Entretien : Leonardo García Alarcón

, par  Claire BRAWAND , popularité : 13%

Leonardo García Alarcón a le verbe généreux et chantant. On l’écouterait des heures parler de son enfance en Argentine, de la découverte de la musique de Bach, de son arrivée en Europe ou encore de ses projets actuels. Parmi ceux-ci figurent plusieurs créations à l’affiche du Festival d’Ambronay (du 10 septembre au 3 octobre 2010) dont il est l’artiste en résidence pour une durée de six ans (jusqu’en 2013). Si certains concerts ont déjà eu lieu, il reste celui du samedi 2 octobre : les Vêpres de Vivaldi.

Pianiste à l’origine, vous vous êtes ensuite tourné vers le clavecin et l’orgue : racontez-nous ce passage.
J’ai fait ce choix à l’âge de 14 ans, en Argentine. C’est tout d’abord l’amour pour la musique de Bach, que j’ai découvert à cette époque, qui m’a fait me rapprocher de ces deux instruments. Il y avait alors très peu de clavecins en Argentine. J’ai quitté ma ville natale – La Plata – pour Buenos Aires, où j’ai trouvé, dans le vieux quartier de San Telmo, le seul clavecin qu’on pouvait me prêter. J’ai ensuite essayé les orgues de différentes églises, qui sont tous des orgues romantiques, et ai appris de manière autodidacte la pratique de la basse continue1. Mais je joue aujourd’hui encore souvent du piano, pour le plaisir. J’aime beaucoup jouer Chopin. Pour moi, c’est du Bellini, c’est de la musique vocale. ..

Vous semblez entretenir une relation spéciale à la voix…
Oui, j’ai une relation à la voix très forte et très naturelle. Cette passion vient certainement de mon père, qui est chanteur de tango et de musique folklorique. Quand nous étions enfants, ma sœur et moi, il nous composait des chansons à l’occasion d’événements du quotidien. Dans le répertoire que j’aborde aujourd’hui, la part de musique vocale est très importante. Il faut dire qu’à l’époque baroque, la musique instrumentale est un réflexe de la musique vocale.

Leonardo García Alarcón

En 1997, vous quittez votre pays pour la Suisse. Pour quelles raisons ?
Je suis venu ici pour entrer dans la classe de clavecin de Christiane Jaccottet que je connaissais et admirais déjà à travers certains enregistrements. Elle m’a tout appris sur la mécanique et la technique du clavecin. C’est ici également que j’ai eu accès et que je me suis plongé dans la lecture de traités musicaux baroques que je ne trouvais pas en Argentine. Genève m’a permis de connaître les esthétiques particulières à chaque nation : le style du 17e à Naples, le style français, etc.

En tant que spécialiste de musique baroque, quelle est votre position face à la pratique de jouer sur des instruments anciens ou modernes ?
Je pense que les instruments sont avant tout des instruments, c’est-à-dire des outils. Je suis très ému quand Richter ou Perahia jouent du Bach au piano. Et j’entends parfois des choses horribles au clavecin. Gustav Leonhard et Nikolaus Harnoncourt ont eu une idée extraordinaire de jouer pour la première fois toutes les cantates de Bach avec des instruments anciens. Mais cela ne doit pas devenir un dogme. Avec les ensembles que je dirige, nous jouons avec des instruments issus de l’époque de compositions des pièces. Mais je sais aussi travailler avec des instruments modernes et obtenir de ces derniers la substance, la couleur désirée. Mais sans avoir dans l’oreille le son des instruments anciens, ceci est impossible… Il faut d’abord connaître avant de pouvoir, dans un second temps, imiter.

Cela fait trois ans que vous êtes artiste en résidence au Festival d’Ambronay. Cette année, vous aurez donné quatre concerts, dont deux créations et la reprise d’une création de 2009. Comment décririez-vous ce processus de « création » ?
Ce sont toujours des idées folles qui sont à l’origine d’une création. J’éprouve moi-même tout d’abord une certaine appréhension. Mais finalement, après avoir observé cette « idée » sous différents angles et m’être convaincu de sa pertinence, je me lance. C’est là que commence la recherche à proprement parler. Dans le cas de Vivaldi par exemple : Vivaldi n’a jamais composé de vêpres, mais j’ai réuni tous les psaumes, hymnes, etc. qu’il a écrits pour Venise. Un concert de 2h30, composé des meilleurs pièces que j’ai trouvé de Vivaldi, dont certaines compositions à double chœur, découvertes en 2005. Il y a une certaine naïveté dans cette musique qui est typique de ces années où Vivaldi écrivait pour un orchestre de femmes. Mais, et pour moi c’est le miracle de Vivaldi, on a instantanément la chair de poule, sa musique jaillit, parle au public !

Claire Brawand

Evénements à venir :
- 2 octobre 2010 à Ambronay : Vêpres de Vivaldi avec le Chœur de Chambre de Namur et l’ensemble Les Agrémens, dir. L. García Alarcón.
- 24 novembre 2010 au Victoria Hall de Genève : Il diluvio universale, en collaboration avec le Festival Ambronay – Capella Mediterranea, clavecin et dir. L. García Alarcón.

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