Genève : David Greilsammer

, par  Frank FREDENRICH , popularité : 15%

C’est une des personnalités les plus prometteuses de la nouvelle génération des pianistes qui vient d’être nommé en tant que chef de l’Orchestre de Chambre de Genève. Entretien.

Interprète désormais reconnu aussi bien sur le vieux continent qu’aux Etats-Unis, David Greilsammer est à n’en pas douter un musicien original, hors norme.

De Bach à Cage
Et ce n’est peut-être pas un hasard si la Genève des mélomanes venus de tous les horizons accueillera à la tête de la formation de chambre un musicien que l’on ne saurait qualifier de casanier. En effet, s’il a débuté l’étude du piano à l’âge de six ans au conservatoire de Jérusalem, la ville qui le vit naître en 1977, David Greilsammer a poursuivi ses études musicales à Florence, puis à Paris avant de rejoindre la prestigieuse Juilliard School de New York. Et s’il a effectivement passé les dernières années à New York, ville dans laquelle il s’est déjà produit au Lincoln Center en recevant des critiques flatteuses, on notera au passage qu’il n’aura aucune peine à se faire comprendre des musiciens de l’OCG puisqu’il parle un français impeccable.

David Greilsammer
Crédit Antoine Le Grand / Naïve

De fait, si l’on peut le qualifier de musicien original sans aucun doute, ce n’est certainement pas « à tout prix, car il ne s’agit pas seulement de respecter une tradition ancrée dans le passé, mais de rendre possible d’ouvrir de nouvelles portes », aussi bien en s’intéressant au répertoire baroque qu’à la musique contemporaine, voire au jazz qui fait partie de son univers.
La formule bien connue de la regrettée Cathy Berberian, « de Monteverdi aux Beatles » pourra donc se traduire par de Bach à Cage dans le cas présent. Ayant reçu une éducation musicale éclectique, David Greilsammer apprécie de sortir des sentiers battus et ressent le besoin « d’aller chercher des œuvres rares, des partitions négligées ». Ainsi, il a interprété au début du mois de novembre à Paris le rarissime Concerto pour piano de Nadia Boulanger (voir compte-rendu) et il joue régulièrement le 2ème Concerto d’Erwin Schulhoff, compositeur tchèque victime des Nazis durant la deuxième guerre mondiale ou encore le Concerto no 2 d’Alexandre Tansman. En dehors de ces choix originaux et néanmoins « classiques », il collabore également avec le jazzman Yaron Herman ou la référence dans le domaine de la musique kletzmer qu’est David Krakauer.
Toutefois, c’est d’abord en tant qu’interprète de Mozart qu’il s’est fait connaître, tant par ses enregistrements que lors de concerts, à commencer par une mémorable intégrale des sonates données en un jour et en un lieu à Paris. Côté enregistrements, son choix s’est porté aussi bien sur des concertos de jeunesse que sur ceux de la maturité qu’il a choisi d’interpréter en dirigeant une formation – le Suedama Ensemble – formé à New York par des musiciens dont il se sent proche et dont il admire le travail.

Nomination
Quant à sa nomination à la tête de l’Orchestre de Chambre de Genève, elle fait suite à un concert au mois de mars dernier au sujet duquel David Greilsammer parle de « coup de foudre à cause de travail remarquable effectué et cette impression de précision et d’entente fusionnelle naturelle qu’il a pu ressentir immédiatement ». Ensuite, les « hasards de la vie et la disponibilité pour un poste lié au départ de Patrick Lange ont offert cette opportunité ». Le nouveau chef sera accueilli dans une nouvelle structure qui comprendra un chef invité permanent, Arie van Beek, un directeur artistique, Patrick Grimoin ainsi que les deux violonistes Girolamo Bottiglieri et Philippe Villafranca.
C’est avec eux que le nouveau chef qui est déjà entré en fonction préparera la saison 2010-2011 et cette programmation sera certainement novatrice puisque la découverte de chefs-d’œuvre méconnus devrait être de mise, annonçant « un laboratoire de nouvelles idées » ne devant négliger aucun style, du baroque à aujourd’hui. « Défendre des projets artistiques cohérents, qui proposent des idées fortes et ne soient pas de simples assemblages d’œuvres », tel est le mot d’ordre qui sera proposé aux mélomanes genevois par un ensemble qui devrait trouver ainsi son « identité » dans les différents répertoires qui seront abordés, ce qui inclut bien entendu la poursuite d’une collaboration souhaitée car jugée « essentielle avec le Grand Théâtre ».

D’après des propos recueillis par Frank Fredenrich

Discographie : Concertos de jeunesse de Mozart (Vanguard), Fantaisie fantasme : Bach, Cage, Ligeti Naïve), Mozart Concertos 22 et 24 (Naïve)

Voir en ligne : Orchestre de Chambre de Genève

Publié dans Scènes Magazine no. 218

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