Avignon : “Amadis“

, par  François JESTIN , popularité : 12%

L’Opéra-Théâtre d’Avignon crée l’événement, en montant Amadis, chef-d’œuvre de Lully jamais donnée depuis 1771. Une magnifique réussite au final, à marquer d’une pierre blanche dans la redécouverte du répertoire baroque de ces dernières décennies.

Depuis la production d’Atys de Lully en 1980, qui marqua un tournant dans la remise sur le devant de la scène du baroque, on cherche à déceler périodiquement les nouveaux spectacles-références qui pourraient jalonner ce parcours des trente dernières années. Même s’il est improbable de trouver et revivre un “nouvel Atys“, le nouvel Amadis avignonnais entre par la grande porte de ce “chemin baroque“.

« Amadis » de Lully
© ACM – Studio Delestrade

Que dire en effet lorsqu’absolument tout concourt à la qualité, la beauté, l’expressivité d’une représentation ? Peut-être faut-il rappeler – et c’est sans doute l’alchimie, la magie de l’opéra – que le talent de la somme des divers éléments est bien supérieur à la somme des talents séparés. D’abord l’oreille est ravie d’entendre le son produit par “l’Orchestre des Musiques Anciennes et à Venir“, jeune formation (2008) qui rassemble en majorité d’anciens élèves du Conservatoire d’Aix-en-Provence, et qui n’a pas grand-chose à envier aux plus illustres Arts Florissants, Talens lyriques ou Concert d’Astrée. La musique vit, rebondit, et soutient avec bonheur les lignes de chant, parfois avec une grande douceur. C’est le chef Olivier Schneebeli qui est placé au pupitre, par ailleurs directeur musical du chœur “Les Pages et les Chantres du Centre de Musique Baroque de Versailles“. Point d’enfants sur scène ce soir, mais les 17 jeunes adultes des “Chantres“ sont sur-motivés et très bien préparés (les chœurs “enlaidis“ de la fin du II sont très réussis). Pour ce qui est des solistes, toutes les voix sont de qualité et les surtitres inutiles, tandis qu’un vaste spectre de tessitures, timbres, couleurs, volumes, est proposé.

Trois hommes se dégagent – le ténor Cyril Auvity (Amadis), le baryton Edwin Crossley-Mercer (Florestan) et la basse Alain Buet (Arcalaüs) – mais le reste de la distribution ne dépare pas : Katia Velletaz (Oriane), Isabelle Druet (Arcabonne), Hjordis Thebault (Urgande), Dagmar Saskova (Corisande), Arnaud Richard (Alquif / Ardan-Canile). La mise en scène d’Olivier Bénézech est simple, efficace, intemporelle ; les hommes portent de longues jupes (très beaux costumes de Frédéric Olivier) et certaines coiffures sont d’inspiration punk. Différents parallélépipèdes posés sur scène, ainsi que le fond de plateau, sont éclairés (Philippe Grosperrin) et animés par des projections vidéo (Gilles Papain et Marie Jumelin) : le vert domine dans la forêt, puis le rouge pour un arbre qui saigne. Au III, c’est la rouille qui suinte des barreaux, lorsque les prisonniers sont enchaînés, un joli mur au IV, puis un ciel et des nuages au V. Les chorégraphies (Françoise Denieau) sont d’un style hiératique mais très loin de la pompe de la Cour de Louis XIV. Ce spectacle est passionnant de bout en bout, et on suit avec intérêt les intrigues et rebondissements de cet opus lulliste de la meilleure veine (créé en 1684). Amadis sera accueilli prochainement par l’Opéra de Massy, et on lui souhaite de nombreuses autres escales futures.

François Jestin

Lully : AMADIS : le 26 janvier 2010 à l’Opéra d’Avignon

Voir en ligne : Opéra-Théâtre d’Avignon

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