Entretien : Klaus Florian Vogt

, par  Martine DURUZ , popularité : 13%

Normalement il suffit de posséder une belle voix de ténor, souple et puissante, pour incarner avec succès le héros mythique. Klaus Florian, lui, en a aussi le regard clair, le casque d’or et la stature athlétique. Parsifal comme on se l’imagine. Et ce n’est pas tout  : son talent de comédien a été récompensé en 2007 par le prix Faust, décerné au meilleur chanteur/acteur sur la scène musicale.

Lohengrin, Erik, Wather von Stolzing font déjà partie de son répertoire, en attendant Tristan et Siegfried…
Né en 1970, le ténor originaire du Schleswig-Holstein n’a pas pratiqué le chant dès son enfance. Il a commencé sa carrière de musicien en tant que corniste à l’Orchestre philharmonique de Hambourg. La pratique du cor lui a donné l’habitude d’utiliser son corps pour créer le son, et de se concentrer sur la maîtrise du souffle. De plus l’orchestre et la musique de chambre lui ont appris à écouter les autres, à soigner l’intonation. Les décibels d’une grande formation ne lui font pas peur et il sait, en tant que chanteur, qu’il est parfois inutile de vouloir lutter contre eux.

« Parsifal »
Photo GTG/Nicolas Lieber

Parcours
La décision d’abandonner son premier instrument n’a pas été aisée, car il se sentait bien dans cet excellent orchestre, actif tant dans le domaine du concert que de l’opéra. Mais le besoin de s’accomplir pleinement l’a poussé à suivre les conseils de sa femme et de sa belle-mère, cantatrices également, qui étaient convaincues de ses chances. C’est donc avec le professeur de sa femme, Günter Binge, qu’il a commencé à travailler sa voix. Trois ans plus tard, à vingt-sept ans, il tentait ses premières auditions et était engagé immédiatement à Flensburg, petit théâtre du Nord de l’Allemagne. Il prit tout de même la précaution de demander une année de congé et la possibilité de retrouver sa place à Hambourg si l’expérience de l’opéra ne lui convenait pas. Il eut la chance de se voir confier quatre rôles intéressants, Zarevitch, Naraboth, Tamino et le Comte de Wienerblut. C’était beaucoup mieux qu’un contrat classique de débutant. A Flensburg, il a tout apprécié : les metteurs en scène aimables, ses jeunes collègues, le public nombreux et chaleureux.
A la fin de cette année probatoire, encore un peu hésitant, il accepta l’offre du Semperoper de Dresde. Le théâtre est plus grand, mais les rôles moins importants. Heureusement il est invité à chanter ailleurs des parties qui le satisfont davantage. Ayant eu l’occasion de collaborer avec Giuseppe Sinopoli et Colin Davis, il affirme qu’il a davantage bénéficié des conseils de chefs moins connus, mais qui prenaient le temps, faisaient passer la musique avant tout, méprisaient tout ce qui n’aurait pu servir qu’une vanité mal placée, retenaient l’orchestre, et acceptaient de discuter des différentes options possibles. Ils lui ont permis d’acquérir une sentiment de sécurité et d’ouverture à l’œuvre musicale. Il mentionne aussi le plaisir qu’il a eu à chanter sous la direction de Mariss Jansons et Daniel Barenboïm.
En 2006 il a fait ses débuts au Met dans Lohengrin et en 2007 ses débuts à Bayreuth dans les Maîtres chanteurs de Nürnberg (Walther).

« Parsifal »
Photo GTG/Nicolas Lieber

Chanteur mais… sportif
Klaus Florian Vogt est un ténor moderne ! Quand il ne se déplace pas dans son propre avion, qu’il pilote lui-même, il voyage en mobile home, où il habite durant les périodes de répétitions et de représentations ! C’est la formule la plus pratique, car il peut y caser tout son matériel, au cas où il aurait envie de s’élancer sur les pistes enneigées avant d’entrer en scène !
C’est ce qu’il a fait d’ailleurs avant la première répétition de Parsifal, puisqu’il venait d’apprendre qu’elle était reportée à une heure plus tardive ! En été, c’est plutôt la course à pied, le vélo, le surf, la voile et le Kitesurf  ! Les contrats qu’il signe ne semblent comporter aucune réserve concernant la façon dont il passe son temps libre !

Klaus Florian Vogt
Photo Alex Lipp

Chanteur mais… bon père, de famille nombreuse
Quatre garçons, de 17 à deux ans et demi, tous intéressés par la musique et la scène. Deux d’entre eux ont joué le rôle de l’enfant de Madame Butterfly, aux côtés de leur père. En plaisantant, le chanteur dit craindre le pire  : l’un de ses fils est atteint du virus du théâtre  !

Parsifal
Ce qu’il apprécie en particulier dans ce rôle, ce sont les possibilités de développement du personnage. Au début, il est l’innocent au cœur pur, puis il mûrit et devient un homme, ou, pourrait-on dire, un sauveur. Le duo du deuxième acte avec Kundry offre l’occasion d’un jeu particulièrement intense. Ce n’est pas le rôle le plus éprouvant qu’il ait chanté, mais Klaus Florian tient à garder la forme pour pouvoir donner le meilleur de lui-même : il ne fume pas (il faut dire qu’il n’aime pas !), il fait attention à ce qu’il mange, il se ressource dans la nature, la tranquillité et son cercle familial.

D’après des propos recueillis et traduits par Martine Duruz

Les 18, 21, 24, 27, 30 mars et 2 avril au Grand Théâtre de Genève  : « Parsifal » de Wagner, OSR, dir. John Fiore, Chœur du Grand Théâtre, dir. Ching-Lien Wu, m.e.s. Roland Aeschlimann. Grand Théâtre (location 022/418.31.30)

Voir en ligne : Grand Théâtre de Genève

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