Lucerne : Hélène Grimaud

, par  Emmanuèle RUEGGER , popularité : 16%

Après une absence de cinq mois due à des problèmes de santé, Hélène Grimaud a choisi le Festival de Lucerne pour revenir sur le devant de la scène. Elle a participé à quatre concerts.

Lors du premier concert elle a dialogué avec le célèbre baryton Thomas Quasthoff dans l’interprétation des Amours du poète (Dichterliebe) de Schumann. Il faut ici plus que jamais parler de dialogue car chez Schumann le piano est important, voire indépendant. Parfois il se tait et le baryton chante seul, parfois il s’égrène lentement ou alors il s’emballe. Le jeu de Grimaud est très sensible, intériorisé. Après Schumann, leur récital était dédié à Brahms, duquel ils ont rendus les Lieder de l’opus 94 puis de l’opus 32. Une belle complicité unissait les deux artistes. Grimaud a joué pour la première fois avec Thomas Quasthoff en 2008 et ce fut l’« une des expériences les plus fantastiques » de toute sa carrière. Cette expérience était palpable aussi lors de ce concert.
Malheureusement, la pianiste française encore convalescente a renoncé à donner son récital, sur conseil de son médecin. Jean-Yves Thibaudet l’a remplacée.
Le deuxième concert auquel elle a grandement participé, un concert de musique de chambre, proposait des œuvres de deux compositeurs français et deux compositeurs allemands, du plus jeune au plus ancien. Hélène Grimaud s’est montrée enjouée pour l’interprétation de la Sonate pour flûte et piano de Francis Poulenc, vive pour rendre la Sonate pour violon et piano en sol majeur de Ravel qui fut très applaudie. La pianiste aixoise fut « aimable, passionnée et tranquille » en jouant la Sonate pour alto et piano en mi-bémol majeur de Brahms. Elle fut accompagnée des solistes du Lucerne Festival Orchestra, respectivement de Jacques Zoon, flûte, Raphael Christ, violon et Wolfram Christ, alto. Pour finir, Hélène Grimaud a très bien rendu les contrastes typiquement schumanniens du Trio avec piano en ré mineur du compositeur romantique. Elle était accompagnée de Lorenza Borrani, violon, et Jens Peter Maintz, violoncelle, également des solistes de l’orchestre du festival de Lucerne.

Hélène Grimaud et le Sydney Symphony Orchestra sous la direction de Vladimir Ashkenazy.
Photo Georg Anderhub / Lucerne Festival

Avec orchestre
Le Sydney Symphony Orchestra fut l’écrin dans lequel Hélène Grimaud interpréta le Cinquième Concerto de Beethoven avec, à la baguette, Vladimir Ashkenazy. Son jeu était caractérisé par la simplicité et la clarté mais quand il le fallait elle savait faire montre de force et de détermination. D’une grande sensibilité, elle a parfaitement su passer de piano à forte, particulièrement dans le troisième mouvement. La phalange australienne avait donné en ouverture une œuvre rare de Jean Sibelius, la suite pour corde et percussion Rakastava, op.14.
En deuxième partie l’orchestre a exécuté la symphonie Manfred de Tchaïkovski. Il y eut des applaudissements nourris pour l’écrin et l’« étoile ».
Un des points d’orgue du festival fut l’interprétation d’Hélène Grimaud du Concerto pour piano et orchestre de Schumann. Elle en a joué le 1er mouvement avec retenue, puis vivacité, voire fougue (Schumann oscille entre l’une et l’autre). Dans les deuxième et troisième mouvements, qui forment un tout selon la volonté du compositeur, sa retenue est devenue presque une « hésitation » voulue (pour l’« andantino grazioso ») et sa vivacité a provoqué un déferlement de notes, ses doigts sautillant d’une touche à l’autre avec légèreté puis décision (pour l’« allegro vivace »). Elle était accompagnée par le Philharmonia Orchestra, la phalange londonienne, qui était dirigée par Esa-Pekka Salonen. Il avait commencé le concert avec l’ouverture de l’opéra de Schumann Genoveva. En deuxième partie le chef finlandais a proposé un compositeur qui lui est proche : Jean Sibelius, plus précisément ses Quatre légendes du « Kalevala » (une œuvre mythologique finlandaise).

Et maintenant
Il y a une consolation pour ceux qui n’ont pas eu la possibilité d’aller au Lucerne Festival : cet automne sort un nouveau CD dans lequel Hélène Grimaud interprète des œuvres allant de Mozart à Bartók. Par ailleurs la pianiste française sera en tournée en Europe cette saison avec le Royal Liverpool Philarmonic Orchestra.

Emmanuèle Rüegger

Voir en ligne : Festival de Lucerne

Publié dans Scènes Magazine no. 227

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