Genève : “Richard III“

, par  Pierre-René SERNA , popularité : 16%

Richard III, un opéra contemporain composé par Giorgio Battistelli, marque la saison du Grand-Théâtre. C’est aussi le retour d’une production de Robert Carsen qui avait fait sensation en son temps, à Anvers puis à Strasbourg.

Richard III avait ainsi été créé en 2005 à Anvers. Et l’un des premiers gestes de Marc Clémeur, lors de sa prise de fonction à la tête de l’Opéra du Rhin en septembre 2009, fut de ramener dans ses bagages cette production de l’Opéra des Flandres dont il était jusque-là le directeur. C’est donc la seconde reprise, avec Genève et à l’initiative cette fois de Tobias Richter, d’un opéra actuel. Phénomène suffisamment rare pour être souligné, quand on sait le caractère souvent éphémère – pour ne pas dire mort-né – de la création lyrique contemporaine.

La production est d’ailleurs ici entièrement en l’état, à nouveau sous la férule de Robert Carsen. Puisque dans le cas de cet ouvrage, il convient de parler d’une collaboration étroite entre le metteur en scène, le compositeur et le librettiste. Une sorte de travail d’atelier qui unit musique, art plastique et littérature. Sachant que le librettiste Ian Burton puise à la pièce théâtrale éponyme de Shakespeare, l’allégeant quelque peu et mettant au goût du jour son langage – en anglais, toujours. Reste la trame générale, avec la monstrueuse et sanguinaire folie du personnage principal. Le plateau se convertit ainsi (pour nous qui avions vu en son temps cette mise en scène à l’Opéra de Strasbourg) en un sol de sable rouge, parsemé de personnages tout de noir vêtus devant un fond de gradins. Sang et arène ! disait Vicente Blasco Ibañez. Et, comme toujours avec Carsen, tout résulte parfaitement défini, les situations comme les mouvements, pour aboutir à un sentiment d’horreur impressionnant.

Pour sa part, la musique de Giorgio Battistelli mêle violence orchestrale et chorale, atonalité et tonalité, avec une ligne vocale à l’ambitus restreint pour les solistes : peut-être l’aspect difficile de l’opéra, qui pourrait rendre un peu ardues quelque trois heures de durée dépourvues de grands débordements lyriques. Mais l’orchestre sait insuffler chaud et froid, sans un moment de relâchement. Car Battistelli, compositeur né en 1953, ne fait pas grâce de son savoir-faire et de sa science. Avec une touche de sensualité, italienne peut-être, qui n’hésite pas à jouer de la séduction, au rebours des sons à rebrousse-oreille où d’autres compositeurs actuels se complaisent.

Pierre-René Serna

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