Entretien : Augustin Dumay

, par  Magali JANK , popularité : 11%

Rares sont ses apparitions en Suisse depuis ses débuts, il y a près de trente ans. Violoniste d’exception et chef de l’Orchestre Royal de Chambre de Wallonie depuis 2003, Augustin Dumay accompagnera, les 4 et 5 décembre 2006 et pour la première fois, l’Orchestre de Chambre de Lausanne (OCL), sous la baguette de Jésus López Cobos, prédécesseur de Christian Zaccharias. Entretien.

La carrière d’Augustin Dumay prend véritablement son envol en 1979, lorsque Herbert von Karajan l’invite à jouer en soliste pour un concert de gala à Paris avec le violoncelliste Yo-Yo Ma. Dès lors s’enchaînent les rencontres avec les plus grands orchestres comme Le Philharmonique de Berlin, le London Symphony Orchestra, l’Orchestre National de France ou le Royal Concertgebouw Orchestra d’Amsterdam. Parallèlement, il se consacre à la direction d’orchestre ainsi qu’à la musique de chambre, notamment aux côtés des pianistes Nelson Freire, Jean-Yves Thibaudet ou Pierre-Laurent Aimard. Mais la rencontre peut-être la plus décisive pour le violoniste demeure celle de la pianiste Maria João Pires. Complices à la ville comme à la scène, les deux artistes partagent depuis 20 ans de grands moments musicaux, dont témoignent un certain nombre d’enregistrements en duo. A noter prochainement la parution d’un enregistrement de sonates pour violon et piano de Mozart avec Maria João Pires au printemps 2007.

Lors des soirées du 4 et 5 décembre 2006, vous allez notamment interpréter le célèbre concerto pour violon de Mendelssohn. Pouvez-vous nous en parler ?
Le concerto de violon de Mendelssohn n’est pas sans raison une des œuvres les plus jouées au monde. En effet, c’est une des plus belles œuvres de l’histoire de la musique et en particulier en ce qui concerne le répertoire du violon avec orchestre. C’est une œuvre à la fois romantique, fraîche et éternelle. Et même si je l’ai jouée plusieurs centaines de fois depuis mes 15 ans, c’est toujours un grand plaisir de l’interpréter, un renouvellement perpétuel. Cette qualité qu’une oeuvre a d’inspirer de nouvelles idées ou angles d’approche, cristallise parfaitement ce qui différencie les plus grandes œuvres du répertoire. Comment se lasser d’un Rembrandt ou d’un Velazquez ? Il en va de même du concerto pour violon de Mendelssohn. De plus, chaque concert ou chaque enregistrement, est une nouvelle rencontre avec un chef. Pour ma part, j’ai eu l’occasion de jouer cette œuvre avec certains des plus grands, notamment Seiji Osawa, Sir Colin Davis ou Herbert von Karajan. Ces collaborations apportent un regard neuf sur l’œuvre. C’est pourquoi il est inconcevable que je puisse un jour m’en lasser.
Au printemps 2007 sortira un enregistrement de sonates pour violon et piano de Mozart avec Maria João Pires ? Que représente pour vous l’enregistrement de disques avec cette musicienne ?
Récemment nous étions ensemble en tournée européenne, où chacun de nous interprétait des concertos de Mozart et où j’ai eu l’occasion de l’accompagner comme chef d’orchestre. Nous allons donc concrétiser notre travail par plusieurs enregistrements, non seulement de sonates pour violon et piano mais aussi de concertos pour piano où j’aurai le privilège de diriger. Ma collaboration avec Maria João Pires existe depuis 20 ans et perdurera bien évidemment. Dans un duo comme le nôtre, la collaboration évolue au fil des années à travers l’expérience que nous acquérons lorsque nous jouons séparément, notamment grâce aux rencontres de différents partenaires ou orchestres. Inévitablement, lorsque nous nous retrouvons pour jouer, chacun apporte consciemment ou inconsciemment ses expériences qui viennent, par la suite, nourrir le laboratoire de notre duo. A notre rencontre, l’entente musicale réciproque a été immédiate. Nous étions persuadés que nous allions jouer ensemble à l’avenir. Néanmoins, le véritable travail d’un duo ne commence véritablement qu’ensuite et ne cesse de se développer au fil des années.
Quels sont vos futurs projets ?
Avec Maria João Pires, nous projetons d’enregistrer l’intégrale de la musique de chambre de Schubert. Je serai aussi en tournée en tant que soliste aux côtés de grands orchestres un peu partout dans le monde et j’enregistrerai notamment avec le Boston Symphony Orchestra. Parallèlement, je suis chef invité dans de plus en plus d’orchestres internationaux. Je collabore aussi fortement avec le English Chamber Orchestra avec lequel je ferai un certain nombre d’enregistrements l’année prochaine. Par ailleurs, j’enseigne à la Chapelle Musicale Reine Elizabeth en Belgique, une des écoles de musique majeure en Europe.
Propos recueillis par Magali Jank

Lundi 4 décembre à 20h30 et mardi 5 décembre à 20h à la Salle Métropole de Lausanne. Location 021 345 00 25, www.ocl.ch
Programme : Gioacchino Rossini, Ouverture de « La Cenerentola » / Félix Mendelssohn, Concerto pour violon en mi mineur op. 64 / Juan Crisostomo Arriaga, Symphonie en ré mineur / Gioacchino Rossini, Ouverture de « La Scala di Seta »

Les enregistrements chez Deutsche Grammophon

- Beethoven, l’intégrale des sonates pour violon et piano avec Maria João Pires (2002).
- Mozart, Concerto pour violon n° 2, Symphonie concertante K364, Augustin Dumay, direction et violon, Veronika Hagen, alto, Camerata Academica Salzburg (2001).
- Mozart, Concertos pour violon n° 3, 4, 5, Augustin Dumay, direction et violon, Camerata Academica Salzburg (1998).
- Franck/Debussy/Ravel, Sonates pour violon et piano avec Maria João Pires (1995).

Chez Emi

- Mendelssohn/Tchaikovski, Concertos pour violon et orchestre, Augustin Dumay, violon, Emil Tchaka, direction, London Symphony Orchestra.

A découvrir sous le label Densité 21, Radio France

- Philippe Hersant, Concerto pour violon Der Wanderer, Streams pour piano & orchestre (2006)
- A paraître au printemps 2007 : Sonates pour violon et piano de Mozart avec Maria João Pires.

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