Concours de Genève : Entretien avec Brigitte Balleys

, par  Isabelle VON HILDEBRAND , popularité : 19%

La mezzo Brigitte Balleys sera membre du jury de la 62ème édition du Concours de Genève, qui se déroulera du 30 septembre au 15 octobre 2007. Esquisse d’une personnalité entre souvenirs et projets.

Le concours m’a beaucoup apporté. Le premier concours que j’ai fait, c’était au Festival Tiborvarga : j’avais seize ans et j’ai gagné le premier prix. Le prix du concours, c’était un cours chez un professeur qui est devenu le mien par la suite. Pour la première fois, on m’offrait quelque chose et ça a constitué un point de départ. Le concours qui a marqué ma vie est évidemment le concours Benson & Hedges à Londres. J’avais vingt-trois ans et j’ai remporté les deux premiers prix alors que j’avais peu de moyens techniques à l’époque. La présélection se faisait par bandes d’enregistrement. Je ne savais pas me présenter, m’habiller, me coiffer mais on m’a prêté une robe et j’étais toujours là après quatre tours. C’est mon talent d’artiste qui m’a porté : j’ai tout donné.
On était quatre-vingt-deux musiciens et la cantatrice Suzanne Danco n’était pas pour moi au début mais à la fin, elle s’est exclamée : « What a difference ! ». J’étais pourtant en compétition avec des chanteurs de renommée internationale mais un concours peut bien se passer pour un élément et pas pour un autre, ce qui ne signifie pas que cet autre élément n’a pas de mérite. Le concours Benson & Hedges m’a ouvert des portes : il m’a permis d’avoir un agent, de rencontrer Elisabeth Schwarzkopf, de me mettre en contact avec l’agence Caecilia à Genève. Dans ce contexte, j’ai aussi eu de la chance d’être Suisse. Je n’ai plus jamais présenté de concours car on me l’a déconseillé. On m’a dit : « Tu viens de gagner deux prix, pourquoi les risquer ? ».

Brigitte Balleys

Choisir une voix
Je trouve que c’est très difficile d’être experte au conservatoire et j’estime qu’un avis ne suffit
pas : c’est trop subjectif. J’ai eu des mauvaises expériences avec des experts qui jugeaient mes propres élèves. Je crois qu’il ne faut pas uniquement chercher à détruire mais savoir rester juste. J’avais décidé de me retirer du milieu après ces mauvaises expériences mais j’ai changé d’avis et je crois qu’il faut se tenir au courant. Il me semble important d’être jury maintenant que j’enseigne. Il faut entendre autre chose, se former à écouter d’autres voix, évaluer aussi le niveau d’exigence. J’ai d’ailleurs une élève qui se présente au Concours de Genève. Je crois que c’est de plus en plus difficile de choisir une voix et de participer à un concours car la concurrence s’avère énorme. Dans le cadre du Concours de Genève, les chanteurs doivent présenter entre autres une quinzaine d’airs d’opéra. Je trouve que c’est énorme : moi-même, à l’époque, je pouvais en chanter tout juste deux ! Ce que je recherche dans une voix ? L’émotion, avant tout. Une très belle voix sans beaucoup d’émotion peut me laisser admirative mais en général, je préfère le risque, une voix qui peut friser la limite de la vilaine voix mais qui m’émeut. Sans émotion, c’est vite langweilig. En musique, c’est de plus en plus difficile de faire carrière mais il faut rester curieux et on finit par trouver son chemin.

Projets musicaux
J’oublie toujours mes projets... J’en ai plusieurs à venir, notamment celui de créer un centre de mélodies et du lied en Suisse romande, avec mon pianiste et d’autres personnes. Je suis en effet amoureuse du romantisme français depuis longtemps : c’est un répertoire méconnu et mal traité. Dans un avenir plus proche, je vais partir avec le Figaro en croisière - petit rire dans la voix - en novembre 2007 et donner cinq concerts avec orchestre de chambre. J’ai choisi un répertoire français et espagnol pour l’occasion car nous allons traverser la méditerranée jusqu’au Maroc. Je prépare également Carmen que je vais chanter au théâtre du Martolet à Saint-Maurice (Valais) en janvier 2008. Je vais encore enregistrer un disque de Ernst Chausson, L’amour et la mer, en mars 2008 à Anvers. Je trouve important en tant que chanteur de continuer à enregistrer des disques et j’aime beaucoup ce compositeur. Je vais finalement donner des master classes sur les thèmes du Faust de Goethe et du mélodrame dans le cadre de mes enseignements à Lausanne et à Fribourg.

Si je devais décrire ma voix ?
On ne m’a jamais posé cette question, s’étonne-t-elle en riant. Je dirais « Quand je m’entends, j’ai l’impression que c’est moi ». Je pense alors : « Ah, ça c’est toi ». Et si je devais lui donner une couleur ou un parfum ? « Noir épices ».

Propos recueillis par Isabelle Hildebrand

Voir en ligne : Concours de Genève

Brèves Toutes les brèves