew by Diderot (1974), où le cinéaste travaille la durée et la contemplation d’un espace fixe. Chantal Akerman doit, dit-on, beaucoup à cet interrogateur d’images.

« Les conspirateurs du plaisir » de Jan Svankmajer

Jan Svankmajer serait le pendant tchèque de Tim Burton. Cet artiste praguois de 75 ans a travaillé les marionnettes et les masques avant de se lancer dans la réalisation de courts-métrages d’animation déjantés (dans les années 70, les autorités tchèques l’obligèrent à déposer sa caméra pour plusieurs années !). Exploitant souvent l’univers des contes, dotant ses narrations d’inquiétantes étrangetés, Svankmajer dessine aussi et confectionne des "sculptures tactiles". Ce n’est qu’en 1988 qu’il trouve la consécration, avec son premier long-métrage, Alice, d’après Lewis Caroll, qui lui vaut le Prix du meilleur film d’animation au Festival d’Annecy. Au LUFF, les amateurs ne manqueront pas Lunacy (2005), film d’horreur qui met en scène les deux manière de diriger un asile d’aliénés : façon Allan Poe ou façon marquis de Sade ! Ou bien Faust (1995) d’après Goethe, Marlowe et Grabble. Ou encore son petit dernier, Surviving life (2010), qui vient d’être projeté à la Mostra et qui renvoie à un certain Gérard de Nerval. Preuves que ce membre du Groupe des Surréalistes praguois depuis 1969 est toujours bien inspiré.

« Le sadique aux dents rouges » de Jean Louis Van Belle

La troisième star du LUFF est la plus polissonne. Jörg Buttgereit passe pour le plus polémique des réalisateurs européens. Cet Allemand sévit depuis 1981 et fournit de belles sueurs froides à la censure de son pays. Il n’y a qu’à voir son court-métrage horrifique Hot love (1984), sa satire nécrophile Nekromantic (1987) ou Jesus, le film (1987 ; en 35 épisodes ; avec 21 autres réalisateurs d’un côté et de l’autre de son mur natal). Buttgereit fréquente John Carpenter, Asia Argento ou l’infréquentable Bruce LaBruce. En 2007, il filme sa pièce de théâtre Captain Berlin vs Hitler durant les trois jours que dure sa représentation en public. Heureusement, on lui doit aussi des documentaires plus sérieux (!), dont Monsterland (2008) sur la culture monstresque de Tokyo à Los Angeles, en passant par notre H. R. Giger national (Alien).

« Nekromantik » de Jörg Buttgereit

Comme le titre acronyme de la manifestation ne le dit pas, le LUFF se veut aussi musical. Il reçoit cette année, entre autres, les punks britanniques de Discharge, le groupe de noise japonaise Hijokaidan et quelques artistes singuliers du label viennois Mego.

Frank Dayen

Lausanne Underground Film and Music Festival, du 20 au 24 octobre, www.luff.ch.

Voir en ligne : Lausanne Underground Film and Music Festival

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