Verbier : festival 2010

, par  Martine DURUZ , popularité : 9%

Le public de Verbier a eu l’honneur d’entendre à l’Eglise, le 27 juillet, Natalia Gutman dans trois Suites de Bach, la 3ème en ut majeur, la 2ème en ré mineur et la 6ème en ré majeur. Elève de Rostropovitch, protégée de Sviatoslav Richter et épouse du regretté Oleg Kagan, la violoncelliste russe fait figure de légende.

Natalia Gutman

Jouant sur son violoncelle moderne, mais avec un archet baroque, elle a fait résonner, par la voix sombre de son instrument, une interprétation personnelle, à la fois sobre et prenante. Sur son visage fermé, pas la moindre expression : la musique sort du plus profond d’elle-même. L’archet baroque lui a permis de trouver de nouvelles possibilités expressives, des articulations différentes, dit-elle. Elle a même été jusqu’à se procurer un violoncelle à cinq cordes pour la Sixième Suite, mais se sert le plus souvent quand même de son instrument habituel, comme à Verbier : il n’est pas vraiment pratique de sillonner le monde avec deux violoncelles. De plus, dit-elle, le violoncelle à cinq cordes demande un immense travail. Au cours de la soirée, à l’exception du prélude de cette même suite No 6, où la lisibilité était moindre, chaque instant du parcours musical s’intégrait dans une cohérence globale qui ne pouvait que s’imposer.

Sous la tente gigantesque des Combins le 28 juillet, deux stars se partageaient la scène. Joshua Bell, l’un des violonistes majeurs, sous des allures d’adolescent, de ces deux dernières décennies, et la jeune pianiste Yuja Wang, révélation récente dont la carrière se développe avec fulgurance.

Joshua Bell

C’était la première fois qu’ils jouaient ensemble, d’où probablement trop de discrétion de la part de la jeune Chinoise dans les trois romances op.34 de Schumann qui ont ouvert les feux. L’équilibre était meilleur dans la Sonate à Kreutzer de Beethoven, malgré le contraste frappant entre les attitudes des artistes, l’une toute en sobriété et en intériorité, l’autre dansant, le visage orienté vers le ciel. On sent chez Joshua Bell un désir d’élévation, d’envol et de transparence, qui ne le quitte pas non plus dans le concerto pour violon de Beethoven qu’il dirigeait et jouait en seconde partie. Se contentant de ne donner parfois que des impulsions, il a su imprégner les musiciens de l’Orchestre du Festival de la même aspiration, obtenant ainsi une version "de chambre" de ce concerto désormais délesté, épuré, rajeuni.

Le 30 juillet, l’Eglise accueillait le Quatuor Ebène. Fondé en 1999 et composé de jeunes musiciens français, il a obtenu cette année une Victoire de la Musique. Le concert, sans respecter la chronologie, a commencé par le quatuor à cordes No 2 en la min. de Bartok, suivi, sans entracte, par le quatuor No 7 en fa maj. op.59 de Beethoven. La fin de l’oeuvre du compositeur hongrois, discrète et peu "spectaculaire", n’aurait sans doute pas été suffisamment roborative pour un public de festivaliers en vacances.

Quatuor Ebène
© Aline Paley

Les quatre musiciens ont montré à quoi un travail acharné pendant de longues années peut mener. D’abord une précision parfaite, dans le respect du texte, une assise rythmique solide, une richesse dans les nuances et une attention portée par chacun à la qualité de la sonorité de son instrument. De la passion à la méditation, de la fougue à la rupture, du dialogue à l’envolée commune, tous les aspects de la partition sont maîtrisés, jusqu’au recueillement du lento final, quasi pétrifiant, où les instruments tentent vainement d’émerger d’une nébuleuse dans laquelle ils retombent avant de se taire. Dans le quatuor de Beethoven, si l’on aurait aimé un allegretto encore plus scherzando (comme l’indique le compositeur) on a relevé la pure osmose que les musiciens ont atteinte dans le déchirant adagio molto e mesto. Un ensemble à ne pas perdre de vue, d’autant plus que leur répertoire a de quoi satisfaire tous les goûts : il s’étend de la musique classique au jazz en passant par le contemporain.

Martine Duruz

Voir en ligne : Festival de Verbier

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