Genève : Krystian Zimerman

, par  Beata ZAKES , popularité : 13%

Le 2 octobre prochain, dans le cadre des Concerts Caecilia, le grand interprète polonais interprètera des oeuvres des grands compositeurs. Au menu : le trio de trois « B », plus un hommage à son compatriote, Karol Szymanowski.

Varsovie, Pologne, automne 1975. Le jury du prestigieux Concours Chopin concède le premier prix à un jeune pianiste originaire de Silésie. La ressemblance de Krystian Zimerman avec le compositeur national polonais est troublante… Mais c’est surtout son jeu qui impressionne et émeut : quand le musicien pose ses mains sur le clavier, ce sont les paysages de sa Pologne natale qui défilent devant les yeux d’un public captivé. Ce sont ces images qu’il « projettera » ensuite, par le monde, lors de ses récitals et concerts.

Portrait d’un perfectionniste
Ce succès remporté à un jeune âge n’a pas enivré l’artiste débutant. Depuis son enfance, il s’était fixé des buts : « ce sera le piano », avait-il décidé, et, même dans les souvenirs de ses amis d’école, il apparaît comme quelqu’un de « bosseur », difficile à distraire de son objectif.
Krystian Zimerman n’est pas un artiste médiatique. Il n’a pas de « page web » officielle, n’accepte les interviews que très rarement. Sa liste de concerts annuels ne dépasse pas le chiffre de cinquante : « C’est tout ce dont je suis capable » explique-t-il, « ce que je peux me permettre pour assurer la qualité ». Le concertiste se déplace avec ses propres pianos, qu’il a appris à accorder lui-même (« c’est le seul moyen d’obtenir la sonorité que je veux ») ; on dit aussi qu’il conduit lui-même le camion transportant ses instruments ! Cet attachement lui a valu quelques mésaventures, comme la destruction d’un de ses pianos par des douaniers américains qui ont trouvé les composants de la colle très suspects… Le musicien est capable d’annuler un concert s’il ne se sent pas encore au point. En ce qui concerne sa discographie, là aussi, le soliste pose la barre des exigences très haut : il lui est arrivé de retirer du marché des disques dont il n’était pas satisfait, malgré l’accueil enthousiaste des critiques et du public. Etabli à Bâle, avec sa femme et ses enfants, ce Polonais a installé dans sa maison un magnifique studio d’enregistrement. Mais il ne produit pas plus pour autant, se contentant de deux gravures par année.

Krystian Zimerman

L’interprète
Le public est toujours surpris de n’observer que très peu d’expressivité sur le visage et dans les gestes de ce pianiste dont le jeu, précis et clair, transmet pourtant toute une palette de sons. Ses mains dessinent un tableau très construit et complet de nuances et de sentiments. Sa recette ? Une schizophrénie presque freudienne : « Quand je joue, mon moi est partagé : il y a, d’une part, mon moi pensant, qui construit continuellement sa vision de l’œuvre, et d’autre part, mon moi manuel responsable de la concrétisation pianistique matérielle idéale. » Et pour que l’artiste soit entièrement satisfait, il doit arriver à marier les deux, dans une union solide et efficace, le temps d’un récital ou d’un enregistrement.

Le répertoire
Dans son répertoire, Chopin et Brahms occupent une place privilégiée. C’est d’ailleurs dans un enregistrement des concertos de son compatriote que Krystian Zimerman a mis à l’épreuve, avec succès, ses talents de chef d’orchestre, en dirigeant, comme au XIXe, depuis son piano. Grand interprète de musique romantique (Liszt, Schumann, Schubert, Rachmaninov), il joue également souvent des partitions de Debussy, Bartok, Ravel ou Franck, sans oublier la musique polonaise plus récente (Szymanowski ou Lutoslawski, ce dernier lui a d’ailleurs dédié son concerto pour piano). Il s’est produit sous la baguette des plus grands chefs : Bernstein, Giulini, Boulez, Rattle, Lutoslawski, Ozawa…

En dehors de la musique
Pour un artiste pareillement exigent, existe le danger de se déconnecter du monde, voire de plonger dans misanthropie… Pleinement conscient du prix que certains ont payé pour atteindre la perfection, Krystian Zimerman ne veut pas s’isoler dans son monde, ne déclare jamais que « la musique, pour lui, c’est tout ». Portant un regard curieux sur la technique et la technologie, c’est un grand lecteur, qui dévore avec le même intérêt un traité de médecine ou de la littérature classique. L’homme n’hésite pas à exprimer ses idées politiques tranchées, comme au printemps dernier, quand il a annoncé qu’il ne donnerait plus de concerts aux Etats-Unis à cause de la politique internationale que mène ce pays ! Détestant les avions, il aime conduire et, dans les moments de détente, se consacre à la plongée. A la maison, il parle polonais et apprécie l’ambiance familiale. C’est un Polonais de cœur et un « citoyen du monde » en même temps. Et le Victoria Hall en aura sans nul doute la preuve, le 2 octobre prochain.

Beata Zakes

- Vendredi 2 octobre 20h30 Victoria Hall (Bach, Beethoven, Brahms, Szymanowski).
Location : Alhambra, Arcade municipale, Cité Seniors, Grütli, Genève Tourisme, Centrale Billetterie T 0800 418 418 (Suisse) T +41 22 418 36 18 (Étranger)
A écouter chez Deutsche Grammophon :
J. Brahms, Premier concerto pour piano. Avec S. Rattle et les Berliner Philhamoniker (avis du Berliner Morgenpost : « Il y a beaucoup de pianistes brillants mais un seul Krystian Zimerman ! »)
F. Chopin, Les concertos pour piano. K. Zimerman direction et piano. Avec Polish Festival Orchestra. (Choc du Monde de la musique, « ffff » chez Télérama)

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