Fabio Biondi et Milan Horvat avec l’OCL

, par  Pierre JAQUET , popularité : 21%

Deux concerts, deux personnalités aux tempéraments très contrastés, seront à l’affiche du Métropole à Lausanne.

Fabio Biondi est un artiste pluriel : violoniste brillant, il conduit de son instrument baroque la formation « Europa Galante » dont il a présidé à la naissance en 1989. Chercheur insatiable, il est en quête de compositeurs oubliés ou de textes musicaux enfouis dans la poussière des bibliothèques.

Fabio Biondi
Portrait
Né en Sicile en 1961, ce musicien a ressenti très tôt une affinité avec ce monde grec et romain dont il pouvait contempler les vestiges autour de lui. Sur le plan esthétique, la tragédie antique reste pour lui une référence quand il s’agit de considérer les modèles du baroque.
A la fin des années soixante, une écoute de l’enregistrement de “la Passion selon Saint-Matthieu”, dirigée par Nikolaus Harnoncourt, s’avère déterminante pour la suite de son parcours musical : Le jeune Fabio perçoit une voie prometteuse, bien éloignée d’une certaine tradition enseignée à Palerme. Là, le XIXe siècle avait définitivement occulté les vérités des périodes précédentes. Vivaldi n’était pas joué très différemment de Brahms ou Debussy ! La musique ancienne a fasciné le violoniste par le son un peu aigre de l’instrument, qui semble renvoyer aux origines du son, vers une pureté primordiale perdue.
A 14 ans, Fabio Biondi part seul suivre des cours dans une école, à Parme, pour bénéficier, entre autres, du savoir de Anna-Maria Catoni, qui se produisait aussi avec les Musici di Roma. Cette période de formation très intense (l’artiste aime à rappeler qu’il jouait alors du violon plus de 7 heures par jour !) lui permet de lier des amitiés durables : bon nombre de ses camarades le rejoindront au moment où il fondera Europa Galante.

Prospection et spontanéité
Alors que des apparitions du concertiste avaient été remarquées au cours de ses études, c’est avec « Europe Galante » qu’arrive la consécration. Mais le travail avec les autres instrumentistes n’aurait jamais été pareillement reconnu s’il n’avait pas été fondé sur de patientes recherches en bibliothèque. Les institutions péninsulaires regorgent de trésors qui ne demandent qu’à être retrouvés. On reproche souvent, il est vrai, à cette littérature une apparence convenue et stéréotypée. Des mauvaises langues vont jusqu’à dire que les Italiens - notamment Vivaldi - n’ont cessé d’écrire le même concerto !
Par son travail musicologique et interprétatif, Biondi s’attache à démonter que cette musique ne peut être comprise que si elle est représentée avec inventivité. L’apparente pauvreté de la rédaction est destinée à laisser un rôle important à l’imagination de l’interprète. A lui, par son esprit, de faire revivre l’âme de la partition ; à lui, par son archet, d’éveiller un détail, une ornementation et d’ainsi donner une élasticité à la ligne vocale. Mais l’ouvrage de l’exécutant ne pourra être totalement convaincant que s’il s’inscrit dans une familiarité avec la culture et les arts de cette époque. Le jeu de l’archet réside donc dans une subtile combinaison entre les règles, la pensée des baroques et une liberté confinant à l’improvisation.
Cette démarche, qui se présente comme de l’« archéologie expérimentale », a trouvé sa récompense dans l’accueil réservé par le public - il a fait de Fabio Biondi une star - et par la réévaluation de certains compositeurs : Pietro Locatelli était un inconnu il y a quinze ans et le répertoire de Vivaldi se limitait à un spectre assez étroit d’oeuvres...

Horvat le Sage
Né en 1919 en Croatie, Milan Horvat appartient à une génération qui a toujours privilégié la tradition, la rigueur et l’approfondissement. Durant sa longue carrière - qui l’a surtout fait évoluer dans le monde germanique et en Irlande - il a eu l’occasion de privilégier le répertoire allant de Mozart à Ravel. Outre son activité de chef, il a aussi enseigné : Fabio Luisi compte parmi ses nombreux élèves.

Milan Horvat

De tempérament sérieux et réfléchi, celui que l’on pourrait considérer à tort comme un simple grand-père bienveillant, fait montre d’une direction attentive et respectueuse des membres de l’orchestre. D’aucuns le compareront au regretté Günther Wand, même si Milan Horvat n’a pas autant privilégié certaines partitions. Ce personnage discret et modeste, qui donne peu d’interviews, est un familier de l’OCL, avec lequel il a entretenu une longue collaboration.

Pierre Jaquet

- 5 février 20 h 30 et 6 février 20 h 00, Fabio Biondi avec Nathalie Stutzmann, contralto. Oeuvres de Corelli, Porta, Vivaldi, Haendel
- 19 février 20 h 30 et 20 février 20 h 00, Milan Horvat avec Miklós Perényi, violoncelle, oeuvres Prokofiev, Chostakovitch, Beethoven.
Site internet : www.ocl.ch

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