Genève : Mischa Maisky

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Le 22 janvier 2010, le flamboyant violoncelliste aux boucles blanches animera de sa fougue la scène genevoise en partenariat avec l’Orchestre de Chambre de Bâle et Kristjan Järvi au pupitre.

Une passion forgée par la vie
Evoquer Mischa Maïsky, c’est décrire un tempérament aussi chaleureux que haut en couleurs. Il l’est tant par son jeu que par son habillement, puisqu’il change souvent plusieurs fois de chemise lors de ses récitals, par « aversion des uniformes » (une réaction à son passé soviétique), mais aussi pour insister sur le fait que la musique classique n’est pas « figée » ou « coincée », pour reprendre ses propres termes ! Par son trait généreux, ce violoncelliste au caractère exalté correspond idéalement à l’image – pour ne pas dire parfois au cliché – que l’on peut se faire de l’artiste russe. Pour autant son engagement n’est jamais en contradiction avec une musicalité sûre et recherchée, qui ne donne jamais dans l’effet ou la vulgarité.
Son maître Rostropovitch – Maïsky a développé envers lui, après la mort de son propre père, une relation filiale puis amicale – a défini fort justement l’art de ce passionné : « Outre le fait qu’il est l’un des plus extraordinaires talents de sa génération, Mischa Maïsky combine une poésie et une délicatesse infinie avec un fort tempérament, le tout dans une technique tout en brillance ».

Mischa Maisky

Comment devient-on Mischa Maïsky ?
Si sa forte nature est aujourd’hui célébrée dans le monde entier, l’artiste n’a pas toujours pu aller librement à la rencontre de ses multiples publics. Alors qu’adolescent le musicien avait été couronné par un prix Tchaïkovsky et qu’âgé de vingt ans il était déjà l’élève de Rostropovitch, Mischa Maïsky a été, en 1969, victime de la répression brejnévienne. Son crime : avoir une sœur qui avait demandé à émigrer en Israël. Pire encore : Au marché noir, il a emprunté, pour un jour, contre des roubles, le passeport d’un fonctionnaire qui devait lui permettre l’accès à l’un de ces magasins de devises inaccessibles au citoyen moyen. Il voulait se procurer un magnétophone contre des dollars... On l’a appréhendé à la caisse et il a été arrêté. La sanction ? 14 mois de camp de travail. Mais l’étape suivante a été plus redoutable encore : le service militaire. Le jeune homme, craignant qu’on ne le fasse disparaître pour toujours, est allé voir un médecin juif de ses amis qui l’a déclaré irresponsable. Le violoncelliste a été envoyé dans un hôpital psychiatrique. Ces trois années, très douloureuses, qui l’ont vu passer de prison en hôpital psychiatrique se sont terminées tout de même par une autorisation de quitter l’Union Soviétique... à condition qu’il verse les 9’000 roubles qu’avait coûté sa formation. Somme considérable !
Sa sœur a attiré l’attention du maire de Jérusalem sur le sort du pauvre violoncelliste, et un riche mécène américain a avancé l’argent... à condition que Maïsky verse l’équivalent à sa « Foundation for the arts » dès qu’il le pourrait...
Nul ne s’étonne donc d’avoir vu ce juif russe, né en Lettonie, dès son établissement à Jérusalem en 1972, se montrer si boulimique de musique et si désireux d’aller à la rencontre du Monde. Aujourd’hui d’ailleurs le concertiste se définit comme « cosmopolite ». Une de ses premières rencontres sur le sol étranger : Pablo Casals, alors fort âgé. Le maître lui a manifesté une attention, une écoute, des encouragements qui aujourd’hui encore restent précisément gravés dans sa mémoire : «  Je ne jouerais jamais Bach comme vous le faites. Mais vous êtes tellement convaincu par votre jeu que vous en devenez convaincan t ! »
Mischa Maïsky dit aujourd’hui qu’il « joue comme il se sent et s’efforce de donner tout ce qu’il a à son public. Les auditeurs aiment quand on ouvre son cœur, et je suis heureux de pouvoir le faire. La générosité dans l’émotion et l’expression sont pour moi les choses les plus importantes quand je joue. »

Rencontres et partitions
En 1975, outre les premiers concerts avec « le grand Leonard Bernstein » – nul ne s’étonne de percevoir une admiration pour ce chef – c’est la rencontre avec Martha Argerich, et la naissance d’un duo piano-violoncelle magnifique. En 1975, Mischa Maïsky, tignasse ébouriffée, amoureux de la nuit, prend définitivement sa place sur la scène musicale. Il reste une figure hors norme ; en l’an 2000, l’interprète est au centre d’un Marathon Bach à Zurich : le même jour, en trois concerts, il joue les « Six Suites pour violoncelle solo » (parues dans un coffret chez DGG) ; dans les mois qui suivent, ce sont plus de 100 concerts Bach ! Le Cantor, c’est pour lui une vieille histoire d’affection : ce fut le premier compositeur dont il a essayé de percer le mystère avec son archet de musicien, et ce peut-être sous l’influence de son frère, qui était membre de la « Société Bach de Leningrad » avant de choisir lui aussi l’exil. Dans ces années-là, la musique était un refuge, face à un système d’enseignement étouffant. Aujourd’hui, elle est son jardin secret.

Pierre Jaquet

Victoria Hall de Genève, 22 janvier 2010 à 20h30.
Orchestre de Chambre de Bâle. Kristjan Järvi (direction).
Mischa Maïsky (violoncelle). Reto Bieri (clarinette). Oeuvres de Debussy, Ravel, R. Schumann (loc. SCM, 7 rue du Prince)

Site internet : http://www.mischaMaïsky.com/

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