Lucerne : Le Piano à l’honneur

, par  Eric POUSAZ , popularité : 8%

La grande manifestation lucernoise attire tous les feux des projecteurs sur sa grande messe symphonique de l’été. Pourtant, ses deux autres volets ne sont pas moins fascinants par leurs programmations à la fois classiques et innovantes : en novembre, c’est le piano dans tous ses états qui est à l’honneur alors que dans la quinzaine qui précède Pâques, c’est la musique religieuse qui occupe le devant de la scène.

En novembre prochain, deux concerts avec orchestre permettront de retrouver Bernard Haitink accompagnant le soliste Emmanuel Ax avec les instrumentistes du Chamber Orchestra dans une intégrale des deux Concertos de piano de Brahms. Les soirées seront complétées par les deux Sérénades pour orchestre qu’a écrites le compositeur encore inexpérimenté dans le traitement de l’orchestre symphonique avant de se lancer dans la composition de ses quatre symphonies. (lundi 22 et jeudi 25)

Vedettes internationaltes
Les récitals de piano se divisent en deux catégories où alternent les gloires consacrées et les pianistes à l’orée de leur carrière. Parmi les premiers, il faut signaler le retour d’András Schiff qui, le 24, fera alterner des pages de Mendelssohn rarement exécutées en récital (les Variations sérieuses op. 54 et la Sonate Ecossaise ou Fantaisie en fa dièse mineur op 28) avec deux grandes œuvres de Schumann (la 1e Sonate et les Etudes Symphoniques) ; ensuite Evgeny Kissin s’attaquera aux Fantasiestücke et à la Novelette de Schumann avant de jouer les quatre Ballades de Chopin (le 26). En un passionnant contrepoint, Andreas Staier a été invité à jouer sur pianoforte le samedi 27 en matinée diverses pièces de Schumann qu’on entend habituellement sur des instruments à la registration plus ample. Il s’agit des Klavierstücke op. 68, et op. 126, ainsi que des Scènes d’enfants et de quelques extraits de l’Album pour la jeunesse. Se succéderont ensuite Grigory Sokolov dont le programme n’est pas encore fixé mais qui pourrait bien reprendre quelques pages exécutées cet automne dans le cadre du Septembre Musical de Montreux (on annonce pour le samedi 27 en soirée la Partita No 2 de Bach et les Fantaisies de Brahms) et Pierre-Laurent Aimard qui s’aventurera vers des rivages plus contemporains avec les Huit Préludes d’Olivier Messiaen précédant Miroirs de Ravel, la Barcarolle op. 60 et le Scherzo No 2 de Chopin (dimanche 28).

Pierre-Laurent Aimard
© Priska Ketterer

Nouveaux talents
Trois récitals donnés en matinée à la Lukaskirche sont réservés à de nouveaux talents : le 24 est réservé à Jinsang Lee, lauréat du Concours Geza Anda 2009, qui jouera la Fantaisie de Schumann après diverses pièces de Chopin. Le jeune pianiste français Jean-Frédéric Neuburger est à 23 ans déjà professeur au Conservatoire de Paris ; il jouera le 25 un programme fort complexe où des pages de Bach, Liszt et Ravel côtoient Messiaen et même une partition de son propre cru : les Trois Chants de Maldoror. La jeune pianiste allemande Alice Sara Ott est quant à elle plus classique dans ses choix et se limitera à Beethoven, Liszt et Chopin en matinée du 26.

Il convient de signaler encore une soirée où le duo formé de Yaara Tal et Andreas Groethuysen proposera au public la découverte de la transcription pour deux pianos des Variations Goldberg de Bach réalisée par Josef Rheinberger en 1883 et revue par Max Reger en 1915 ; Le concert, donné dans la matinée du dimanche 28 et sera suivi d’une discussion avec les artistes. Un concert de musique contemporaine est encore programmé le samedi soir 27 à 21 heures, juste après le récital donné par Sokolov, par le pianiste Nicolas Hodges qui jouera en première suisse les Canons du compositeur français Brice Pauset, le Klavierstück X de Karlheinz Stockhausen et la Serynade pour piano de Helmut Lachenmann. Ce même samedi, dans l’après-midi, Alfred Brendel s’entretiendra avec le musicologue Martin Meyer de la musique de Brahms et des trois grandes figures du piano qu’ont été Alfred Cortot, Edwin Fischer et Wilhelm Kempff.

Alfred Brendel
© Priska Ketterer

Pour ceux que ce programme concentré sur six jours laisserait encore sur leur faim, la manifestation propose en sus une série de concerts qu’elle appelle ‘Piano Off-Stage’ donnés par dix pianistes de jazz dans différents bars d’hôtels pendant toute la semaine que dure le festival ; ces rendez-vous sont fixés à des heures variables et font l’objet d’une publication à part. On y propose des programmes variés allant du Boogie Woogie au Soul en passant par le « Stride Piano » et certains des styles de jazz parmi les plus modernes cultivés dans les piano bars du monde entier…

Eric Pousaz

Renseignements sur www.lucernefestival.ch

Voir en ligne : Festival de Lucerne

Publié dans Scènes Magazine no. 227