Entretien : Philippe Dinkel

, par  Martina DIAZ , popularité : 12%

Pianiste, musicologue et ancien collaborateur de Scènes Magazine, Philippe Dinkel dirige depuis 1993 la Haute Ecole de Musique de Genève. Il fait le point sur le Conservatoire de Musique de la Place Neuve et sur les festivités qui auront lieu pour le 175e anniversaire de l’institution.

Le Conservatoire de Musique de Genève a été depuis sa création en 1835 une école où ont exercé des musiciens de renom, de Franz Liszt à Dinu Lipatti. Lestée d’un passé d’excellence, l’institution s’est toutefois modernisée ces dernières années avec l’introduction de la grande réforme de Bologne, qui l’a scindée en deux entités. La Haute Ecole de Musique réunit les étudiants en filière professionnelle, qui y suivent des études distribuées en Bachelor puis Master ; le Conservatoire de Musique regroupe quant à lui les enseignements de musique et de théâtre pour débutants et amateurs.

Le Conservatoire de Musique de Genève

Dynamique cataliseur
Cette partition, rappelle Philippe Dinkel, a revêtu une importance considérable et mobilisé énormément de forces. Un véritable « travail de plomberie » a été accompli pour créer des liens forts entre les deux ordres d’enseignement. Après des années tumultueuses et de nombreux sursauts politiques, la réforme de Bologne s’est finalement révélé un catalyseur dynamique. L’immense enjeu académique a en effet été perçu par tous les membres, qui ont dès lors réuni leurs efforts pour consolider cette nouvelle structure, désormais bien installée. Philippe Dinkel souhaite maintenant que l’institution puisse souffler un peu : il faut que les nouveaux encadrements se déploient. Mais loin de se reposer sur les acquis, le directeur de la HEM insiste sur le combat prochain que la direction doit mener pour qu’après le Master, un troisième cycle (équivalent au PhD ou au doctorat) soit mis en place. C’est ainsi que le Conservatoire de Genève pourra demeurer dans le peloton de tête des écoles professionnelles de musique, puisqu’un tel diplôme existe notamment aux États-Unis pour les musiciens.

Festivités
Le défi de l’institution consiste ainsi à rester un lieu d’excellence, dont la renommée internationale attire des célébrités, mais à conserve aussi une grande proximité avec la population genevoise qui lui est attachée. Précisément, la série des festivités qui s’échelonnent jusqu’en avril mêle régulièrement les étudiants du Conservatoire et ceux de la HEM, les amateurs et les professionnels : les rendez-vous permettront aussi d’entendre différents styles musicaux (jazz, pop, classique) ; de voyager depuis le chant grégorien jusqu’à la musique du XXIe siècle, et de voir les étudiants d’art dramatique. Ceux-ci seront mobilisés en décembre pour un spectacle intitulé "Splendor in the Grass", inspiré de Wordsworth, qui se tiendra au Collège Sismondi. Le 15 janvier, Ton Koopman offrira au Temple de la Fusterie un concert Bach avec les étudiants de la HEM, qui s’inscrit dans les rencontres qu’organise le congrès international « Early Music Platform ». Il s’agira alors de s’interroger sur la place occupée par la musique ancienne ou sur les différentes méthodes d’enseignements qu’elle requiert.

Philippe Dinkel

Autre moment important des célébrations : le 11 février au Victoria Hall, la 9e Symphonie de Beethoven sera dirigée par Emmanuel Krivine, à la tête pour l’occasion d’un orchestre constitué d’étudiants de la HEM. Les chanteurs en étude seront aussi mobilisés pour le dernier mouvement. Mais une telle œuvre, exigeant une forte organisation, nécessitera peut-être des apports des autres institutions suisses, avec lesquelles le Conservatoire est en traction.
En avril, deux événements piquants sont annoncés : un marathon musical et un concert surprise, prévu le 16 avril au Victoria Hall. Philippe Dinkel ne peut pas encore nous en dire plus, si ce n’est qu’il s’agit d’un grand concert d’orchestre, dirigé par un jeune chef prometteur… Concernant le marathon qui se tiendra du 15 au 16 avril dans divers locaux autour du Conservatoire (Place Neuve, Salle de la Bourse, les Salons), le directeur de la HEM qualifie l’événement de « micro fête de la musique ». Pendant 24h, les jeunes et moins jeunes, les professionnels et les amateurs avertis se réuniront pour vivre des moments effrénés de musique qui sollicitent les forces tant du Conservatoire que de la HEM. 
Enfin, le bouquet final de cette célébration sera le concert Mozart offert par Leon Fleischer, le 17 avril à la Place Neuve. Il réunira à nouveau des étudiants des deux formations, et le maestro restera de plus quelques jours à Genève pour donner des master classes. Ainsi, les festivités se clôtureront par un concert dédié à Mozart, alors que deux autres grands moments auront été consacrés à Beethoven et Bach. Cette « trinité », comme dit Philippe Dinkel, doit être au cœur du Conservatoire, détenteur du patrimoine musical et chargé de le transmettre. Car « nous ne devons pas avoir peur de nous référer aux sources, à celles qui demeurent la sève permettant de nous projeter vers l’avenir  ».

D’après des propos recueillis par Martina Díaz

Voir en ligne : Conservatoire de Musique de Genève

Publié dans Scènes Magazine no. 228

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