Entretien : Rolando Villazon

, par  Pierre-René SERNA , popularité : 9%

C’est le ténor dont on glose dans tous les cénacles lyriques. Rolando Villazon allie une voix d’exception à une personnalité des plus attachantes, sympathique et élégante à la fois.

Qui a dit que les ténors sont bêtes ? Villazon, comme son ami Placido Domingo, le dément éloquemment. L’un comme l’autre d’une allure simple et subtile : ou, l’art d’être chanteur et penseur. On l’aura noté, pour le premier, lors d’une conférence de presse parisienne, où la salle choisie s’est révélée trop exiguë. Aux questions diverses, pas nécessairement adaptées ni opportunes, Villazon a répondu par quelques mots bien visés, et qui rendraient presque censé le propos de l’interlocuteur. Le tout avec humour et style.

Mise au point
En 2007, il a sorti un disque chez Virgin classic dédié à la zarzuela (Zarzuela arias, avec l’Orchestre de la Communauté de Madrid dirigé par Placido Domingo). D’où la question naïve – posée lors de la conférence de presse – de celui (celle ?) qui visiblement a peu d’idée de ce genre lyrique espagnol.
Villazon a vite mis les choses au point : “La zarzuela, c’est de la grande musique ! Si l’on tient absolument à lui rechercher un équivalent, il ne faut pas se tromper : c’est l’opéra tel qu’on le rencontre partout qui en est le plus proche. Et comme dans l’opéra, il y a les œuvres qui sont des chefs-d’œuvre et celles qui le sont moins. La seule réelle différence que j’y verrais, serait la présence de dialogues parlés – mais pas toujours d’ailleurs. Ma formation doit beaucoup à la zarzuela. Je suis d’autant plus ravi d’avoir fait cet enregistrement ; et ravi tout autant, de pouvoir – enfin ! – chanter dans ma langue. Avec Placido nous avons formé un duo parfait : l’ambiance était électrique. Et je ne vois pas de meilleur chef d’orchestre pour la zarzuela !

Rolando Villazon

Son léger accent mexicain est délicieux, et son français impeccable. Dans le petit dossier qui accompagnait la sortie du disque, il a même tenu à préciser dans une mémorable présentation écrite : “Ce disque a vu le jour dans une ambiance de rêve : à la lumière de la lune d’Espagne, aux cours de cinq nuits madrilènes et sous la direction du grand maestro Domingo. Il s’agit de mon projet le plus intime jusqu’ici, puisqu’il unit la musique de ma terre mère, ma langue et l’artiste que j’admire le plus et de qui j’ai le plus appris. Si la voix est un cheval sauvage qu’il faut apprendre à dompter, je bénis le jour où le destin m’a mis entre les mains du chanteur qui a réussi à unir le cheval et l’homme pour se transformer en centaure puissant et sage. Je te salue, admirable Chiron, en chantant cette musique qui a donné des ailes à tes rêves, et qui, en se réalisant, ont nourri l’inspiration des miens.” Joli style et bel enthousiasme !
Poursuivant, verbalement lors de cette conférence décontractée, il est revenu sur son sujet de prédilection : “La zarzuela est un genre génial ! De l’opéra, donc, avec cette couleur particulière propre à la terre espagnole. Je n’ai malheureusement pas actuellement de projet précis pour une intégrale sur scène ; il est question de Luisa Fernanda, avec Domingo qui officierait cette fois comme baryton, sous la direction de Barenboïm à Berlin. Un projet qui m’excite beaucoup. En attendant, j’ai plusieurs récitals de zarzuela prévus en Allemagne, et un pour le prochain festival de Salzbourg, avec Placido comme partenaire chanteur.

Calendrier
Autres projets après ce disque ? “Après Hoffmann à Bastille, deux récitals au Théâtre des Champs-Élysées, en 2007 et janvier 2008. Vont suivre dans la foulée : Mario dans Tosca, Un Ballo in maschera, Iolanta de Tchaïkovski. Vous voyez, un répertoire assez éclectique. Pour ce qui est des disques, un récital de Lamentos baroques est prévu, avec Emmanuelle Haïm. Je suis très versé dans le baroque, même si ce n’est pas ma formation première. Je garde un grand souvenir des Monteverdi que j’ai faits, avec Haïm précisément : une sorte de bonheur incroyable. J’ai aussi en projet d’enregistrer des chants d’Amérique hispanique ; une sorte de retour aux sources, qui devrait me permettre de renouer avec la chaleur de ces pays, dont je suis redevable à n’en pas douter.
Nous n’en doutons pas. Il suffit de l’écouter, chanter ou parler, de se laisser bercer par cette voix chaude et franche, pour ressentir cette ardeur directement communicative.
Gracias Rolando !

Pierre-René Serna

Prochains rendez-vous :
Il sera au Royal Opera House de Londres pour « Les Contes d’Hoffmann », du 25 novembre au 13 décembre 2008, puis pour un récital le 24 juin 2009 ;
Il sera aussi à Vienne en début de saison, pour « La Bohème ».
Récital le 16 janvier 2009 au Théâtre des Champs-Elysées à Paris, en compagnie du baryton Bryn Terfel

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