Berne : “L’Amour des Trois oranges“

, par  Eric POUSAZ , popularité : 16%

L’Amour des Trois Oranges raconte sur un mode délirant les invraisemblables tribulations d’un Prince qui parfait son éducation sexuelle.

Pour éviter de faire exploser un budget que l’on devine restreint, le metteur en scène Marc Adam, son décorateur Johannes Leiacker et la costumière Eva Dessecker ont opté pour une réalisation visuelle sobre, voire franchement pauvre. Un lit roulant, une gigantesque porte tournante et quelques toiles peintes suffisent à évoquer les divers lieux de l’action. Des mouvements scéniques chorégraphiés avec soin, de rares projections et un indéniable sens de l’occupation de l’espace font cependant rapidement oublier la dimension bon marché du spectacle pour donner à voir, sans rien montrer véritablement, les étapes de cette quête du moi que réalise le héros. La distribution s’en donne à cœur joie et croque les divers portraits de cette galerie de personnages loufoques avec bonne humeur ; elle réussit ainsi à faire passer au premier plan un message artistique auquel une production plus ouvertement spectaculaire eût sans doute porté ombrage.

« L’Amour des Trois Oranges »
© Stadttheater Bern

La réalisation musicale de cet ouvrage est en effet grandiose. L’orchestre étincelle de tous ses feux sous la direction énergique de Roland Kluttig : les séquences narratives se suivent avec célérité mais sans précipitation, chaque solo instrumental est mis en évidence avec un souci constant du beau son qui séduit l’oreille. Malgré les dimensions restreignes de la salle, le commentaire orchestral ne noie jamais les voix mais les sertit dans une tapisserie aux couleurs subtilement assorties qui leur assure une projection maximale.

« L’Amour des Trois Oranges »
© Stadttheater Bern

La distribution, forte de quatorze rôles, est trop riche pour être entièrement nommée ici, d’autant plus que chaque chanteur se révèle parfait dans son emploi. On ne peut s’empêcher pourtant de souligner l’excellence du Prince bien en voix de Niklas Oettermann, le chant magnifiquement nuancé de Carlos Esquivel en Cuisinière (qui joue en alternance le Baron Scarpia dans la Tosca !), le Roi au chant plein de superbe d’Armand Arapian ou encore le mezzo mordoré de Claude Eichenberger en Princesse Clarisse. L’esprit d’une vraie troupe soudée autour d’un projet musico-dramatique cohérent souffle sur chacune des séquences de cette soirée qui prouve une fois de plus que les plus belles réussites lyriques ne sont pas forcément celles où le théâtre met l’équilibre de ses comptes en péril pour aligner quelques grands noms. (Représentation du 6 novembre ; à l’affiche jusqu’au 27 février)

Eric Pousaz

Voir en ligne : Théâtre de Berne

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