Entretien : Brigitte Hool

, par  Bernard HALTER , popularité : 14%

L’Opéra de Lausanne présentera deux opéras de Gian Carlo Menotti en novembre, Le téléphone ou l’amour à trois ainsi qu’Amelia al ballo. Les rôles seront tenus par des artistes lyriques de l’EnVol, l’organisme fondé par le directeur de l’institution lausannoise Eric Vigié et destinée à servir de vitrine à de jeunes talents. Dans le rôle-titre du deuxième de ces ouvrages se trouve la soprano neuchâteloise Brigitte Hool, dont la carrière connaît un essor prometteur.

Hormis Amelia, Brigitte Hool chantera en fin de saison un premier rôle baroque à Nice (ndlr : sous la direction de Gilbert Bezzina qui a dirigé à la fin octobre son Ensemble Baroque de Nice à Lausanne). Toulouse et Nicolas Joël la retrouveront pour une Première Dame dans une Flûte enchantée et Vevey l’accueillera pour son Mephisto d’Arrigo Boïto. A Lausanne, la soprano tiendra en outre le rôle de Nadia dans la Veuve joyeuse de Léhar que monte Jérôme Savary (en français) pour les fêtes de cette fin d’année.
Brigitte Hool livre à Scènes Magazine les éléments-clés de son parcours et de l’effervescence réjouissante dont elle bénéficie. Elle nous parle avec enthousiasme de Menotti, de son quotidien professionnel et de ses projets. Entretien avec une personnalité généreuse dont la fraîcheur et la sincérité se conjuguent harmonieusement avec une formation aussi éclectique que solide.

Des études de lettres et la direction chorale vous ont occupé parallèlement à votre formation de cantatrice. A quel moment avez-vous opéré le choix consistant à vous destiner prioritairement au chant lyrique ?
Brigitte Hool : J’ai rêvé de chant déjà très jeune. A l’époque, je voulais vraiment m’offrir ce rêve tout en ayant l’intime conviction que je me devais d’échafauder beaucoup de choses pour asseoir sa réalisation. En ce sens, la littérature et l’histoire de l’art ont nourri ma pratique musicale, plus précisément celle du chant et de la scène puisque, à la scène comme en littérature, il s’agit d’appréhender, de comprendre des rôles, des enjeux humains. D’ailleurs, toutes ces disciplines sont reliées par des passerelles. J’avais aussi besoin d’aller à mon rythme pour me former vraiment bien. Au Conservatoire de Neuchâtel, j’ai appris le solfège, les branches théoriques, des bases essentielles. J’y ai obtenu mes diplômes et ma virtuosité de chant. Mais c’est vraiment par la suite que j’ai parfait ma formation, en termes de vocalité et de rapport à la scène. A ce titre, j’ai bénéficié de l’enseignement de la soprano américaine Grace Bumbry. C’est elle qui m’a transmis la formation du chant, m’a permis d’assimiler le métier, sur des plans techniques, artistiques et humains. Je l’appelle affectueusement ma Spiritual Mother. Avec elle, j’ai appris comment faire en sorte que la voix se trouve bien en soi. La voix est belle, je pense, quand on lui offre un équilibre en nous. Obéir à la voix, cela paraît simple, mais y parvenir est une démarche intense et difficile à mener à bien.

Brigitte Hool

Parmi les grandes dames du chant qui vous ont suivie, se trouve aussi Mirella Freni…
Oui. J’ai eu la chance, par la suite, de rencontrer cette grande artiste. J’ai pu suivre son enseignement en Italie grâce à une bourse au mérite qu’elle m’a généreusement octroyée. Le contact avec Mirella Freni a été très formateur pour le bel canto, notamment, discipline dans laquelle elle a excellé. Je lui dois par ailleurs de m’avoir ouvert une porte magnifique : elle m’a fait l’honneur de me confier l’ouverture de la soirée qui célébrait ses cinquante ans de carrière ! J’y ai chanté l’air de Micaëla, le rôle de ses débuts ! Cela reste pour moi un souvenir inoubliable, sa personnalité m’a profondément touchée.

Que retirez-vous de votre participation à l’EnVol, en termes de débouchés ?
L’EnVol est une médiatisation, une vitrine fantastique. Grâce à Lausanne, j’aurai été remarquée dans toute la Suisse. Cela offre des possibilités d’engagements pour l’opéra et l’oratorio dans tout le pays. L’Opéra de Lausanne est observé de l’extérieur parce que considéré. Sa bonne réputation a des répercussions en France et à l’étranger. L’EnVol permet de créer une dynamique de troupe d’opéra, avec notamment des engagements répétés. La quasi-intégralité des spectacles comporte un à deux membres de l’EnVol dans la distribution, choisis en fonction de leurs débuts prometteurs ou de leur attachement à la région. Je pense que cela répond au surplus à une demande forte du public qui souhaite aussi voir apparaître sur scène des artistes romands. Grâce à l’EnVol, je peux également me sentir très proche de notre public, ce qui est très important dans ce métier.

Parlez-nous un peu de ces deux opéras de Menotti…
Gian Carlo Menotti est un génie qui écrit des airs sublimes ! Tout le monde devrait se précipiter pour découvrir ses œuvres, toujours plus célébrées. Son écriture ménage la voix et donne lieu à une musique très accessible, loin des expérimentations purement intellectuelles. Il signe aussi les livrets modernes et pleins de verve de ces deux comédies lyriques lesquelles, par-delà l’humour, dévoilent des choses très profondes sur la nature des hommes et des femmes et de leurs désirs.

Propos recueillis par Bernard Halter

Le Téléphone / Amelia al ballo. Opéra de Lausanne
Les 8, 10, 12 et 15 novembre (loc.021/310.16.00)
Reprise à l’Opéra-Comique de Paris les 2, 3, 4, 5 et 6 avril 2007

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